Google vise le nucléaire :
Un pari technologique
Virage du géant de la technologie vers les petits réacteurs modulaires
Par Andrew Burlone
Révisé le 15 mars 2026
L’intérêt croissant des entreprises technologiques pour l’énergie nucléaire constitue un changement significatif dans les secteurs de la technologie et de l’énergie. Cette tendance a le potentiel de remodeler les stratégies énergétiques des centres de données, d’accélérer l’innovation dans le domaine de la technologie nucléaire et d’apporter des changements substantiels au paysage énergétique.
L’énergie nucléaire fournit une alimentation constante 24 heures sur 24, ce qui est crucial pour les centres de données nécessitant un fonctionnement ininterrompu. L’adoption de petits réacteurs modulaires pourrait conduire à une dépendance réduite aux sources renouvelables intermittentes et aux sources de secours à combustibles fossiles.
De plus, les centrales nucléaires ont de longues durées de vie opérationnelle, souvent de 40 à 60 ans ou plus. Cela pourrait encourager les entreprises technologiques à s’engager dans une planification et des stratégies d’investissement énergétique à plus long terme.
L’adoption de petits réacteurs modulaires pourrait conduire à une dépendance réduite aux sources renouvelables intermittentes et aux sources de secours à combustibles fossiles.
L’entrée des géants de la technologie sur le marché de l’énergie nucléaire pourrait avoir des implications significatives pour l’industrie. L’implication d’entreprises technologiques bien financées pourrait apporter des investissements indispensables à l’industrie nucléaire, accélérant potentiellement le développement et le déploiement de nouvelles technologies, telles que les petits réacteurs modulaires.
L’association de l’énergie nucléaire avec des entreprises technologiques innovantes pourrait aider à améliorer la perception publique de l’énergie nucléaire, tout en atténuant potentiellement certaines des barrières sociales et politiques à l’expansion nucléaire.
Dans un virage surprenant, Google a récemment annoncé son incursion dans l’énergie nucléaire, envoyant des ondes de choc dans les secteurs de la technologie et de l’énergie. Ce virage représente un changement significatif dans la stratégie énergétique de l’entreprise et soulève d’importantes questions quant à l’avenir de la production d’énergie à l’ère numérique.
L’appétit énergétique croissant de Google
Le vaste réseau de centres de données de Google forme l’épine dorsale de notre monde en ligne, mais ces merveilles technologiques s’accompagnent d’un appétit insatiable en électricité. La consommation d’énergie de l’entreprise n’a cessé d’augmenter, poussée par les besoins croissants de ses centres de données et par l’intégration de technologies d’IA dans ses services. En 2023, Google a rapporté une augmentation de 17% de la consommation totale d’électricité dans ses centres de données, une tendance qui devrait se poursuivre.
‘Ce virage représente un changement significatif dans la stratégie énergétique de l’entreprise et soulève d’importantes questions sur l’avenir de la production d’énergie à l’ère numérique.’
L’introduction de services alimentés par l’IA a encore accru ces besoins énergétiques. Alors qu’une seule recherche Google consomme environ 0,3 watt-heure d’électricité, une requête à un système d’IA comme ChatGPT nécessite près de dix fois cette quantité, soit 2,9 watt-heures. À mesure que Google étend ses offres d’IA, ces demandes énergétiques sont appelées à augmenter de façon spectaculaire.
Malgré l’engagement de Google envers les énergies renouvelables, l’entreprise fait face à des défis majeurs pour répondre durablement à ses besoins énergétiques croissants. Les technologies renouvelables actuelles peinent à fournir une énergie constante et à haute capacité requise par les centres de données. L’énergie solaire et éolienne, bien que de plus en plus efficace, est intermittente et dépend des conditions météorologiques, ce qui la rend moins fiable pour le fonctionnement continu des centres de données.
La solution nucléaire : Les petits réacteurs modulaires
Entrent en scène les petits réacteurs modulaires (PRM), une nouvelle génération de technologie nucléaire qui promet de résoudre de nombreux défis des centrales nucléaires traditionnelles. En octobre 2024, Google a annoncé un accord révolutionnaire avec Kairos Power, marquant le premier accord d’entreprise au monde pour l’achat d’énergie issue de multiples PRM.
