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Croissance économique et politique : mélange dangereux

Un système économique politisé qui détruit l’environnement naturel qui nous soutient

Par Georges R. Dupras

L’économie gouverne le monde; la politique dicte la manière dont le monde agit. Certaines personnes soutiennent que nous devons prioriser la croissance économique et les emplois qui se reposent sur cette économie. D’autres prennent une approche virginale, voire holistique, envers l’environnement; et un troisième groupe prône une approche coopérative.

Dans ce débat apparemment interminable, ces trois groupes distincts se disputent leurs versions et leurs croyances sur la science, la culture, l’histoire et les dynamiques de population. Ces groupes sont inébranlables et restent fermement persuadés que leurs opinions bien arrêtées sont convaincantes et qu’ils sont les seuls à offrir un point de vue pragmatique.

Impact humain

En considérant la meilleure approche, et en reconnaissant l’importance d’un synchronisme, seulement deux de ces trois perspectives incluent en ligne de compte les espèces non humaines.

Malgré l’évolution des points de vue et des opinions publiques, les législateurs continuent de saper tous les efforts déployés pour éliminer la cruauté institutionnelle envers les animaux. Ces efforts sont calqués sur des tactiques britanniques « diviser, subjuguer et vaincre », basées sur l’approche « C’est nous, ou c’est eux », et ont pour but de faciliter et de justifier les tueries, l’abattage, l’élimination de certaines espèces, la dissection, et la cruauté généralisée envers les animaux.

Les questions de désespoir, déplacement, rupture de la famille, décès, exploitation, perte d’habitat, et destruction environnementale, touchant les humains et les non humains, demeurent les mêmes. L’impact sur une de ces questions sociales importantes aura inévitablement un impact sur les autres.

Les comptes de profits et pertes, la croissance économique, les parts de marché, et un complexe industriel militaire américain qui consolide son bénéfice intérieur brut, sont les évangiles de nos dirigeants d’entreprise et nos élus.

Parlons du conflit entre l’Arabie Saoudite et le Yémen. À chaque minute, un enfant meurt de faim, et 85,000 ont déjà péris. Selon les statistiques du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), à chaque année presque un milliard* de personnes souffrent de la faim, alors que le tiers, ou 1.3 milliards de tonnes de nourriture produite sur la planète, est perdu ou gaspillé. Aux États-Unis, 30% de toute la nourriture est jetée à chaque année, ce qui équivaut à 20 livres de nourriture par personne par mois. Ce même pourcentage pourrait s’appliquer au Canada. Au Royaume Uni, 6.7 millions de tonnes, ou 32% des aliments achetés sont gaspillés. (PNUE)

Peu importe les chiffres, ou leurs origine; ce n’est pas pertinent. Ils n’ont aucune importance pour la mère affamée tenant son enfant mort dans ses bras. Cette obscénité est le résultat d’un système économique qui gouverne notre politique tout en détruisant l’environnement naturel qui nous soutient et nous nourrit.

Les comptes de profits et pertes, la croissance économique, les parts de marché, et un complexe industriel militaire américain qui consolide son bénéfice intérieur brut, sont les évangiles de nos dirigeants d’entreprise et nos élus. Cela apporte peu de confort dans un monde qui manque de compassion, fermant les yeux sur un gaspillage de nourriture qui pourrait alléger la souffrance et sauver les vies.

Impact environnemental

La flotte de pêche mondiale capture deux à trois fois plus de poissons que les océans peuvent en générer de façon durable. Au-delà de 50% des pêcheries mondiales sont exploitées à leurs limites, et 32% sont exploitées au-delà de leur capacité à se renouveler. Certaines de ces pêcheries sont épuisées ou en voie de récupération. Les dix plus importantes pêcheries maritimes, représentant 30% de toutes les pêcheries capturées, sont exploitées à leurs limites ou sont surexploitées. Malgré cette réalité et l’impact du changement climatique, certains maintiennent que les alternatives ne sont pas réalistes.

‘Cette culture maintien que nous pouvons « protéger » et « exploiter » en même temps. C’est ce genre de raisonnement qui est responsable de la perte de 60% de la faune mondiale au cours des dernières 50 années.’

