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Les champs de monarques
ne doivent pas être saccagés

Une solution moins coûteuse pour l’environnement peut et doit être adoptée d’urgence !

Par David Fletcher
Traduit de l’anglais

19 août 2021

L’autre bifurcation de la route – celle qui est moins fréquentée – offre notre dernière, notre seule chance d’atteindre une destination qui assure la préservation de notre planète.

– Rachel Carson, Le printemps silencieux, 1962

Une consultation publique sur le projet de développement sur des terres fédérales louées par l’Aéroport de Montréal (ADM) au gouvernement fédéral est en cours. Meltech Innovation Canada, une société affiliée au groupe Medicom, prévoit la construction d’une installation de production de matériaux pour masques de qualité chirurgicale à la limite nord du site. La production nationale des masques de protection personnelle que nous portons tous depuis le début de la pandémie de COVID-19 est un besoin indiscutable.

Monarch butterfly on milkweed

L’asclépiade est abondante dans les champs de monarques – Image : Fritz Flohr Reynolds via StockPholio.net

Cependant, si la vocation de l’usine est louable, son emplacement dans les champs des monarques, qui se reconstituent aujourd’hui après des décennies de négligence, est terriblement mal avisé. Un autre choix moins coûteux pour l’environnement peut et doit être fait.

Personne ne peut ignorer les problèmes environnementaux que nous rencontrons. Ironiquement, le besoin du produit de Meltec, un futur rempart contre les pandémies de type COVID, est né de la dégradation de l’habitat et de l’insouciance écologique. On peut s’attendre à ce que les maladies zoonotiques deviennent de plus en plus fréquentes dans le monde, leur propagation étant due à la croissance économique et la perte d’habitat.

Aucune parcelle où des espèces sauvages persistent et prospèrent aujourd’hui, même dans les villes, ne peut être considérée comme superflue. Les liens entre le changement climatique et le déclin de la biodiversité et de la biomasse sont de plus en plus évidents. Nous devons donner la priorité au retour à l’état naturel des terres dégradées, dans l’intérêt des espèces sauvages en voie de disparition et des personnes vulnérables. C’est ce qu’indiquent clairement le processus international en cours aux Nations unies et l’écrasant consensus scientifique.

‘Ironiquement, le besoin du produit de Meltec, un futur rempart contre les pandémies de type COVID, est né de la dégradation de l’habitat et de l’insouciance écologique.’

« Nous avons besoin d’un changement transformationnel opérant sur les processus et les comportements à tous les niveaux : individu, communautés, entreprises, institutions et gouvernements. Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation ». Parmi les contributeurs à l’équilibre brisé de la Terre, on trouve les « pertes d’habitat et de résilience, et la surexploitation. » Ce sont là quelques-unes des principales conclusions d’un très récent projet de rapport de 4 000 pages du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, communiqué prématurément à l’Agence France-Presse. Les entreprises et les institutions telles que Medicom, Meltech Innovations, l’Aéroport de Montréal (ADM) et le gouvernement canadien doivent prioriser et contribuer aux solutions et non exacerber le problème.

Les gouvernements locaux ont un rôle essentiel à jouer dans la protection et la relance de la biodiversité. Lors de la 10e conférence des parties (COP 10) à la convention sur la biodiversité (CBD), qui s’est tenue à Aichi-Nagoya en 2010, les villes et les autorités locales ont reconnu que « les villes… sont responsables d’une empreinte écologique disproportionnée qui menace la santé des écosystèmes de la planète. » La déclaration d’Aichi/Nagoya du Sommet des villes sur la biodiversité de 2010 a lancé un « appel à tous les gouvernements locaux et à leurs citoyens, ainsi qu’aux parties à la CDB et à la communauté internationale, pour qu’ils nous soutiennent dans cette entreprise. »

Le mot « citoyens » fait référence, bien sûr, à tous les acteurs locaux, et inclut les entreprises telles que celles qui envisagent actuellement de développer les champs de monarques. Aucune organisation responsable ou réceptive ne peut se soustraire à cet engagement, ni prétendre l’ignorer. C’est un élément clé de l’éthique du développement durable, une obligation du gouvernement fédéral, qui contribuera à nous assurer un avenir viable.

