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Les lieux de Westmount :
histoire et anecdotes /16

L’histoire derrière le familier : Les fascinantes origines de l’avenue Melville

Par Michael Walsh

Une rue que vous n’avez jamais parcourue est un livre que vous n’avez jamais lu ! Vous ne savez pas ce que vous manquez !

Mehmet Murat Ildan

Si j’avais le temps (ou le courage) d’effectuer un simple petit sondage auprés des résidents de l’avenue Melville, la question que je leurs poserais serait « Savez-vous quelle est l’origine du nom de votre rue ? » Mon hypothèse est que plusieurs personnes feraient un rapprochement erroné avec le romancier américain Herman Melville (1819-1891), surtout connu pour son roman Moby Dick.

En fait, l’histoire de l’origine de l’avenue Melville est assez fascinante. Elle commence avec un conseil municipal qui a (heureusement) eu la patience de surmonter de nombreux obstacles afin de prolonger la rue, telle que nous la connaissons aujourd’hui, de Sainte-Catherine à Sherbrooke.

Eart Dufferin - WestmountMag.ca

Le comte de Dufferin, gouverneur général du Canada – Domaine public

Pour commencer, la rue portait à l’origine le nom de Dufferin, en l’honneur du comte de Dufferin, gouverneur général du Canada 1872-1878.

Le conseil municipal a changé le nom de la rue pour celui de Elgin en reconnaissance de Lord Elgin, gouverneur général de la province du Canada (1847-1854).

« Une lettre de William Smith (un propriétaire intéressé) demandant que le nom de Dufferin Avenue soit changé pour celui de Elgin Avenue … a dûment résolu que le nom de ladite Avenue soit changé en Elgin Avenue comme souhaité et que les avis nécessaires soient donnés au greffier. »
Délibérations du Conseil, 2 novembre 1896

Le nom de Melville est utilisé pour la première fois, à la fin des années 1800, pour une église presbytérienne située au croisement de la rue Stanton et du chemin de la Côte Saint-Antoine. Un affrontement entre consommation d’alcool et abstinence a divisé la congrégation et a conduit les consommateurs d’alcool à déménager dans un nouveau site et ceux pratiquant l’abstinence à rebaptiser leur église Saint-Andrews. Le nouveau site pour l’église fut nommé Elgin et Edward Maxwell en était l’architecte.

« La conception architecturale de l’église Melville fut attribuée à Edward Maxwell en 1900. La conception de l’église s’inspire de celle d’églises de campagne médiévales anglaises. Cet aspect est renforcé par son emplacement à proximité du parc de Westmount, d’où l’on peut observer sa tour, comme depuis la verdure d’un village, à travers l’espace ouvert du parc. »
Collection d’architecture canadienne, Université McGill

Lord Elgin - WestmountMag.ca

James Bruce, Lord Elgin – Domaine public

Les offices religieux ont commencé en 1900. Cinq ans plus tard, l’église presbytérienne de Melville a fusionné avec l’église méthodiste de Westmount pour créer l’église unie de Westmount Park-Melville.

La rue a été rebaptisée Avenue Melville en 1912, en l’honneur de plusieurs membres éminents de la congrégation presbytérienne de l’église.

« …Votre comité a étudié l’opportunité de renommer certaines rues et avenues de la ville afin d’éviter la confusion qui survient fréquemment en raison de la duplication de certains noms dans la ville de Montréal et dans d’autres municipalités voisines, et il est recommandé d’apporter les changements suivants… L’avenue Elgin devient l’avenue Melville… »
Délibérations du Conseil, 20 mai 1912

Dans les années 1970, la petite congrégation de l’église de Westmount Park-Melville n’avait plus les ressources nécessaires pour entretenir la propriété. Il y a eu même des discussions concernant la démolition du bâtiment pour faire place à une résidence pour personnes âgées. Heureusement pour la ville, la communauté serbe était alors à la recherche d’une nouvelle église :

« La congrégation serbe recherchait un endroit attrayant où elle pourrait célébrer ses baptêmes et ses mariages, et pleurer leurs morts… Ce n’est pas la plus populeuse ni la plus influente des communautés immigrantes de Montréal, mais elle est déterminée, car sinon elle n’aurait jamais acquis l’église de l’avenue Melville… « Des gens qui ne gagnent pas plus de sept ou huit mille dollars par année sont allés emprunter mille dollars à la banque afin d’effectuer le dernier paiement » , nous disait hier une des membres de la communauté serbe, qui a ainsi récolté près de 200 000 dollars parmi une communauté d’environ 2 000 personnes…”
Montreal Gazette, 1er novembre 1976

Serbian Church - WestmountMag.ca

Ancienne église Westmount Park-Melville, aujourd’hui une église orthodoxe serbe de la Sainte Trinité

Renommer la rue au fil des ans a été une tâche simple par rapport à l’achèvement de la configuration que nous lui connaissons aujourd’hui.

