Il a fallu un village
pour sauver Tamaracouta
La collaboration CCN–Mille‑Isles permet désormais de protéger près de 300 hectares
Par Carole Reed
4 juin 2026
Lors de la conférence de presse organisée le 20 mai par Conservation de la nature Canada (CNC), Joël Bonin, vice-président associé pour le Québec, a annoncé que « les habitants de Mille-Îles et des environs pourront continuer à profiter du site emblématique du lac Tamaracouta, désormais protégé pour les générations futures ».
L’événement organisé au Camp Tamaracouta, un lieu chargé d’histoire, était avant tout une célébration de ce que les citoyens et les mouvements environnementaux peuvent accomplir lorsqu’ils travaillent ensemble vers un objectif commun, ainsi que de la manière dont les responsables politiques municipaux, provinciaux et fédéraux, en collaboration avec des entrepreneurs, peuvent protéger le patrimoine naturel pour les générations futures.
Une collaboration entre le CNC et la municipalité de Mille-Isles permet désormais de protéger près de 300 hectares dans les Laurentides. Le reste de l’écosystème, soit 450 hectares, y compris le lac Tamaracouta, est occupé par un terrain de camping.
Les habitants de Mille-Îles et des environs pourront continuer à profiter du site emblématique du lac Tamaracouta, désormais protégé pour les générations futures.
– Joel Bonin, vice-président associé pour le Québec, Conservation de la nature Canada (CNC)
L’homme d’affaires qui a acheté le terrain de camping, Éric Desroches, m’a confié qu’il sollicitait les écoles et les collèges intéressés par des programmes d’écologie. Bien qu’il n’ait pas encore finalisé ses projets, il envisage de créer une ferme au sud de la route de Tamaracouta afin d’offrir une expérience pratique d’élevage et de culture. Il souhaite également contribuer à la revitalisation du scoutisme au Québec.
En fait, M. Desroches a déjà ouvert le camp aux Scouts du Canada. Robert Schmitt, membre du Conseil des Scouts du Québec, réserve des séjours pour des scouts de tous âges. Cet été, seul le terrain de camping est disponible. Les wagons de queue, les chalets et les autres dépendances seront en cours de réparation. Et les sentiers du côté nord sont interdits d’accès pendant que CNC et Mille-Isles travaillent ensemble à leur nettoyage afin d’assurer un accès public sécuritaire.

La communauté de Mille-Isles célèbre la renaissance de Tamaracouta en compagnie de Conservation de la nature Canada et d’autres associations environnementales, de responsables politiques fédéraux et provinciaux, ainsi que du nouveau directeur du camp
CNC a identifié les Basses-Laurentides comme une région menacée de disparition définitive en cas de surdéveloppement. Claire Ducharme, vice-présidente pour le Québec, a souligné que Tamaracouta est au cœur d’un corridor écologique s’étendant d’Oka au Mont-Tremblant. L’ensemble de ce corridor écologique doit être protégé afin de garantir que les grands animaux sauvages, comme l’orignal, le lynx et le loup, puissent continuer d’exister dans les Laurentides.
Mme Ducharme collabore avec Éric Desroches afin de protéger les 300 hectares de terres de conservation vierges et d’en permettre l’accès au public. La préservation de la santé de l’écosystème est leur priorité commune.
La chargée de projet pour CNC, Catherine Lefebvre, a expliqué que Mille-Isles s’associe à CNC pour entretenir les sentiers de la zone de conservation, et que Mille-Isles et CNC travaillent avec M. Desroches pour créer un centre d’éducation à l’environnement facilement accessible en voiture depuis Montréal.
Elle décrit le projet comme une situation « gagnant-gagnant » pour toutes les parties concernées.