‘Les entreprises et les institutions telles que Medicom, Meltech Innovations, l’Aéroport de Montréal (ADM) et le gouvernement canadien doivent prioriser et contribuer aux solutions et non exacerber le problème.’

Montréal doit opter pour un autre site. La citation suivante, tirée du récent document budgétaire décennal Montréal PDI 2021-2030 – Programme décennal d’immobilisations, page 75, est la plus récente reconnaissance par Montréal de cette obligation internationale : « Afin d’atteindre son objectif de protection de milieux naturels, la Ville de Montréal doit multiplier ses efforts et ses investissements afin de saisir les opportunités de pérenniser des milieux pour les générations futures. La protection de la biodiversité est un enjeu mondial et les villes sont appelées à jouer un rôle majeur dans la protection des milieux naturels d’intérêt écologique de leur territoire. »

Red-tailed hawk

Les buses à queue rousse sont fréquemment observées au-dessus des champs de monarques – Image : Greg Hume (Greg5030), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Notre environnement urbain, comme beaucoup d’autres dans le monde, s’est dépouillé de la nature, comme le démontre amplement toute vue aérienne de l’agglomération de Montréal. Après la Seconde Guerre mondiale, le développement inconsidéré de notre île urbaine a ravagé ce qui aurait pu être un magnifique patrimoine naturel, tant pour les citoyens que pour la faune. Et Montréal se trouve au cœur de l’une des régions les plus fortement industrialisées et écologiquement dégradées du Canada.

Encore une fois, si l’on se réfère au document budgétaire cité plus haut, Montréal est la ville la moins bien dotée en espaces naturels de toutes les grandes zones urbaines du Canada : « L’objectif de 10 % de milieux naturels protégés terrestres nécessite des investissements pour la protection sur l’ensemble du territoire. Ces initiatives sont également motivées par une volonté de rattraper les autres grandes villes canadiennes en termes d’espaces verts par habitant (230 ha/100 000 habitants vs une médiane de 473 ha/100 000 habitants pour les autres grandes villes). »

Montréal n’a conservé à ce jour que 6,3 % de son territoire naturel. Il lui faudrait encore 3,7 %, soit 1 847 hectares, pour atteindre son objectif actuellement irréaliste de 10 %, et 5 342 hectares, ce qui est tout à fait impossible, pour atteindre le repère international de 17 % fixé à Aichi en 2010.

Hélas, la réponse des dirigeants politiques, complètement inconséquents à tous les niveaux, a été l’hésitation. L’ajout des champs de monarques, où Meltech a l’intention de construire, ainsi que de toutes les terres fédérales adjacentes non développées, contribuerait de manière importante à combler le déficit vert de Montréal.

‘Montréal n’a conservé à ce jour que 6,3 % de son territoire naturel. Il lui faudrait encore 3,7 %, soit 1 847 hectares, pour atteindre son objectif actuellement irréaliste de 10 %, et 5 342 hectares, ce qui est tout à fait impossible, pour atteindre le repère international de 17 % fixé à Aichi en 2010.’

Des citoyens bien renseignés ont assumé la responsabilité de la vision qui fait défaut aux personnes investies du pouvoir d’agir. Ils comprennent les mérites écologiques du site en question grâce à l’expérience acquise au cours de leur vie dans la nature. Le nom qu’ils ont conféré, Champs de Monarques, est bien mérité. La présence de ces papillons emblématiques dans ces champs, attirés en grand nombre par l’abondance d’asclépiade dont ses chenilles doivent se nourrir, témoigne de la valeur indiscutable du site où Il est clair qu’ils y trouvent leur subsistance.

Meadow vole

Les campagnols des prés sont abondants dans les champs de monarques – Image : John J. Mosesso, Public domain, via Wikimedia Commons

Mais les monarques sont en sérieux déclin. Selon le Center for Biological Diversity, basé à Washington D.C., dans un communiqué de presse daté du 25 février 2021 : « Dans l’ensemble, les monarques de l’Est ont diminué de plus de 80 % au cours des deux dernières décennies. » Dans ce communiqué, Tierra Curry, une scientifique senior du Centre, a déclaré : « Les monarques sont le visage de la crise d’extinction de la faune sauvage, où même des espèces autrefois communes pourraient maintenant disparaître. Ils ont besoin de nous car si nous n’agissons pas maintenant pour les sauver, les migrations de monarques s’effondreront et cela serait moralement impardonnable. »

