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Comment la désinfection
des mains a été adoptée

Un brillant médecin du XIXe siècle fait le lien entre les germes et les maladies infectieuses

Par Michael Walsh

Traduit de l’anglais

Comment vous adaptez-vous à la « nouvelle normalité » ? Je suis certain que, comme la plupart d’entre nous, les trois nouvelles pratiques sociales – la distanciation, le port du masque et le lavage des mains – ont remplacé certains comportements appris depuis l’enfance. Et il semble que ces mesures de précaution soient destinées à remodeler la société pour une période indéterminée.

Sur une note positive, la pandémie actuelle a changé le regard porté sur la nature explosive de la propagation des maladies infectieuses. Plus précisément, les gens comprennent comment une personne infectée (le patient zéro) peut potentiellement avoir un impact mondial. Plus important encore, les gens s’intéressent désormais à la santé publique et savent que chaque individu a un rôle important à jouer pour minimiser la contagion virale.

Chaque année, les maladies infectieuses (et parasitaires) sont la deuxième cause de décès (26 % – 14 millions) après les maladies cardiovasculaires (29 % – 16 millions). Sur les 14 millions de décès, 6 millions sont dus à des infections respiratoires (données mondiales à partir de 2014). Mis en perspective, 14 millions se traduisent par 1 600 décès par heure – soit 27 personnes par seconde.

… les maladies infectieuses (et parasitaires) sont la deuxième cause de décès (26 % – 14 millions).

Forts de ces nouvelles connaissances sur les maladies infectieuses, concentrons-nous sur l’une des méthodes utilisées pour contenir sa propagation : la désinfection des mains. Beaucoup d’entre nous quittent rarement la maison sans avoir une petite bouteille de désinfectant dans les poches. C’est devenu un réflexe ; cependant, vous êtes-vous déjà demandé comment on a découvert les désinfectants pour lutter contre les maladies infectieuses ? (un Indice : ce n’était pas Joseph Lister).

Ignaz Semmelweis – WestmountMag.ca

Ignaz Semmelweis, 1860 – Copper plate engraving by Jenő Doby – Public Domain Image

La réponse à cette question est une histoire fascinante et tragique à propos d’un médecin hongrois nommé Ignaz Philipp Semmelweis (1818-1865). Étudiant en la médecine à l’hôpital de Vienne, Semmelweis travaillait dans une maternité caritative divisé en deux cliniques : la première était dirigée par des sages-femmes et la seconde par des étudiants en médecine. La formation médicale des étudiants se limitait à fournir une assistance lors de naissances et d’autopsies Quoique cela soit inconcevable dans le cadre des protocoles hospitaliers actuels, ces étudiants en médecine examinaient les patientes qui accouchaient sans porter de vêtements ou de gants de protection.

Semmelweis remarqua pendant son séjour à l’hôpital que les patientes des étudiants en médecine avaient un taux de mortalité dûe aux infections puerpérales – aujourd’hui connue sous le nom de septicémie puerpérale, une infection à staphylocoque – deux fois plus élevé que celui des femmes suivies par des sages-femmes.

Par ailleurs, lors d’une autopsie à la morgue de l’hôpital, un étudiant en médecine lacéra accidentellement la peau d’un pathologiste de l’hôpital qui succomba suite à cette blessure. Après examen, son autopsie révéla que la cause de sa mort était identique à celle des mères mortes d’infection puerpérale.

‘… Semmelweis remarqua que les patientes des étudiants en médecine souffraient d’un taux de mortalité deux fois plus élevé que celui des femmes suivies par des sages-femmes.’

Cet incident a conduit Semmelweis à postuler que le pathologiste était mort à cause des « particules » des cadavres qui avaient pénétré son système vasculaire. Plus important encore, lorsque les femmes enceintes étaient examinées avec des mains contenant ces « particules », cela augmentait la probabilité de leur absorption dans le système vasculaire. De plus, il remarqua que les patientes affectées aux étudiants en médecine étaient plus exposées à cette source d’infection que celles qui étaient affectées aux services des sages-femmes.