La cascade au nord du lac Tamaracouta
La secrétaire d’État à la Nature au sein du gouvernement fédéral, Natalie Provost, estime que la lutte pour Tamaracouta constitue un projet central au Canada. Elle croit au modèle du camp environnemental et reconnaît la force de la communauté pour protéger la nature. Selon elle, la renaissance de Tamaracouta démontre ce que peuvent accomplir des groupes communautaires en partenariat avec des politiciens et des entrepreneurs pour préserver la santé de la planète dans un monde où la qualité de l’eau et la biodiversité sont en déclin.
La députée de la CAQ pour Argenteuil, Agnès Grondin, a rendu hommage à ce territoire, premier amour de tous les jeunes qui y ont campé et parcouru les sentiers depuis plus de 100 ans. Le camp se trouve au cœur de l’éco-corridor Bonniebrook/Lac des Becs-Scies, qui doit être protégé dans son intégralité contre tout projet de développement.
Elle a également rendu hommage à Charlie MacLeod, coprésident de la Coalition Verte, et à Matt Madison, biologiste et éducateur.
‘CNC a identifié les Basses-Laurentides comme une région menacée de disparition définitive en cas de surdéveloppement. Claire Ducharme, vice-présidente pour le Québec, a souligné que Tamaracouta est au cœur d’un corridor écologique s’étendant d’Oka au Mont-Tremblant.’
Le projet de sciences environnementales de Tamaracouta
Au cours de l’été et au début de l’automne 2013, Mme Grondin a fait partie des partenaires du projet chargés de mener une étude de caractérisation environnementale et de faisabilité de la réserve scoute de Tamaracouta. Charlie MacLeod, alors directeur du Centre des sciences environnementales de Tamaracouta, a dirigé le projet en collaboration avec Matt Madison et l’ingénieur forestier Bill Pollock.
En 2011, Charlie MacLeod a imaginé un projet qui permettrait de générer des revenus pour le camp scout en difficulté : un programme environnemental situé au confluent des forêts laurentiennes et des Grands Lacs, riche sur le plan écologique, qui constituait alors la réserve scoute de Tamaracouta (TSR).
Le projet comprenait une évaluation environnementale, un plan de gestion forestière et une étude de faisabilité d’un camp environnemental menée par quatre étudiants de Matt Madison inscrits au programme de maîtrise en sciences de l’environnement de l’Université de Sherbrooke.
Les trois rapports ont été envoyés à Scouts Canada en 2015. Scouts Canada n’a jamais accusé réception de ces documents. Il semble que Scouts Canada ait d’autres projets en tête.
Charlie MacLeod, Matt Madison et Agnès Grondin œuvrent depuis lors à la conservation de l’écosystème.
Après la fermeture de la TSR en novembre 2018, Charlie MacLeod a mobilisé les citoyens et les groupes environnementaux locaux. La Coalition Verte a collaboré avec Les Amis de Tamaracouta, Les Partenaires du Tamaracouta et de ses environs et l’Association du Lac Tamaracouta. Notre mandat était « de protéger, préserver et conserver à perpétuité, dans l’intérêt des habitants actuels et futurs des communautés locales et des intérêts publics connexes, les environnements naturels et les paysages présentant une grande valeur écologique, patrimoniale et esthétique situés dans la région du lac Tamaracouta à Mille-Isles, au Québec ».

Charlie Macleod, Tom Mulcair, Carole Reed, Ed Orava et Manon Loiselle – Image: Lyne Lanthier
La cérémonie privée
Peu après la fermeture du Camp Tamaracouta, Charlie MacLeod a promis à l’ancien ministre de l’Environnement du Québec, Tom Mulcair, qu’il se battrait pour protéger le camp contre tout projet immobilier.
En juillet 2025, il a tenu sa promesse.
Dans sa chronique du 26 mai, A Big Win for Biodiversity in the Laurentians, dans The Gazette, Tom Mulcair l’en a remercié.
M. Mulcair a également mentionné « une petite cérémonie » à laquelle il et sa femme, Catherine, ont assisté après la conférence de presse.
Cette cérémonie privée a été organisée par Manon Loiselle, présidente de Les Partenaires, et par Ed Orava, ancien président de Scouts Inc., la société de portefeuille du camp avant sa vente.
Étaient aussi présents Lyne Lanthier, présidente de l’Association du lac Tamaracouta, ainsi que les autres membres du conseil d’administration de la Coalition Verte : Dave Fletcher, Gareth Richardson, Steve Perry et la coprésidente Carole Reed.
‘Ed Orava avait commandé cette sculpture au célèbre sculpteur sur bois québécois Gaétan Hovington afin de remercier Charlie MacLeod pour ses années de service dévoué au Camp Tamaracouta et de célébrer la concrétisation de sa vision pour le camp.’
Lors de cette cérémonie, Manon Loiselle a remis à Charlie MacLeod un bas-relief du lac Tamaracouta sculpté dans le bois.
Ed Orava avait commandé cette sculpture au célèbre sculpteur sur bois québécois Gaétan Hovington afin de remercier Charlie MacLeod pour ses années de service dévoué au Camp Tamaracouta et de célébrer la concrétisation de sa vision pour le camp.
Selon Tom Mulcair, « c’était un rappel opportun que, outre le rôle des grands groupes bien établis, c’est souvent le travail acharné et généreux des bénévoles qui permet de faire avancer les choses. »
Plan directeur des propriétés protégées autour du lac Tamaracouta
Et au cas où vous vous demanderiez ce qu’il est advenu de ces rapports, Charlie MacLeod a remis des copies des études de faisabilité concernant la foresterie, l’environnement et l’écocamp à Conservation de la nature Canada et à Éric Desroches.
Ces rapports ont été examinés lors de l’atelier inaugural du comité consultatif du Plan directeur des propriétés protégées autour du lac Tamaracouta, qui s’est tenu le 29 mai. Ce projet est le fruit d’une collaboration entre CNC, la ville de Mille-Isles et Éco-corridors Laurentiens. Éric Desroches siège au comité aux côtés de Charlie MacLeod, Matt Madison, Manon Loiselle et Lyne Lanthier.
Quinze années de travail acharné portent enfin leurs fruits.
Image d’entête: Lac Tamaracouta, gracieuseté de Friends of Tamaracouta
Autres images: gracieuseté de Carole Reed
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Carole Reed a passé son enfance à Pointe-Claire à grimper aux arbres, à jouer dans les bois et à faire du vélo dans les champs. Elle est devenue écologiste en 1972 après avoir lu Silent Spring. Aujourd’hui retraitée de l’enseignement, elle consacre le reste de sa vie à sauver la planète pour ses arrière-petits-enfants.

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