L’avenue Elgin, telle qu’elle se nommait à l’époque, commençait à Sainte-Catherine et se terminait à l’avenue Western (aujourd’hui de Maisonneuve). Une simple résolution du conseil municipal en 1897 visant le prolongement de la rue jusqu’à Sherbrooke a déclenché une vague de litiges juridiques qui a duré trois ans.

« …Que le Comité de la voirie soit chargé de procéder à la mise en état de la chaussée pour le prolongement de l’avenue Elgin jusqu’à la rue Sherbrooke, afin que la Ville puisse exercer son droit de passage. »
Délibérations du conseil municipal, 13 mai 1901

« …M. W. Trenholme, ici présent, a été entendu dans le cadre de son enquête sur les questions relatives à la bande de terrain de cadastre 244, subdivision 1, sur laquelle la ville a décidé d’exercer certains droits, ladite bande faisant partie de la chaussée du côté est du parc… »
Délibérations du Conseil municipal, 12 juin 1901

Des poursuites judiciaires impliquant le domaine Murray (de qui la ville avait acheté le terrain) ont menacé l’utilisation de l’avenue Elgin comme voie publique.

« …que le domaine Murray (Murray Estate) est contraint, par sommation notariée de la ville, à maintenir la chaussée au nom de la ville jusqu’à l’avenue Western (aujourd’hui de Maisonneuve), et de faire tout ce qui est nécessaire pour assurer l’utilisation future de cette chaussée ; et que le domaine Murray soit également cité dans la même sommation, que la ville a été menacée de poursuites judiciaires par messieurs Brown et d’autres lors de ses démarches pour utiliser ladite bande, et ce malgré que la ville ait toujours été disposée à fournir tout terrain en contrepartie de ladite chaussée. »
Délibérations du conseil municipal, 2 juillet 1901

‘Renommer la rue au fil des ans a été une tâche simple par rapport à l’achèvement de la configuration que nous lui connaissons aujourd’hui.’

La ville a fait valoir que la propriété en question, adjointe au parc, avait déjà été concédée par les Murray en 1873.

« …Le plan homologué de 1893 montre une ligne traversant la propriété du parc et délimitant la partie achetée au domaine Murray, une bande de 20 pieds de large adjacente au lot 244-1, devant servir à la continuation de l’avenue Elgin. Ladite bande sur le plan officiel et le livre de référence, est le lot 236A-36, un terrain initialement concédé par les Murray en 1872 en vertu d’une entente… Que les avocats de la ville soient et sont par la présente autorisés à plaider dans le procès actuellement en cours contre la ville… »
Délibérations du Conseil, 16 décembre 1901

« …Que le Domaine Murray soit immédiatement avisé dudit jugement et soit appelé à assister la ville dans son droit d’usage du chemin accordé à la ville par acte de vente dudit Domaine à la ville de Westmount… 28 novembre 1898, est dûment enregistré ledit droit d’usage étant accordé dans ledit acte dans les termes suivants « avec le droit d’utiliser ladite route sur le côté nord-est dudit emplacement, ladite route étant connue comme faisant partie dudit lotissement … et la continuation de celui-ci jusqu’à l’avenue Western ; et de payer les dommages encourus par la ville dans ladite poursuite s’élevant à la somme de 221 $. 91 avec les intérêts à compter de la date du jugement et les dépens, et en outre que la Ville n’a pas l’intention de faire appel dudit jugement… »
Délibérations du Conseil, 3 juillet 1903

243 Melville - WestmountMag.ca

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Ultimement, ce litige a été résolu avec la vente de la propriété au sud de la rue Sherbrooke à la Ville pour cinquante cents par pied carré (3 550 $) et le retrait de la poursuite en cours, maintenant en Cour supérieure, contre la Ville.