Semmelweis analysa ces résultats et émit l’hypothèse que si l’on détruisait chimiquement ces particules, l’incidence de fièvre dûe à la septicémie puerpérale serait réduite. C’est pourquoi, en 1847, il mit en place un régime de désinfection des mains à l’aide d’une solution contenant du chlore. Il ne lui a pas fallu longtemps pour étayer son hypothèse, car le taux de mortalité maternelle chuta précipitamment.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Semmelweis ne savait pas qu’il avait bouleversé le statu quo médical de son époque. En fait, en apprenant ses observation, le Collège viennois des professeurs annula sommairement son poste de clinicien.

‘La vieille garde de la profession médicale européenne rejeta les résultats publiés par Semmelweis, les considérant comme un affront personnel à leur pratique clinique…’

De retour à Budapest, Semmelweis établit une clinique privée tout en publiant un livre contenant ses découvertes. Ne pouvant offrir aucune explication scientifique acceptable pour ses conclusions, malgré plusieurs publications montrant que le lavage des mains réduisait la mortalité à moins de 1 %, les observations de Semmelweis, en contradiction avec les opinions scientifiques et médicales établies à l’époque, furent rejetées par la communauté médicale. Certains médecins furent même offensés par la suggestion qu’ils devaient se laver les mains et se moquèrent de lui pour cela.

La vieille garde de la profession médicale européenne rejeta les résultats publiés par Semmelweis, les considérant comme un affront personnel à leur pratique clinique, mais les jeunes médecins d’alors adoptèrent ses idées. En toute justice, la théorie des germes, selon laquelle des organismes trop petits pour être vus à l’œil nu provoquent des maladies, n’a été acceptée que près de 30 ans après les travaux de Semmelweis, en 1863, lorsque la désinfection des mains devint un protocole standard dans tous les hôpitaux hongrois.

‘Une fin tragique pour un professionnel médical visionnaire qui a consacré sa vie à faire évoluer le paradigme médical en vigueur sur les causes des maladies infectieuses.’

L’histoire pris cependant une tournure tragique. Suite à une dépression nerveuse en 1865, Semmelweis, qui s’exprimait de plus en plus ouvertement, fut interné dans un asile par sa femme, préoccupée par son état d’esprit. Interné sur avis médical douteux dans un asile d’aliénés violent, il y meurt à l’âge de 47 ans des suites de blessures infligées par les aides-soignants. Son dossier médical fut scellé par les autorités viennoises jusqu’à ce qu’il soit découvert dans leurs archives à la fin des années 1970. Il semble qu’il ait été battu à plusieurs reprises, qu’on lui ait imposé la camisole de force et qu’on l’ait laissé mourir sans soin médical.

Une fin tragique pour un professionnel médical visionnaire qui a consacré sa vie à faire évoluer le paradigme médical en vigueur sur les causes des maladies infectieuses. Aujourd’hui, 140 millions de naissances ont lieu chaque année dans le monde, et les personnes hospitalisées sont accompagnées par des spécialistes qui veillent à leur sécurité. En fait, de nos jours, on considère l’accouchement comme allant de soi, un peu grâce à Ignaz Philipp Semmelweis.

Les découvertes de Semmelweis ont ainsi mené au lavage des mains et l’utilisation de désinfectants en vente libre, nous protégeant ainsi que les autres des effets néfastes des maladies infectieuses.

Image d’entête : Internet Archive Book Images via StockPholio.netButton Sign up to newsletter – WestmountMag.caAutres articles de Michael Walsh


Michael Walsh - WestmountMag.ca

Michael Walsh est un résident de longue date de Westmount. Heureux d’être retraité après avoir passé près de quatre décennies dans le domaine de la technologie de l’enseignement supérieur. Étudiant professionnel par nature, sa formation universitaire et ses publications portent sur la méthodologie statistique, la mycologie et la psychologie animale. Durant cette période, il a également été officier dans les forces armées canadiennes. Avant de s’installer à Montréal, il a été chargé d’évaluer les programmes bilingues des écoles primaires et secondaires par le ministère de l’éducation de l’Ontario. Aujourd’hui, il aime passer du temps avec son (énorme) Saint-Bernard tout en découvrant le passé de la ville et en partageant les histoires des arbres majestueux qui ornent les parcs et les rues. Il peut être contacté à l’adresse michaelld2003@hotmail.com ou sur son blog Westmount Overlooked


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