Avec Entre chiens et louves, la pianiste rejoint huit acrobates pour une rencontre entre musique, cinéma et poésie du mouvement
4 novembre 2026 • WestmountMag.ca
Certaines collaborations se construisent longtemps avant de prendre toute leur place sur scène. Celle d’Alexandra Stréliski et du Cirque Le Roux appartient à cette catégorie. Jusqu’au 15 novembre, la Place des Arts les réunit dans une version inédite d’Entre chiens et louves, où le piano accompagne en direct une fresque acrobatique traversée par la mémoire, les luttes et les aspirations à la liberté.
Déjà présenté plus de 250 fois en Europe, le spectacle prend une nouvelle dimension à Montréal. La compositrice ne se contente pas de composer la musique : elle partage l’espace scénique avec les huit interprètes de la compagnie française. À ses côtés, Julia et Natalia Kotarba aux cordes et Jimbo Canoville à l’électronique donnent corps à une partition qui dialogue avec les gestes, les équilibres et les envolées.
Une amitié devenue langage artistique
L’histoire commune remonte aux années d’études, lorsque Stréliski et les futurs fondateurs du Cirque Le Roux étaient voisins sur le Plateau-Mont-Royal. Ils fréquentaient le même cercle d’amis artistes et partageaient une vie que la pianiste décrit comme un peu bohème. Depuis, leurs parcours se répondent. Elle a composé la musique de chacune des créations de la compagnie; ses amis circassiens ont imaginé les scénographies de ses spectacles. Pourtant, hormis deux brèves apparitions au Bon Marché Rive Gauche, à Paris, ils n’avaient pas véritablement partagé la scène.
« Performer sur scène est toujours une prise de risque et je trouve ça beau qu’on ose cette vulnérabilité ensemble », confie Alexandra Stréliski dans le communiqué annonçant cette rencontre montréalaise. Cette complicité constitue le fil discret du projet : après avoir façonné leurs univers respectifs, les artistes les habitent désormais ensemble.
Trois époques, des combats en écho
Entre chiens et louves suit des personnages vivant en 1850, en 1960 et en 2026. Malgré la distance historique, leurs trajectoires se rejoignent autour de questions persistantes : que transmettons-nous aux générations suivantes? Comment conquérir sa liberté? Que reste-t-il des injustices lorsque les sociétés se transforment?
Le spectacle aborde ces thèmes par le corps autant que par le récit. Acrobatie, équilibre, danse et portés composent une succession de tableaux où la virtuosité physique sert une réflexion sur l’émancipation et la mémoire collective. La compagnie désigne cette approche par le terme « ciné-cirque ». Théâtre, danse et cinéma nourrissent une écriture scénique dont les séquences se succèdent comme les plans d’un film. Dans une scénographie mouvante, le clair-obscur installe une atmosphère onirique, sans exclure l’humour ni l’espoir.
Le piano au cœur du mouvement
Pour Stréliski, cette aventure permet aussi de retrouver le plaisir d’interpréter d’autres œuvres que les siennes. Le programme fait ainsi place à Schubert, Chopin, Beethoven et Nina Simone. Elle y joue également quatre de ses compositions : deux pièces de Néo-Romance et deux thèmes écrits spécialement pour Entre chiens et louves. La musique devient ainsi une présence scénique à part entière, plutôt qu’un simple accompagnement des prouesses acrobatiques.
Fondé en 2014, le Cirque Le Roux poursuit ici sa recherche d’un cirque narratif où l’exploit ne se suffit pas à lui-même. Mis en scène par la compagnie avec Charlotte Saliou, le spectacle privilégie la rencontre des disciplines et la circulation des émotions. Cette version montréalaise ouvrira également la Biennale CINARS le 10 novembre, devant des professionnels des arts venus du monde entier. Elle poursuivra ensuite son parcours au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, pour quinze représentations du 22 décembre au 8 janvier.
Entre chiens et louves
Théâtre Maisonneuve, Place des Arts
jusqu’au 15 novembre 2026.
Durée : 1 h 20, sans entracte.
Renseignements et billetterie : placedesarts.com
Image d’entête courtoisie du Cirque Le Roux
