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La rage de l’or : le coût du luxe

Choisissez votre or avec soin pour le bien de notre planète

Par Georges R. Dupras

Tout ce qui brille…

On m’a demandé récemment de commenter les pratiques de l’industrie minière de l’or, ainsi qu’un documentaire intitulé La rage de l’or (The Shadow of Gold). Au cours de mes recherches, j’ai été frappé par les similitudes entre cette industrie et d’autres ayant un impact apparemment disproportionné sur notre environnement naturel. Je parle ici de l’impact de la production minière d’or sur l’économie, le transport, l’environnement et la santé… semblable aux effets dramatiquement négatifs causés par les commerces de diamants, de bitume et d’autres matières.

En réalité, il existe certaines différences entre ces industries; cependant les conséquences néfastes pour la population et l’environnement de la production de l’or, même en petites quantités, appartiennent à une classe à part. Malgré le fait que beaucoup de gens aient une certaine connaissance de l’industrie des métaux précieux, peu d’entre eux connaissent les origines de l’or qu’ils portent.

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Défilé de mode de bijoux en Chine

Voici ce qui n’est généralement pas connu. Il y a deux catégories liées à l’industrie du diamant : une production équitable (clean diamonds, ou diamants propres) et une production liée à la corruption et aux conflits (blood diamonds, ou diamants de la guerre). Cette même réalité existe dans l’industrie aurifère.

Le blanchiment d’argent 101

L’argent provenant de la production d’or liée à la corruption et aux conflits n’est pas comptabilisé par le système bancaire et personne n’est au courant du montant d’argent impliqué (probablement des milliards de dollars). Il n’y a aucune gestion de la chaîne d’approvisionnement et, en raison de l’absence de traces écrites, on parle de blanchiment d’argent. L’argent est utilisé dans le financement des organisations terroristes et subventionne les guerres civiles (RDC Congo). Dans certains pays sud-américains, la valeur de l’or dépasse la valeur du commerce de drogue illicite. Si l’on considère l’influence et les intérêts de la mafia, les personnes impliquées dans ces deux industries risquent des blessures, la violence environnementale, voire la mort.

Risques au travail

L’exploitation de l’or est un métier dangereux, et souvent la sécurité des travailleurs est sacrifiée dans l’intérêt du profit. Les mines sont profondes et dangereuses; la plus importante découverte d’or est à plus de trois kilomètres sous la surface, en Afrique du Sud. Même les masques respiratoires, parmi les plus évidents des équipements de protection, sont rares et souvent ils ne sont pas disponibles aux travailleurs, en majorité des immigrants pauvres qui souffrent d’une variété de maladies pulmonaires et sont souvent dans l’incapacité de travailler. Ils n’ont aucun accès à l’aide médicale, et ces maladies pulmonaires sont souvent fatales.

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Mineurs d’or au Pérou

Les dangers pour la santé

Le mercure, la neurotoxine la plus puissante connue de l’homme, est largement utilisé dans l’industrie des mines d’or. Il est dangereux non seulement pour la personne qui s’en sert mais également pour la communauté dans son ensemble. C’est un polluant global ayant des effets néfastes sur les pêcheries, y compris sur les poissons utilisés pour faire les sushis, un met de prédilection. Le mercure et le cyanure sont parmi les éléments les plus dangereux pour l’homme et pour l’environnement naturel.

L’impact sur les premières nations de l’Amazonie

Dans le documentaire La rage de l’or, signé Robert Lang, les premières nations décrivent passionnément la façon dont leur vie simple a changé depuis l’afflux de milliers de prospecteurs. Ils se plaignent de l’afflux de mineurs qui se tournent vers l’exploitation aurifère pour gagner leur vie et que le bassin de l’Amazone ne peut supporter. Leur crainte pour la viabilité écologique du bassin versant amazonien est justifiée. Ce bassin couvre une superficie de quelques 7 500 000 kilomètres, ou approximativement 40% de l’Amérique du Sud. La grande majorité du bassin est couverte par la forêt amazonienne (Amazonie), et inclus 5 500 000 kilomètres de forêts tropicales.

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Vue aérienne montrant l’impact de l’exploitation minière artisanale sur le bassin amazonien

Voici un territoire qui soutient la vie humaine, la vie animale, la vie nautique, la vie végétale – un environnement tout à fait particulier. C’est une écologie qui, une fois déboisée, ne produira plus d’air pur et endommagera sans aucun doute l’une des plus grandes réserves d’eau douce du monde.

Les premières nations d’origine amazonienne y demeurent depuis toujours. Ils travaillent à nourrir et à éduquer leurs enfants. À l’instar de leurs frères en Amérique du nord, ils ont également été expulsés de leur pays par des colons.