« …outre une libération des taxes municipales générales et spéciales, à ce jour sur le terrain à acquérir et une annulation de la servitude de passage concédée par la succession Murray à la Ville en ce qui concerne la partie de la même bande de terrain de vingt pieds au sud de la rue Sherbrooke, l’offre de la succession Murray de payer huit cents dollars en quittance et en extinction de sa responsabilité de garantie à l’égard de ladite servitude de passage … et que le procureur soit en conséquence chargé de préparer le règlement nécessaire à l’ouverture de la section de l’avenue Elgin sur la longueur de la bande de terrain à être acquise comme susvisé et au prolongement de l’avenue Melbourne de même …”.
Délibérations du Conseil, 1er février 1904

La rue a finalement été prolongée en 1904, avec des coûts partagés entre les résidents de l’avenue Elgin et la ville.

247 Melville - WestmountMag.ca

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« …Que les frais reliés à l’ouverture d’une section de l’avenue Elgin à partir de la rue Sherbrooke vers le sud-est sur une distance d’environ 355 pieds, seront assumés comme suit, à savoir que trente pour cent de ces frais seront assumés et payés par les propriétaires des immeubles situés de chaque côté de l’ouverture de ladite section de l’avenue Elgin après que l’ouverture ait eu lieu, au moyen d’une évaluation spéciale… le (reste) étant payé par l’ensemble de la ville. »
Délibérations du Conseil, 15 février 1904

Par la suite, le développement résidentiel de la rue s’est poursuivi sans encombre. Des maisons furent construites, et les familles ont profité du parc attenant, des écoles locales et de la proximité de la bibliothèque de Westmount. Dans les années 1920, la Canada Bread Company Limited a exploité une boulangerie au 315 Elgin Avenue.

La quiétude des habitants a été interrompue le 27 octobre 1981 lorsque la rue a suscité une attention nationale : Le Globe and Mail titrait : “La victime de Westmount connue de la police ! – Un attentat à la voiture piégée tue un Montréalais”. L’article fournit de plus amples détails :

253 Melville - WestmountMag.ca

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« Un homme est mort et un autre a été blessé hier lorsque la voiture dans laquelle ils se trouvaient a été mise en pièces par une puissante explosion alors qu’elle roulait dans une rue calme de Westmount. »
Globe and Mail, 28 octobre 1981

Apparemment, un engin explosif avait été placé à l’intérieur d’une Mercedes datant de 1977. L’article poursuit :

« La bombe a explosé… alors que la voiture roulait vers le sud le long de l’avenue Melville… après l’explosion, elle a continué à descendre la rue sur environ 200 pieds avant de rebondir sur un trottoir, de renverser un panneau de signalisation et de s’arrêter (dans un) terrain de softball directement devant l’école publique Westmount Park… une douzaine de fenêtres d’un immeuble d’habitation ont volé en éclats sous l’effet de la force de l’explosion et des débris projetés. »

Heureusement, aucun badaud n’a été blessé – par chance, c’était une journée de cours à l’école et comme il pleuvait, lorsque cela s’est produit, aucun enfant ou parent n’était présent dans le parc.

259 Melville - WestmountMag.ca

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Il faut admettre que, pour ce qui paraît être une rue résidentielle tranquille, le nombre d’anecdotes qu’elle raconte est tout à fait remarquable. Forts de ces connaissances, remontons dans le temps et découvrons quelques-uns des premiers habitants de la rue.

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John H. Louson, commis, Chemin de fer Canadien Pacifique – 1899

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Albert A. Staunton, agent immobilier – 1899

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Mrs. Barwick, veuve. F.M. – 1899

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Jas. A. McKee, vendeur – 1899

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Arthur C. Shaw, commis, Chemin de fer Canadien Pacifique – 1899

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R.C. Young, Trust & Loan Company – 1899

« En 1843, la Trust and Loan Company of Upper Canada a été constituée par une loi spéciale du Parlement canadien dans le but exprès de prêter de l’argent sur garantie de biens immobiliers. »
Evolving Financial Markets and International Capital Flows: Britain, the Americas and Australia 1865-1914, Lance E. Davis, Robert E. Gallman:

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Grant Dufresne, J. R. B. Smith & Company – 1899

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W. E. Walsh, agent – 1899

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John Allen junior, bâtisseur – 1899

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Eben Dowie, ingénieur en construction – 1899
Eben Dowie & James Oxley ont été les premiers à breveter l’utilisation de la poudre de piment, en 1899, comme ingrédient d’extermination. Cette substance est encore utilisée aujourd’hui.