Dans le cadre de cet accord, Google s’est engagé à acheter jusqu’à 500 mégawatts d’électricité sans carbone provenant des PRM de Kairos Power, soit l’équivalent de l’alimentation d’environ 360 000 foyers par an. L’accord implique la construction de six à sept petits réacteurs nucléaires, chacun ayant une capacité nettement inférieure à celle des centrales nucléaires traditionnelles.
En octobre 2024, Google et Kairos Power ont formalisé cet engagement dans un Master Plant Development Agreement, qui prévoit le déploiement d’une flotte de projets nucléaires avancés totalisant 500 MW d’ici 2035, avec un premier déploiement visé en 2030 pour alimenter les centres de données de Google en électricité sans carbone. Ce calendrier a été confirmé dans l’accord-cadre signé en octobre 2024, qui prévoit explicitement un premier réacteur opérationnel vers 2030, suivi de déploiements successifs jusqu’en 2035
‘Entrent en scène les petits réacteurs modulaires, une nouvelle génération de technologie nucléaire qui promet de résoudre de nombreux défis associés aux centrales nucléaires traditionnelles.’
La technologie innovante de Kairos Power utilise un système de refroidissement à sels fondus combiné à un combustible céramique de type granulé, permettant un transport efficace de la chaleur pour générer de l’énergie. Les réacteurs emploient un système de sûreté passive qui fonctionne à basse pression, ce qui permet une conception plus simple et plus rentable que celle des réacteurs nucléaires conventionnels.
Cette approche aborde certains des défis associés aux centrales nucléaires traditionnelles, tels que les longs délais de construction et les coûts élevés. L’accord définit un calendrier ambitieux, avec le premier PRM prévu à être opérationnel d’ici 2030 et des réacteurs supplémentaires à déployer jusqu’en 2035.
Considérations de sécurité et perception publique
Bien que les PRM offrent des avantages potentiels en matière de sécurité par rapport aux centrales nucléaires traditionnelles, l’acceptation du public demeure cruciale pour le succès de cette initiative. L’utilisation de sels fluorés fondus comme liquide de refroidissement dans les réacteurs de Kairos Power est présentée comme une alternative plus sûre aux systèmes de refroidissement à l’eau, car elle empêche l’ébullition du liquide de refroidissement.
Cependant, la technologie est encore en pleine naissance et les données opérationnelles à long terme sont limitées. La Commission de réglementation nucléaire (NRC) devra examiner en profondeur et approuver la conception et les caractéristiques de sécurité de ces nouveaux réacteurs. Ce processus peut être long et peut nécessiter des études ou des modifications supplémentaires, retardant potentiellement la date de début prévue en 2030 pour le premier réacteur.
Depuis 2024, la NRC a franchi une étape clé en délivrant des permis de construction pour Hermes 2, une installation d’essai à sels fondus de Kairos, ce qui constitue la première centrale de démonstration de génération IV productrice d’électricité autorisée aux États‑Unis et renforce la base de licences pour de futurs réacteurs commerciaux.
Implications environnementales et économiques
Les PRM offrent plusieurs avantages environnementaux potentiels par rapport aux centrales nucléaires traditionnelles à grande échelle et à la production d’énergie à partir de combustibles fossiles. Ils produisent nettement moins d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui contribue de manière significative aux efforts d’atténuation du changement climatique. Leur taille compacte se traduit par une utilisation plus réduite des terres, ce qui permet une utilisation plus efficace de l’espace et une flexibilité accrue dans le choix des sites.
‘Une source d’énergie fiable à long terme, facilement intégrée dans des réseaux électriques plus petits, ou utilisés pour compléter les sources d’énergie existantes, y compris les énergies renouvelables.’
La conservation de l’eau constitue un autre avantage environnemental des PRM. Certaines conceptions intègrent des technologies de refroidissement avancées, telles que le refroidissement à air ou le refroidissement à sec, réduisant considérablement l’utilisation de l’eau et minimisant l’impact sur les ressources en eau locales. Certaines conceptions de PRM peuvent également contribuer à la réduction des déchets dans l’industrie nucléaire, en intégrant des cycles de combustible générant moins de déchets radioactifs ou en réutilisant même les déchets nucléaires existants comme combustible.
