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Ghost in the Shell,
un flop au box office

Une version hollywoodienne maladroite, tirée d’un classique japonais

Par Luc Archambault

Je ne comprendrai jamais ce qui pousse Hollywood à produire des versions américanisées et édulcorées de films, d’histoires et désormais de mangas étrangers. Le tout dernier navet s’intitule Ghost in the Shell, le second long métrage du réalisateur Rupert Sanders, dont le premier film fut Snow White and the Huntsman (Blanche-Neige et le chasseur), en 2012. Ce réalisateur doit jouir de beaucoup de prestige à Hollywood pour avoir obtenu pareil contrat. Mais demeurera-t-il aussi béni des dieux suite à ce film-ci ? Permettez-moi d’en douter.

Ghost in the Shell WestmountMag.ca

Tiré d’un manga japonais iconique qui a donné naissance au mouvement cyberpunk, Ghost in the Shell raconte l’histoire de Major, une jeune femme sauvée d’un terrible accident, qui est cyber-améliorée pour devenir une combattante parfaite, dédiée à la chasse aux terroristes les plus dangereux du monde. Ce manga, créé en 1989, et la version anime de 1995, questionne les avances de la technologie au sein de notre vision de l’humanité, et entre autres la cohabitation entre la technologie et le corps physique, entre les logiciels et les matériaux informatiques, avec toutes les ramifications découlant de la philosophie de la vie elle-même en ce monde postmoderne.

Avions-nous besoin de ce film ? Quelqu’un à Hollywood l’a cru, et les producteurs ont entamer les discussions avec Margot Robbie afin qu’elle joue le rôle de Major, mais elle signa plutôt pour jouer Harley Quinn dans Suicide Squad, et ils se tournèrent donc vers Scarlett Johansson.

Ce manga… questionne les avances de la technologie au sein de notre vision de l’humanité…

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Il y a beaucoup de controverse au sujet du ‘blanchiment’ (whitewashing) de ce rôle et cela a nuit au film. J’imagine que la polémique pèse lourdement pour les Japonais, mais dans le contexte d’un marché cinématographique mondial et cosmopolite où l’action du film se déroule dans un futur ‘proche’ et ‘éloigné’ à la fois et où les diverses cultures et nations sont métissées en profondeur, ceci n’est pas à priori un crime de lèse-majesté, ma seule réserve étant bien plus la trop forte prépondérance de Caucasiens et le manque de diversité dans cet univers. Si ce monde est si métissé, pourquoi les divers personnages ne parlent-ils qu’en anglais ; où sont les dialectes africains, latins, slaves, asiatiques et autochtones ? Car tous devraient parler leur langue, comme le fait Takeshi Kitano qui dialogue en japonais dans le film.

‘Il y a beaucoup de controverse au sujet du ‘blanchiment’ de ce rôle et cela a nuit au film.’

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Puis il y a le facteur Scarlett Johansson. Je comprend qu’elle incarne une cyborg, mais pourquoi son jeu reste-il si froid? De plus, selon l’anime, le Major est plus svelte que l’actrice qui semble beaucoup plus baraquée et corpulente, et ceci ne contribue pas positivement à l’histoire. Pour le reste de la distribution, en dépit du centrisme Caucasien qui émane de ce film, les acteurs s’en tirent pour la plupart avec brio. Spécialement Takeshi Kitano, dans le rôle d’Aramaki, qui incarne ici un personnage fort et complexe. Malheureusement, il en va tout autrement pour Juliette Binoche, qui semble chercher sa viande dans cette fricassée.

Un aspect qui fait office de parent pauvre dans cette production est l’environnement visuel. On a manifestement manqué de jus créatif pour illustrer la mégalopole asiatique du futur. Ça sent le ratage et le vite fait, alors que dans la version anime, on entre de plein pied dans un monde complexe et sophistiqué. Tourné en Nouvelle-Zélande et à Hong-Kong, ce film semble manquer d’originalité au niveau des décors, surtout comparé à Blade Runner de Ridley Scott (1982), sans oublier sa nouvelle incarnation, Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, qui sortira cet automne.

‘Je comprend qu’elle incarne une cyborg, mais pourquoi son jeu reste-il si froid?’

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Il semble que cette production, qui approche les 60 millions de dollars de déficit, soit sortie en salle affublé de mauvaises critiques et un manque de promotion bouche-à-oreille. Espérons que cette franchise soit rapidement débranchée de sa vie artificielle. Désolé Scarlett, mais ce film est un citron.

Images : courtoisie de Dreamworks


Luc Archambault WestmountMag.ca

Luc Archambault
Écrivain et journaliste, globe-trotter invétéré, passionné de cinéma, de musique, de littérature et de danse contemporaine, il revient s’installer dans la métropole pour y poursuivre sa quête de sens au niveau artistique.


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