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Célèbre duo d’artistes Inuit
de passage à Westmount

Rencontres lors d’un atelier tenu dans le cadre du programme (Ré)conciliation

Par Jean-François Brucel

Qumaq Mangiuk Iyaituk - WestmountMag.ca

Qumaq Mangiuk Iyaituk montrant l’estampe donnée récemment au directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris

Le 9 avril dernier, le Centre des arts visuels à Westmount organisait un atelier sur la narration inuit et la fabrication de livres de contes, en présence de deux artistes inuit renommés, Qumaq Mangiuk Iyaituk et Mattiusi Iyaituk, tous deux d’Ivujivik, un petit village de 350 habitants situé tout au nord du Nunavik, à la croisée de la Baie d’Hudson et de la Baie d’Ungava, à 2000 km au nord de Montréal. À leur contact, pendant cet atelier, ils ont su nous donner l’envie d’en savoir plus…

Dans le cadre du programme (Ré)conciliation du Conseil des arts du Canada et de ses partenaires, cet atelier a donné aux participants un aperçu de la riche tradition orale d’histoires inuit désormais transcrites en petits livres de contes grâce au crayon, à l’encre de chine ou à l’aquarelle.

(Ré)conciliation a pour but de mettre le pouvoir des arts et de l’imagination au service du dialogue entre artistes autochtones et non-autochtones, pour nourrir la compréhension et le changement.

À leur contact, pendant cet atelier, ils ont su nous donner l’envie d’en savoir plus…

Qumaq Mangiuk Iyaituk et Mattiusi Iyaituk - WestmountMag.caPeut-on déceler dans cette initiative le signe d’une renaissance artistique au sein de cette communauté du Nunavik, déjà connue pour ses sculptures et ses estampes? Kathryn Delaney, consultante en arts visuels de Montréal, en est convaincue. Depuis déjà plusieurs années elle suit ces deux artistes et constate aujourd’hui leur besoin de mieux se faire connaître grâce à de petits livres illustrés qui racontent de petites histoires transmises oralement depuis des lustres, depuis la noirceur des igloos à nos jours.

 

Peut-on déceler dans cette initiative le signe d’une renaissance artistique au sein de cette communauté du Nunavik, déjà connue pour ses sculptures et ses estampes?

Qumaq Mangiuk Iyaituk et Mattiusi Iyaituk - WestmountMag.ca

Contes et nostalgies

Car Qumaq Mangiuk Iyaituk est de cette génération née dans un igloo… À cette époque, la communauté valorisait beaucoup les jeunes et les félicitait pour leurs exploits de chasse et de pêche. Le premier poisson pêché sous la glace par un jeune devait être donné à sa marraine qui rassemblait alors toute la communauté pour l’honorer. C’était à une époque où le suicide était absent dans la communauté.

Qumaq Mangiuk Iyaituk et Mattiusi Iyaituk - WestmountMag.caPendant qu’elle dessine, Qumaq nous raconte des événements de son d’enfance, des histoires que ses parents lui racontaient, le Grand Silence qui permet d’entendre de loin la nuit les traineaux à chiens qui arriveront bientôt à son igloo, la cueillette de moules devenues accessibles lorsque la marée se retire et laisse un vide sous la glace. La marée est bien présente à Ivujivik, surtout à la pleine lune, et comme les glaces s’amincissent en raison des forts courants et du réchauffement climatique, chasser est devenu très dangereux car on ne peut plus évaluer facilement l’épaisseur de la glace sous nos pas.

Sculptures inuit… abstraites!

Issu d’une famille de sculpteurs et lui-même conteur et sculpteur renommé, Mattiusi, l’époux de Qumaq, nous raconte ensuite qu’il a commencé à sculpter à 14 ans, une petite tête de corbeau qu’il a vendue pour deux dollars à la coopérative.

Mattiusi Iyaituk - Yeux sur Iceberg - WestmountMag.ca

Yeux sur iceberg Mattiusi Iyaituk
Crédit photo : Spirit Wrestler Gallery

Mattiusi est un des rares Inuit à avoir beaucoup voyagé, que ce soit en Sibérie ou en Chine, lors de ses ateliers de sculpture. En février 2017, l’artiste et Qumaq ont terminé une résidence d’un mois à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Les œuvres qui en sont issues font partie des collections du Musée des beaux-arts de Montréal et du Musée des beaux-arts du Canada.

Après avoir vu les créations d’une autre artiste inuit, Lucy Tasseor Tutsweetok, et d’Henry Moore, Mattiusi délaisse le style figuratif en 1979 pour se tourner résolument vers l’art abstrait. « Lorsque vous regardez mes sculptures, il est très probable que vous ne compreniez pas tout. Mais une occasion de rêver s’offre alors à vous ».

 

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En savoir plus…

Art Inuit - WestmountMag.caPour Mattiusi et Qumaq, cet atelier à Westmount est loin de marquer la fin de leur voyage. Winnipeg, Ottawa, et peut-être le Nunavut, les attendent, mais un retour à Montréal et au Centre des arts visuels l’an prochain semble être dans les projets du couple. Et ce serait heureux, car pour nous qui vivons à Montréal, rares sont les occasions de rencontrer de tels artistes venus de si loin tant géographiquement que culturellement. Au plaisir donc de les recevoir de nouveau à Westmount bientôt.

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Images: Jean-François Brucel


photo: Jean-François Brucel - WestmountMag.ca

Jean-François Brucel
Jean-François est un artiste de Montréal en arts visuels dans les domaines de la sérigraphie, de l’acrylique et de la photographie. Des formations spécialisées en sérigraphie et en transferts acryliques ont permis à Jean-François d’élargir ses horizons en arts visuels
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