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), un groupe consultatif indépendant auprès du ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, a déclaré, dans un communiqué de presse daté du 5 décembre 2016, que les papillons monarques faisaient partie des « migrants emblématiques du Canada gravement menacés » et leur a conféré le statut « en voie de disparition. »

En 2014, le Canada avait déjà reconnu le monarque comme une « espèce au statut préoccupant » et signé un accord international avec les États-Unis et le Mexique pour sa conservation. Une fiche d’information du gouvernement canadien sur les espèces en péril intitulée Papillon monarque : profil d’une espèce en péril déclare : « Il est également important d’empêcher la diminution des niveaux d’asclépiade indigène. L’enlèvement de l’asclépiade existante peut réduire la disponibilité de l’habitat pour les monarques. » Aucune personne ou organisation morale, ni le Canada ni le SMA, ne peut sérieusement envisager la destruction d’un habitat important qu’entraînerait l’usine de matériaux de masquage de Meltec.

ADM se veut responsable sur le plan environnemental et promet de compenser les pertes subies par les champs de monarques en plantant des asclépiades dans le parc écologique des Sources, situé à proximité. Mais il n’y a aucune justification à échanger une bonne initiative à un endroit contre une autre malavisée à un autre endroit. D’autres sites de conservation ou de restauration disponibles devraient être protégés en tant que tels et ne pas être utilisés pour compenser un tort commis ailleurs.

Les champs menacés mériteraient tout de même d’être protégés si les monarques n’y étaient pas présents. Les oiseaux rapaces, qu’il s’agisse de hiboux ou de faucons, ainsi que les renards, sont attirés dans les champs de monarques par les campagnols des prés présents en grand nombre partout. Ces petits rongeurs sont actifs toute l’année, cachés dans leurs tunnels sous la couverture de chaume créée par la neige hivernale qui presse les hautes herbes au sol.

Snow imprint made by owl

Empreinte de neige faite par un hibou chassant des campagnols des prés – Image : Marian McNair

Le profil de Conservation de la nature Canada sur le Hibou des marais, inscrit sur la liste des espèces menacées du COSEPAC, indique que « la perte et la dégradation de l’habitat dans ses aires d’hivernage et dans certains sites de reproduction constituent une menace importante pour les populations de hiboux des marais » . Il fait état d’une perte de population de près de 30% au cours des 10 à 12 dernières années, ce qui constitue un sérieux déclin. Ce hibou, présent dans les champs, trouve une part importante de son alimentation dans les campagnols, qu’il détecte et capture même sous le couvert de la neige.

Le temps est venu pour tous, sur notre planète assiégée, de commencer à rembourser l’énorme dette que notre économie a contractée auprès de la Nature. Compte tenu de l’énorme impact de l’activité humaine sur les systèmes naturels, en particulier au cours de notre histoire récente, la restauration des terres transformées est désormais une priorité internationale urgente. Qu’elle soit grande ou petite, toute mesure de restauration, dans tous les endroits où la nature pourrait prospérer, est désormais nécessaire.

Les membres de la communauté environnementale ont été dépeints pendant des décennies par les intérêts économiques comme inutilement obstructionnistes et irrationnels. Pourtant, notre point de vue est tout à fait conforme à celui de la communauté d’experts qui conseille les Nations unies sur la voie la plus rationnelle à suivre. Les enjeux sont devenus existentiels, une évaluation qu’aucune tergiversation ne pourra changer.

Que les Champs de monarques soient épargnés de l’assaut qu’on leur prépare actuellement. Des décisions plus éclairées doivent être prises. Faisons en sorte que les Montréalais soient fiers.

‘Nous sommes tous des astronautes sur un petit vaisseau spatial appelé Terre.’

– R. Buckminster Fuller, 1963

‘Il n’y a pas de passagers sur le vaisseau spatial Terre. Nous sommes tous des membres d’équipage.’

– Marshall McLuhan, 1965

Consultations de l’ADM

Les contributions peuvent être soumises aux consultations de l’ADM jusqu’au 24 août à l’adresse consultation-projets@admtl.com


Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de WestmountMag.ca ou de ses éditeurs.

Image d’entête : Renardeaux de renard roux, U.S. Fish and Wildlife Service Headquarters, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

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David Fletcher est vice-président de la Coalition Verte.

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