Sur le plan économique, les PRM pourraient apporter des avantages significatifs aux zones où ils sont déployés. Une étude a estimé qu’un PRM de 100 mégawatts pourrait créer près de 7 000 emplois et générer 1,3 milliard de dollars de ventes, ainsi que 404 millions de dollars de revenus. Pour les communautés éloignées, les PRM peuvent fournir une source d’énergie fiable à long terme et être facilement intégrés à des réseaux électriques plus petits ou utilisés pour compléter les sources d’énergie existantes, y compris les énergies renouvelables.
Cependant, assurer un approvisionnement adéquat en personnel qualifié pour la construction, l’exploitation et la protection radiologique sur des sites éloignés pourrait s’avérer difficile. Cela inclut le maintien d’une disponibilité constante de spécialistes pour gérer les situations anormales et les urgences.
Gestion des déchets et préoccupations de prolifération
La gestion des déchets nucléaires demeure un défi majeur pour l’industrie. Bien que les PRM produisent généralement moins de déchets que les réacteurs traditionnels à grande échelle, la question du stockage et de l’élimination à long terme persiste. Les déchets radioactifs produits par ces réacteurs nécessiteront un stockage sécurisé pendant des milliers d’années, ce qui soulève des préoccupations environnementales et éthiques.
‘L’accord entre Google et Kairos Power définit un calendrier ambitieux, avec le premier PRM prévu pour être opérationnel d’ici 2030 et des réacteurs supplémentaires à déployer jusqu’en 2035.’
Actuellement, il n’existe pas de solution permanente pour l’élimination des déchets nucléaires de haute activité dans de nombreux pays, et l’absence d’une stratégie claire de gestion des déchets pourrait poser des défis réglementaires et de communication pour l’initiative nucléaire de Google.
Le développement des PRM accroît également le risque de prolifération. L’échelle plus petite et la facilité potentielle de transport des PRM pourraient les rendre attrayants pour des acteurs non étatiques ou des nations ayant des ambitions nucléaires clandestines. Assurer que les matériaux nucléaires ne sont pas détournés à des fins illicites est un défi substantiel, et les conceptions compactes et intégrées des PRM peuvent compliquer les processus de surveillance et de vérification.
Comparaison avec d’autres sources d’énergie
Par rapport à d’autres sources d’énergie, les PRM offrent plusieurs avantages en termes d’émissions de carbone et d’empreinte environnementale globale. Leurs émissions liées au cycle de vie sont comparables à celles des sources d’énergie renouvelables comme l’éolien et le solaire, ce qui en fait une option attrayante pour les pays visant à réduire leur empreinte carbone tout en maintenant une alimentation de base fiable.
‘Les émissions sur le cycle de vie sont comparables à celles des sources d’énergie renouvelable comme l’éolien et le solaire.’
Le potentiel des PRM pour réduire les émissions de carbone est substantiel, en particulier dans les secteurs difficiles à décarboniser. Un rapport de Pollution Probe, financé par Ontario Power Generation, suggère que les PRM pourraient réduire de manière rentable les émissions de 19 à 59 mégatonnes d’ici 2050, soit une réduction de 3 à 9 % par rapport aux émissions de 2020, principalement dans les industries pétrolières, gazières et manufacturières.
Perspectives futures et tendances de l’industrie
Google n’est pas le seul dans sa quête d’énergie nucléaire. Plusieurs autres géants de la technologie explorent également des options nucléaires pour répondre à leurs besoins énergétiques croissants. Microsoft a fait les gros titres avec son plan visant à réactiver un réacteur de la centrale de Three Mile Island. Ce projet de redémarrage du réacteur, destiné à fournir la totalité de sa production (environ 835 MW) aux centres de données de Microsoft, vise désormais une mise en service autour de 2027–2028, sous réserve des autorisations réglementaires et du montage financier, dont un prêt fédéral d’environ 1 milliard de dollars annoncé pour soutenir la relance du site.
Amazon Web Services (AWS) a également montré de l’intérêt pour l’énergie nucléaire, en achetant un centre de données alimenté par l’énergie nucléaire en Pennsylvanie. Nvidia, un leader du matériel d’IA, a exprimé son soutien à l’énergie nucléaire comme solution pour répondre aux besoins croissants en énergie des centres de données d’IA.
