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Un Jordi Savall laconique
à la Maison symphonique

Un concert sous l’influence de la rigidité janséniste d’un Augustin d’Autrecourt, sieur de Sainte-Colombe

Par Luc Archambault

10 novembre 2022

Le concert Fantaisies, batailles et danses – L’Âge d’or de la musique pour consort (1500-1750), présenté lundi 7 novembre, représentait une cérémonie particulière dans l’âme des mélomanes montréalais. En effet, la visite de Jordi Savall et de son ensemble Hespèrion XXI (à géométrie variable) gratifiait la magnifique Maison symphonique de son quintette de violes accompagné d’un théorbe et d’une guitare. Telle une machine bien huilée, ces six musiciens ont interprété des pièces de l’âge Baroque, représentant une sélection des plus belles compositions pour consort de violes, en un voyage couvrant l’Europe de l’époque.

Une sélection des plus belles compositions pour consort de violes, en un voyage couvrant l’Europe de l’époque.

Un concert en quatre sections, comprenant chacune quatre ou cinq pièces, la première section brisant le silence absolu – quel respect de la part du public montréalais! – d’une tonalité sombre et austère, où on pouvait voir l’influence de la rigidité janséniste d’un Augustin d’Autrecourt, sieur de Sainte-Colombe. Les plus âgés se rappelleront avec délice l’apport de Savall à la trame sonore du film Tous les matins du monde de Corneau (1991).

Car le maestro Savall mène son ensemble au quart de tour. Tout en silence, de noir vêtus, une vingtaine de secondes entre chaque section pour réaccorder leurs instruments, les musiciens, remarquables pour leur jeu collectif, se fondent au sein de cette musique riche en harmonies et en contrepoint.

Cependant, le mutisme du chef d’orchestre nous a un peu chagriné : aucune présentation ni intervention, hormis avant la quatrième section, pour annoncer une inversion de pièces et présenter Mélisandre Corriveau, une violiste locale invitée à remplacer une musicienne hongroise retenue à la frontière en raison de problèmes de visa.

Jordi Savall

On a beau être un artiste de réputation mondiale, un brin de communication aurait été accueilli avec délice par un public adulateur. Le Maestro aurait avantage à imiter le suave Mathieu Lussier de Pentaèdre et d’Arion Orchestre Baroque, mais il semble se reposer sur sa renommé, négligeant ainsi une sélection plus cohérente des pièces qui constituent la trame du concert.

Ce manque de cohésion entre les différentes sections finit par déranger. Le choix des pièces semble quelque peu aléatoire, et on aurait pu concrétiser un choix plus cohérent parmi l’ensemble de la production musicale de cette époque. Lorsque d’emblée la première section opte pour une tonalité sombre et introspective, pourquoi ne pas donner ce ton au concert dans sa totalité, et conclure par une, voire plusieurs, pièces de J.S. Bach, plus riches et austères que celles retenues ?

‘On a beau être un musicien de réputation mondiale, un brin de communication aurait été accueilli avec délice par un public adulateur.’

Somme toute, ce concert fut une magnifique démonstration de la maestria d’Hespèrion XXI, de la richesse de son jeu et de la résonnance de sa réputation auprès du public peu averti du potentiel de cette période musicale. L’absence d’effort de présentation, voire d’animation, lors de cette prestation est regrettable, car le public présent aurait sans l’ombre d’un doute pu ressortir de la Maison symphonique avec une culture générale plus étoffée si le maestro avait réellement animé ce concert, et non officier une cérémonie janséniste.

Hespèrion XXI

Le concert Fantaisies, batailles et danses — L’Âge d’or du consort de violes (1500–1750) a eu lieu à la Maison symphonique de Montreal, le 7 novembre 2022.

Jordi Savall, pardessus de viole
Philippe Pierlot, dessus de viole
Mélisande Corriveau, ténor de viole
Juan Manuel Quintana, basse de viole
Xavier Puertas, violone
Enrike Solinis, théorbe et guitare

Images : David Ignaszewski

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Luc Archambault WestmountMag.ca

Luc Archambault, écrivain et journaliste, globe-trotter invétéré, passionné de cinéma, de musique, de littérature et de danse contemporaine, est revenu s’installer dans la métropole pour y poursuivre sa quête de sens au niveau artistique.



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