Monopoly - photo: Suzy Hazelwood - Pexels

Taxer les riches n’est
pas un slogan communiste

La question n’est pas de punir, mais de savoir si la politique fiscale soutient la prospérité

Par Andrew Burlone

28 juillet 2026 • Opinion

Taxer les riches n’est pas un slogan communiste. C’est une question de politique publique. La vraie question n’est pas de savoir si un système fiscal paraît punitif pour les plus riches, mais s’il produit une économie plus saine, plus productive et plus stable pour tout le monde.

L’argument anti-impôt commence souvent par un raccourci trompeur : si les impôts augmentent, la croissance doit diminuer. Or, les économies sont plus complexes que cela. La croissance dépend de la productivité, de l’investissement, des infrastructures, de l’éducation, du logement, de la concurrence et de la qualité des institutions. La fiscalité compte, mais elle n’est qu’un élément du mécanisme. Un pays peut réduire les impôts et quand même sous-performer s’il ne crée pas les conditions qui permettent réellement aux entreprises et aux travailleurs de réussir.

Le progressivisme n’est pas l’ennemi de la prospérité; ce sont les mauvaises politiques fiscales qui le sont.

C’est pourquoi les débats réduits à des slogans sont si souvent décevants. Les critiques pointent du doigt l’Europe ou d’autres endroits dotés de systèmes publics plus solides, comme si tout modèle plus taxé devait constituer un signal d’alarme. Pourtant, la vraie question n’est pas de savoir s’il y a des impôts. C’est savoir ce que ces impôts achètent. Si les revenus sont bien utilisés, ils peuvent financer les biens publics que les marchés privés fournissent souvent mal : routes, transports collectifs, écoles, services de garde, soins de santé, recherche, ainsi que la stabilité de base dont les entreprises ont besoin pour planifier et croître.

Un système fiscal plus équitable peut aussi renforcer la demande et la rendre plus résiliente. Quand une plus grande part du fardeau fiscal est déplacée des ménages qui travaillent vers ceux qui ont une plus grande capacité de payer, les personnes à revenu moyen ou modeste disposent d’une marge accrue pour consommer, épargner et participer à l’économie. Ce n’est pas un slogan moral. C’est de la macroéconomie de base. Une prospérité plus largement partagée est généralement plus durable qu’une économie où les gains s’accumulent en haut, tandis que le reste de la population est prié d’attendre des retombées qui n’arrivent jamais vraiment.

Nous gagnerions tous à prendre l’équité fiscale au sérieux, car les inégalités constituent un problème social et économique. Une concentration extrême de la richesse tend à fausser la politique, à affaiblir la confiance et à encourager la recherche de rentes plutôt que l’investissement productif. Quand les systèmes fiscaux penchent trop en faveur du capital, des avantages hérités et des gains spéculatifs, ils peuvent récompenser l’extraction plutôt que la création. Un système plus équitable ne punit pas la réussite. Il demande à la réussite de contribuer aux conditions qui rendent la réussite future possible.

‘Quand les systèmes fiscaux favorisent trop le capital et la spéculation, ils récompensent l’extraction plutôt que la création.’

Cela dit, le système fiscal canadien n’est pas au-delà de toute amélioration. Il repose encore trop lourdement sur le travail et la masse salariale, tout en laissant souvent trop de place aux gains en capital, aux avantages fiscaux et aux gains exceptionnels trop peu taxés. Un système plus équitable réduirait certaines de ces inégalités, allégerait le fardeau des ménages qui travaillent et veillerait à ce que ceux qui profitent le plus de l’économie contribuent proportionnellement aux services publics, aux infrastructures et à la stabilité qui rendent cette économie possible dès le départ.

C’est là que la comparaison avec l’Europe devient plus utile, parce qu’elle montre que les économies modernes peuvent allier dynamisme du marché, investissement public plus soutenu et structure fiscale plus équitable, comme le fait le Canada en pratique. Il ne s’agit pas de copier un autre pays ligne par ligne. Il s’agit de reconnaître qu’une fiscalité plus juste peut coexister avec la prospérité, tout en assumant les coûts liés aux infrastructures, à la sécurité et à d’autres grandes responsabilités publiques qu’aucun pays riche ne peut éviter.

Un meilleur débat fiscal devrait se concentrer moins sur la peur et davantage sur la conception. Quels impôts créent le moins de distorsion? Lesquels améliorent l’équité sans décourager le travail ni l’investissement? Quels revenus devraient servir à renforcer les capacités à long terme plutôt qu’à colmater les brèches à court terme? Voilà les vraies questions. Le véritable enjeu n’est pas simplement de prélever moins, mais de bâtir une économie qui fonctionne mieux.

C’est pourquoi « taxer les riches » est trop réducteur pour porter à lui seul l’argument, mais pas faux comme point de départ. Si l’objectif est une société plus forte, alors le système fiscal devrait aider à la produire : des possibilités plus étendues, de meilleures infrastructures, des communautés en meilleure santé et une base plus stable pour la croissance. Le progressivisme n’est pas l’ennemi de la prospérité; ce sont les politiques mal conçues qui le sont.


Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de WestmountMag.ca.


Image d’entête : Susy Hazelwood – Pexels

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Andrew Burlone, co-éditeur de WestmountMag.ca, a commencé sa carrière dans les médias au magazine NOUS. Par la suite, il a lancé Visionnaires, où il a occupé le poste de directeur de création pendant plus de 30 ans. Andrew est passionné de culture et de politique, avec un vif intérêt pour les arts visuels et l’architecture.[/col][/row]

 


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