L’Amérique du Nord

Dans au moins un cas, une digue de retenue¹ contenant 10 millions de mètres cubes de drainage a déversé son contenu dans le fleuve Fraser en Colombie Britannique au Canada. Le résidu est non biodégradable et la région est devenue une terre en friche. C’est clair que cet incident, le déversement Mount Polley et les dommages subséquents au fleuve Fraser sont la preuve que les risques dépassent de loin les avantages. Les premières nations le long du fleuve sont les victimes de la perte de l’industrie du saumon.

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Exploitation minière à l’échelle industrielle

Retour disproportionné

Dans les mines à ciel ouvert, des jets d’eaux² sont utilisés pour déraciner des roches contenant de petits gisements d’or. Cela a le même impact que la coupe à blanc³. Le résultat de ce processus génère environ 20 tonnes de déchets afin de produire juste assez d’or pour fabriquer un petit anneau d’or. La terre est sacrifiée, c’est-à-dire qu’elle est perdue au reboisement à cause de l’utilisation de mercure et de cyanure de soufre que l’on utilise dans le processus de récupération de l’or (lixiviation). Quand une zone est épuisée, elle n’est plus viable, et les méga opérations abandonnent simplement les sites.

Dépôts d’or

Les plus grandes concentrations de gisements d’or se retrouvent en Australie méridionale, en Chine, en Afrique du Sud, au Pérou et dans l’ouest des États-Unis. On retrouve l’or dans les roches, le quartz, les rivières, et les méandres des rivières. Les Canadiens doivent s’inquiéter parce que 50% des sièges sociaux des grandes sociétés minières sont basées au Canada.

La cupidité économique l’emporte sur les droits humains

La valeur de l’or a augmenté d’environ 3000% au cours des dernières cinquante années, et seulement environ 160 tonnes d’or ont été découvertes à travers le monde. L’exploitation minière par les prospecteurs américains, du milieu à la fin des années 1900, n’a pas eu le même impact dévastateur sur le paysage naturel que la technologie actuelle. Cela dit, les prospecteurs de cette époque ont sûrement défriché de grandes surfaces boisées à la recherche d’or. L’impact sur l’environnement est encore visible aujourd’hui.

La nature de la prospection a changé avec la découverte d’énormes gisements d’or, ce qui a entraîné une utilisation accrue de machinerie lourde, de produits chimiques et de technologie.

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Creuser pour trouver de l’or en République démocratique du Congo où le Conseil artisanal de l’or aide les mineurs à éliminer le mercure

L’avenir et les nouvelles technologies

Il y a une place pour une production d’or équitable qui bénéficierait aux investisseurs et aux premières nations. La production d’or équitable se différencie par le fait qu’elle n’utilise pas de produits chimiques nocifs et ne détruit pas la couche arable de sol. Dans la majorité des cas, ces productions sont gérées par de petites opérations familiales et le financement passe par le système bancaire. Soulignons le succès des initiatives telles que Just Gold, Fairtrade et Le conseil de l’or artisanal.

Conclusion

Pour redresser cette industrie, nous avons besoin de connaissances, de patience, et d’engagement. Nous devons insister pour savoir l’origine de l’or que nous achetons, même si la quantité est minime. Ce n’est pas un inconvénient mais plutôt une opportunité de rejeter les pratiques destructives actuelles.

Nous encouragerons ainsi le développement d’un marché viable pour l’or équitable, fondé sur la création artistique, l’expression de soi, et un respect pour ceux qui le produisent et pour son environnement d’origine.


Note : Sources d’information – La rage de l’or (The Shadow of Gold), signé Robert Lang et autres sources.

  1. des réservoirs utilisés pour contenir les liquides usés au cours du processus d’extraction
  2. des jets d’eau qui peuvent dépouiller les collines des arbres et éliminer les sols riches
  3. enlève le sol superficiel avant l’utilisation de produits chimiques

Image d’entête : bijoux d’or à Shenzen, Chine
Toutes les images proviennent de La rage de l’or (The Shadow of Gold), une courtoisie de Kensington Communications et Films à Cinq.

Button Sign up to newsletter – WestmountMag.caÀ lire aussi : autres articles par Georges Dupras


Georges Dupras

Georges R. Dupras se fait le champion et le défenseur des animaux depuis plus de 50 ans. Il est membre de l’International Association for Bear Research and Management (IBA), un directeur de l’Alliance pour les animaux du Canada (AAC), le représentant du Québec de Zoocheck Canada, et un ancien directeur de la Société canadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (CSPCA). En 1966, il s’est impliqué dans la campagne initiale pour sauver les phoques qui a mené à la fondation de l’International Fund for Animal Welfare (IFAW) en 1969. Il a publié deux livres : Values in Conflict et Ethics, A Human Condition. Georges demeure à Montréal, Québec, Canada.


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