Ces développements indiquent une tendance plus large au sein de l’industrie technologique vers l’adoption de l’énergie nucléaire comme solution viable pour une production d’énergie durable et à haute capacité. Alors que des entreprises comme Google et Microsoft ouvrent la voie en explorant des options nucléaires, d’autres géants de la technologie pourraient suivre leur exemple.
Les demandes énergétiques croissantes de l’IA et des centres de données poussent les entreprises à rechercher des sources d’énergie fiables et sans carbone, et les PRM pourraient combler cette niche. Cette tendance pourrait entraîner un changement significatif dans la manière dont l’industrie technologique aborde l’approvisionnement en énergie et les enjeux de durabilité.
‘Ces développements indiquent une tendance plus large au sein de l’industrie technologique vers l’adoption de l’énergie nucléaire.’
À l’avenir, la stratégie énergétique de Google pourrait évoluer pour inclure une implication plus directe dans la production d’énergie. Alors que l’accord actuel avec Kairos Power concerne l’achat d’énergie, les développements futurs pourraient voir des entreprises technologiques comme Google jouer des rôles plus actifs dans le développement et l’exploitation d’installations énergétiques, remodelant potentiellement la relation entre les secteurs de la technologie et de l’énergie.
Défis et incertitudes
Malgré les avantages potentiels, le chemin vers une adoption généralisée des PRM n’est pas sans obstacles. Les cadres réglementaires dans de nombreux pays s’adaptent encore à cette nouvelle technologie, ce qui pourrait affecter les délais de déploiement. Bien que les PRM promettent des économies de coûts grâce à la standardisation et à la production en usine, l’économie liée au déploiement à grande échelle reste à prouver dans des scénarios du monde réel.
La viabilité économique des PRM fait encore l’objet de débats au sein du secteur de l’énergie. Les coûts initiaux élevés et la nécessité d’obtenir des économies d’échelle grâce à une production en série pourraient poser des défis. De plus, les coûts d’exploitation et de maintenance à long terme de ces nouveaux réacteurs ne sont pas encore pleinement compris. Comme pour toute nouvelle technologie, des défis imprévus pourraient survenir pendant l’exploitation, entraînant des dépenses plus élevées que prévu.
‘Comme pour toute nouvelle technologie, des défis imprévus pourraient survenir…’
Le virage de Google vers l’énergie nucléaire représente un changement significatif dans l’approche de l’industrie technologique en matière d’approvisionnement énergétique et de durabilité. Bien que les PRM offrent des solutions prometteuses aux besoins énergétiques croissants des centres de données et des opérations d’IA, ils posent également de nouveaux défis et soulèvent des incertitudes. Le succès de cette initiative dépendra de la manière dont les préoccupations relatives à la sécurité, à la gestion des déchets et à la viabilité économique seront efficacement abordées et gérées dans les années à venir.
Les avancées réglementaires récentes concernant les réacteurs de démonstration de Kairos, combinées à la multiplication des accords d’achat d’électricité nucléaire par les géants du numérique, laissent entrevoir une trajectoire plus concrète pour l’intégration des PRM dans le mix énergétique des centres de données, même si les risques techniques, économiques et sociaux restent élevés.
S’il réussit, le projet de PRM de Google pourrait avoir des implications de grande portée pour l’industrie technologique au sens large et au-delà, accélérant potentiellement l’adoption de l’énergie nucléaire dans d’autres secteurs et influençant les politiques énergétiques nationales et mondiales.
Au seuil de cette nouvelle ère de production d’énergie, le monde observe attentivement comment Google naviguera dans le paysage complexe de l’énergie nucléaire et si ce pari portera ses fruits dans la quête d’un avenir énergétique durable et à forte capacité pour l’ère numérique.
Image : Gert Altmann – Pixabay
Andrew Burlone, cofondateur de WestmountMag.ca, a commencé sa carrière dans les médias au magazine NOUS. Par la suite, il a lancé Visionnaires, où il a occupé le poste de directeur de création pendant plus de 30 ans. Andrew est passionné de culture et de politique, avec un vif intérêt pour les arts visuels et l’architecture.




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