Recul climatique,
mais à quel prix ?
Démanteler des gains écologiques chèrement acquis relève de l’inconscience pure et simple
Par Georges Dupras
28 mai 2026
Il y a soixante ans, à une époque où les préoccupations environnementales n’entraient même pas en ligne de compte, certaines personnes se battaient déjà pour protéger notre monde naturel contre un développement effréné. Les appels à la création d’emplois et à la croissance économique, sans la moindre réflexion sur les conséquences pour l’environnement, dominaient les programmes politiques et les priorités du milieu des affaires. Cette façon de penser, largement relayée par les médias, était pour l’essentiel acceptée sans remise en question par le public.
Cet état d’esprit a commencé à tomber en discrédit dans les années 1960, lorsque l’on a mis au jour une série de pratiques corporatives qui infligeaient des dommages graves et durables à l’environnement naturel et, par ricochet, à la santé humaine. Bon nombre de ces pratiques, approuvées ou tolérées par le gouvernement canadien, débordaient largement le cadre des frontières nationales : usage du DDT (dichloro‑diphenyl‑trichloroethane), recours à l’Agent Orange comme défoliant, contamination au mercure dans l’industrie minière, emploi massif de l’amiante dans la construction, et bien d’autres encore. Je ne prétends pas que notre gouvernement ait été, ou soit aujourd’hui, pire que d’autres qui se sont longtemps réclamés du même credo.
Comme le rappelait récemment le *Hill Times*, il semble que les pressions de Donald Trump, ou plus largement la tonalité droitière actuelle du débat politique, aient convaincu le premier ministre que nous devrions déréglementer au détriment de l’environnement.
Une évolution lente
Dans les années 1960, les mouvements environnementalistes et les sciences de la santé humaine ont commencé à se structurer, permettant peu à peu de mieux comprendre l’interdépendance du vivant sur cette planète. Hélas, comme aujourd’hui, nous restons prisonniers de nos « droits acquis » culturels, de ces habitudes et privilèges que nous tenons pour intouchables, mais qui vont à l’encontre de ce que nous enseignent ces disciplines.
Notre économie = nos emplois
Cela m’amène à Mark Carney. Il ne fait guère de doute que le très honorable Mark Carney possède une expérience exceptionnelle en matière d’économie. Je reconnais volontiers que Monsieur Carney est l’homme tout désigné pour traiter avec le président Trump et mener ses manœuvres de négociation. Mon soutien au premier ministre commence toutefois à vaciller lorsqu’il abuse unilatéralement de sa majorité parlementaire au détriment de l’environnement. Démanteler sans consultation préalable des gains écologiques arrachés de haute lutte relève d’une imprudence plus que grave.
Lorsque j’ai appris que le premier ministre cherchait à accélérer, une fois de plus, l’approbation d’un pipeline (The Hill Times, 16 mai 2026), je n’ai pu m’empêcher de penser au fameux slogan de Donald Trump, Drill, Baby, Drill. D’un simple trait de plume, M. Trump a balayé des décennies d’efforts pour protéger une écologie déjà extrêmement fragile. En exemptant certains projets des évaluations d’impact environnemental, Mark Carney n’en fait guère moins. L’ancien ministre libéral de l’Environnement, Stéphane Dion, affirmait d’ailleurs, dans le même article, que la volonté d’Ottawa de « rationaliser » l’examen des grands projets constitue, en réalité, un recul déguisé pour les politiques climatiques.
Comme le soulignait le Hill Times, il semble que les pressions de Donald Trump, ou encore l’actuelle dérive vers la droite, aient persuadé le premier ministre que la déréglementation au détriment de l’environnement était une voie acceptable.
‘Il semble que les pressions de Donald Trump, ou encore l’actuelle dérive vers la droite, aient persuadé le premier ministre que la déréglementation au détriment de l’environnement était une voie acceptable.’
Qu’en est-il du changement climatique, une réalité scientifique que l’extrême droite politique refuse de reconnaître? Si, en tant que nation, nous n’atteignons pas nos objectifs climatiques, pourquoi les autres le feraient-ils?
Ne devrions-nous pas prendre en compte les opinions et l’expérience collective d’experts du domaine, tels que Steven Guilbeault, Stéphane Dion, David Suzuki, Clifford Lincoln, Ian McCallister et d’autres encore?
Des villes sous un dôme
En sacrifiant la nature jusqu’à l’épuisement, nous détruisons ce qui nous a permis de survivre : l’environnement naturel est le socle même de la pérennité de notre espèce. La principale menace pour cet environnement demeure la croissance démographique. Chaque être humain représente une demande énergétique, qui exige toujours davantage de ressources pour être satisfaite. Aujourd’hui, cette énergie est prélevée sur notre milieu de vie à un rythme exponentiel. Si nous poursuivons dans cette direction, les générations futures risquent fort de se retrouver confinées dans des dômes climatisés, survivant comme en captivité dans un environnement artificiel… mais à quel prix?
Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et ne reflètent pas celles de WestmountMag.ca ni celles de ses éditeurs.
Image d’entête: James Daisa, CC BY-SA 2.0
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