Intercolonial Railway - WestmountMag.ca

Chemin de fer Intercolonial du Canada

« Sachez que nous, Eben Dowie, ingénieur-conseil, et James Macdonald Oxley, directeur des assurances, de la ville de Montréal, dans le comté d’Hochelaga, dans la province de Québec, Canada, avons inventé une façon nouvelle et pratique d’extermination de rats et autres vermines, dont voici la spécification : Notre composition se compose des ingrédients suivants, combinés dans les proportions indiquées, à savoir piment, vingt pour cent ; hellébore, cinq pour cent ; sulfate de chaux, huit pour cent ; phosphate de chaux, huit pour cent ; carbonate de chaux, cinquante-quatre pour cent ; oxyde de fer, cinq pour cent. Cette combinaison, lorsque bien mélangée, donne une poudre fine. »
USPO, 22 août 1899, numéro de publication US631738 A

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Jas. Marshall, agent manufacturier  – 1899

271 Melville - WestmountMag.ca

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George Johnston, chef de train du Chemin de fer Intercolonial – 1900
Le Chemin de fer Intercolonial du Canada, en service de 1872 à 1918, a été l’une des premières sociétés d’État du Canada.

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Alfred D Thornton, directeur adjoint, Canadian Rubber Co. – 1900

« La Canadian Consolidated Rubber Company avait son siège social à Montréal, et a ouvert une succursale à Edmonton en 1911 pour servir de point de distribution de ses produits qui étaient fabriqués en Ontario et au Québec… [l’entreprise] fournissait des courroies de caoutchouc, des emballages, des tuyaux, des vêtements imperméables, des chaussures en feutre, des pneus pour automobile et voiture à chevaux, ainsi que des articles divers en caoutchouc pour pharmaciens. »
Lofts Philips

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Arthur Shibley, secrétaire-trésorier associé, Westmount – 1899

George Simpson - WestmountMag.ca

George Simpson – Domaine public

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Mme Louisa A. Simpson, fille de Sir George Simpson – 1900

Sir George Simpson fût le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson de 1820 à 1860.

« Gouverneur d’un territoire s’étendant sur la majeure partie de l’Amérique du Nord britannique, Simpson devait être plus qu’un homme d’affaires efficace. Il devait être un homme politique et, puisqu’une partie du domaine de la CBH était contestée par les États-Unis et la Russie, un diplomate également. Le conflit avec la Russian American Company au sujet du territoire commercial sur la côte nord-ouest date de la réorganisation de la CBH au moment de la fusion en 1821. Simpson et le gouverneur de la HBC, John Henry Pelly, se sont rendus à Saint-Pétersbourg en août 1838 pour négocier un accord avec le baron von Wrangel, le directeur le plus influent du conseil d’administration de la compagnie russe.

Ces pourparlers ont servi de base à un contrat entre les deux sociétés, signé en 1839 par Simpson et Wrangel, par lequel les Russes louaient la bande de territoire de l’Alaska à la CBH. En contrepartie, la compagnie britannique s’engageait à fournir aux Russes, basés à Sitka, des denrées alimentaires à des prix avantageux. La portée de cette entente, qui cédait de facto le contrôle du territoire russe à la CBH, était telle qu’en 1854-55, pendant la guerre de Crimée, ces conditions ont été respectées et, à la suggestion de Simpson, les gouvernements britannique et russe ont convenu d’exclure la côte nord-ouest du théâtre de guerre. »
L’encyclopédie canadienne

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R. D. Anderson, voyageur de commerce – 1899

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Robert Oliver, tailleur pour femmes – 1899

Images : Michael Walsh – Image d’entête : Andrew Burlone
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Michael Walsh - WestmountMag.ca

Michael Walsh est un résident de longue date de Westmount. Heureux d’être retraité après avoir passé près de quatre décennies dans le domaine de la technologie de l’enseignement supérieur. Étudiant professionnel par nature, sa formation universitaire et ses publications portent sur la méthodologie statistique, la mycologie et la psychologie animale. Durant cette période, il a également été officier dans les forces armées canadiennes. Avant de s’installer à Montréal, il a été chargé d’évaluer les programmes bilingues des écoles primaires et secondaires par le ministère de l’éducation de l’Ontario. Aujourd’hui, il aime passer du temps avec son (énorme) Saint-Bernard tout en découvrant le passé de la ville et en partageant les histoires des arbres majestueux qui ornent les parcs et les rues. Il peut être contacté à l’adresse michaelld2003 @hotmail.com ou sur son blog Westmount Overlooked


Hatley



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