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Une quasi-unanimité sur
les changements climatiques

Le soleil, les cycles de Milankovitch, les pétrolières, la technologie et le temps qui presse

Par Jean-Luc Burlone

Tout le monde reconnait que le soleil (5500°C) fournit l’énergie à la Terre qui en absorbe 70% et renvoie le reste dans l’atmosphère. Réchauffée par le soleil, la Terre émet son propre rayonnement dont une partie est absorbée par l’atmosphère, causant ainsi un effet de serre bénéfique qui maintient une température planétaire moyenne de 14°C. (Sans effet de serre la température moyenne serait de -18°C.)

On reconnait également que la lune et les planètes, notamment Jupiter et Saturne, perturbent l’orbite de la Terre. Le physicien Milankovitch a établi trois perturbations cycliques, liées à l’axe de la Terre et à son orbite elliptique : l’inclinaison, la précession et l’excentricité. Ces trois variations modifient périodiquement la distribution de l’énergie solaire sur la planète.

… les cycles de Milankovitch correspondent aux cycles de réchauffement climatiques mais en les précédant de quelques 800 000 années — ils sont donc à l’origine du réchauffement climatique!

L’axe d’inclinaison de la Terre varie de 22° à 24,5° en 41 000 ans. L’inclinaison favorise les périodes glaciaires quand elle est peu marquée (22°) alors qu’elle accentue le réchauffement climatique quand elle est plus prononcée (24,5°). La précession (soit la direction de l’axe) varie tous les 20 000 à 30 000 ans et l’excentricité de la planète (soit la variation de sa trajectoire elliptique) place le périhélie de la Terre au plus près du soleil tous les 100 000 ans.

Leurs cycles combinés influent sur l’intensité des saisons et on constate, par l’extraction de roches calcaire et les célèbres carottes de Vostok, que les cycles de Milankovitch correspondent aux cycles de réchauffement climatiques mais en les précédant de quelques 800 000 années — ils sont donc à l’origine du réchauffement climatique!

Cette réalité fait la joie des sceptiques, d’autant plus que Al Gore a utilisé cette corrélation mais en inversant la causalité dans sa croisade « Une vérité qui dérange ». Une erreur ou une malice qui a nuit à sa crédibilité et à celle de la cause.

C’est là que l’unanimité s’étiole. Selon les climato-sceptiques, le fait que dans un passé lointain la Terre ait connu des cycles de réchauffement qui ont généré du CO2, élimine la cause humaine et rend caduque les efforts actuels pour réduire les émissions de CO2. De surcroit, le fait que l’atmosphère terrestre d’antan, avec de cinq à dix fois plus de CO2 qu’aujourd’hui, ne se soit pas emballé pour devenir une atmosphère sulfurique vénusienne, implique que des mécanismes naturels ont contraint l’effet de serre au cours des siècles suivants.

‘… la lutte est-elle efficace ? Est-elle rentable ? Devrions-nous laisser faire la nature ?’

Les environnementalistes, quant à eux, rétorquent que l’augmentation de CO2 provoque à son tour un réchauffement climatique, créant ainsi un cercle vicieux que les scientistes appellent une rétroaction positive. On connait la quantité de CO2 à travers le temps en analysant les bulles d’air dans les carottes de glace. On apprend ainsi que la quantité de CO2 dans l’atmosphère s’est maintenue aux alentours de 280 particules par million (PPM) de l’an 1000 à la révolution industriel, au tournant du 19è siècle.

En effet, dès le début de la révolution industrielle la quantité de CO2 dans l’atmosphère connait une croissance exponentielle. Sa représentation graphique, appelé avec justesse le « hockey stick » montre, dès 1780, une courbe ascendante de plus en plus prononcée qui a dépassé les 400 PPM en 2013. Ce constat, d’une rigueur scientifique indiscutable, est accepté par tous les intervenants, incluant les climato-sceptiques endurcis.

Le fait que les activités humaines accentuent le réchauffement climatique n’est plus contesté. Ce qui est questionné par les sceptiques est l’importance du risque inhérent aux changements climatiques et la justesse de la lutte pour en limiter les effets : la lutte est-elle efficace ? Est-elle rentable ? Devrions-nous laisser faire la nature ?

Katherine McKenna CORIM - WestmountMag.ca

Catherine McKenna (à gauche) au CORIM – Image: courtoisie du CORIM

Lors de son allocution au déjeuner-causerie du CORIM le 23 janvier dernier, l’honorable Catherine McKenna, Ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, a affirmé la rentabilité d’une économie propre. Mme McKenna a mentionné l’industrie des énergies propres, qui connait une forte croissance au Canada et une bonne performance financière depuis 2013; elle emploie près de 200 000 personnes et a exporté pour 7,8G$ en 2016.

La ministre a souligné avec raison l’efficacité de la tarification de la pollution par le carbone comme un moyen de réduire les émissions de CO2. Il est clair que l’objectif de réduction est d’autant plus atteignable qu’il est jumelé à un intérêt financier.

‘… l’industrie des énergies propres connait une forte croissance au Canada et une bonne performance financière depuis 2013; elle emploie près de 200 000 personnes et a exporté pour 7,8G$ en 2016.’

Cependant, l’adversaire est de taille. Le filet des grandes compagnies pétrolières englobe le monde entier. C’est plus qu’une seule question d’argent — même si des sommes fabuleuses sont en jeu — c’est une question existentielle pour les puissants réseaux financiers, pétroliers et politiques, intriqués les uns aux autres.

L’énergie fossile demeure essentielle car elle fournit 80% de toute l’énergie dont nous avons besoin. Cependant, on peut penser que le progrès technologique augmentera l’efficacité des énergies propres et apportera rapidement de nouveaux outils pour lutter contre les changements climatiques. Le temps presse si nous voulons éviter de basculer dans le cercle vicieux d’une ou de plusieurs rétroactions positives où, par exemple, la fonte d’un glacier aggravera la fonte d’autres glaciers.

Images d’entête : Eric via StockPholio.net

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Jean-Luc Burlone, Ms. Sc. Economie, FCSI (1996)
Analyse économique et Stratégie financière • jlb@jlburlone.com

Fellow de l’Institut canadien des valeurs mobilières (FCSI), Jean-Luc Burlone a une excellente connaissance de la gestion des produits financiers et il détient une maîtrise en économie de l’Université de Montréal avec une double spécialisation en économie du développement et en économie internationale – finance et commerce. 

Ce texte représente mon opinion sur les changements climatiques, basée sur la presse économique et des exposés scientifiques. Le 5 février 2019. – JLB


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