Ces commentaires émanent des mêmes mentalités qui gouvernent nos dossiers environnementaux depuis six décennies. Cette culture maintien que nous pouvons « protéger » et « exploiter » en même temps. C’est ce genre de raisonnement qui est responsable de la perte de 60% de la faune mondiale au cours des dernières 50 années.

Il convient de rappeler que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) existe depuis 45 de ces 50 années. Si nous vivions dans un monde pragmatique, ce genre de mentalités courantes aurait incité des licenciements il y a 40 ans, car aucun commerce aurait accepté une perte sur le marché d’une fraction de 60% sans prendre des mesures significatives et immédiates au niveau de leur conseil d’administration.

Conflit d’intérêt

Soyons clair : je félicite CITES pour leur travail sur la protection des espèces, et je reconnais que nous serions dans une situation beaucoup plus précaire si l’organisation n’existait pas. Cependant, dans la course pour sauver les espèces en voie de disparition, je peux comparer l’agence a un cheval de trait Clydesdale en compétition avec des chevaux pur-sang. En termes métaphoriques, on peut utiliser l’exemple d’un tribunal. En cour de justice nous avons le juge, l’accusé, le plaignant, un jury et deux avocats. Un avocat représente l’accusé, et un deuxième représente le plaignant. Ce serait un conflit d’intérêt et une erreur judiciaire flagrants si le même avocat représentait l’accusé et le plaignant. Mais c’est la réalité avec CITES, ainsi qu’avec le Ministère des ressources naturelles, nos services de la faune et nos ministères de l’environnement. Pour l’instant du moins, le personnel et la direction de ces différents ministères et services sont des employés du gouvernement.

À l’intérieur de certaines juridictions, les scientifiques sont muselés par les autorités qui insistent sur le fait que l’approche économique est la seule bonne voie réaliste. Ce genre de mentalité pourrait sembler légitime, sauf que cette approche est plus politique que scientifique et qu’elle impose et régi notre relation avec les plus pauvres de notre société, incluant le Yémen.

Conclusion

Nous ne pouvons pas sauver le monde ni changer ceux qui y vivent. Cependant nous pouvons changer nos propres habitudes, et ainsi influencer les autres. Une des options disponibles est d’insister pour que la terminologie utilisée ne soit pas corrompue par la politique. Nous pouvons également insister pour que le Ministère des ressources naturelles reflète les valeurs du peuple à travers un système de représentation proportionnelle mixte. Nous pouvons garantir que les questions de cruauté envers les animaux et la perte ou la mise en danger de leurs habitats ne soient pas négligées par la mentalité « c’est l’un ou l’autre ».

‘Cependant nous pouvons changer nos propres habitudes, et ainsi influencer les autres. Une des options disponibles est d’insister pour que la terminologie utilisée ne soit pas corrompue par la politique.’

En ce qui concerne la perte d’emploi que pourrait entraîner la fermeture improbable des sables bitumineux, j’ai trop de respect pour les travailleurs d’aujourd’hui pour accepter que leur emploi temporaire justifie en quelque sorte leur impact à long terme sur l’environnement.

Nous sommes responsables de ce dilemme actuel et nous pouvons nous adapter raisonnablement bien à la nouvelle réalité, ce qui pour certains d’entre nous inclus des pertes d’emplois. Nous possédons les outils, l’expérience, l’éducation et l’infrastructure sociale qui nous soutiendraient durant la période transitionnelle. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour les plus pauvres dans les pays moins fortunés, ni pour la faune qui ne peut s’adapter qu’avec difficuté et sur une plus longue période à ce genre de changement.

Nous prétendons aimer ceux qui partagent notre planète et vouloir préserver notre environnement naturel pour les futures générations. Malheureusement, nos paroles et nos actions sont souvent très différentes.

* 795 millions

Image : StockPholio.com

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Georges Dupras

Pendant plus de 50 ans, Georges R. Dupras se fait le champion et le défenseur des animaux. Il est membre de l’International Association for Bear Research and Management (IBA), un directeur de l’Alliance pour les animaux du Canada (AAC), le représentant au Québec de Zoocheck Canada, et un ancien directeur de la Société canadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (CSPCA). En 1966, il s’est impliqué dans la campagne initiale pour sauver les phoques qui a mené à la fondation de l’International Fund for Animal Welfare (IFAW) en 1969. Il a publié deux livres : Values in Conflict et Ethics, A Human Condition. Georges demeure à Montréal, Québec, Canada.


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