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Kafka’s Ape d’Infinitheatre,
un bijou en prolongation

Une satire mordante sur un sujet sérieux, faite avec art et humour

Par Byron Toben

Traduit de l’anglais

J’ai maintenant assisté à quatre productions de Kafka’s Ape de l’Infinitheatre et vu l’acteur Howard Rosenstein dépeindre le personnage de Redpeter de façon toujours plus nuancée et crédible.

La première fois, c’était lors de la représentation inaugurale en 2013, au Bain St-Michel.

Kafka’s Ape Howard Rosenstein - WestmountMag.caLa deuxième fois, c’était lors du festival annuel Summerworks Performance Festival de Toronto en 2015.

La troisième était lors d’une reprise, à la Maison de la Culture de Mont Royal en 2016.

La quatrième était lors de sa récente reprise à l’Espace Knox.

De toute évidence, je ne me suis pas lassé de ce bijou d’interpretation, une adaptation par le réalisateur Guy Sprung d’une nouvelle datant de 1917, par Franz KafkaReport to an Academy.

Kafka, méconnu de son vivant, est maintenant considéré comme un géant de la littérature, tout comme son contemporain, le peintre Modigliani, qui n’a pas été apprécié de son vivant.

Kafka est célèbre pour son récit Metamorphosis dans lequel un homme se transforme involontairement en cafard géant. Dans Report to an Academy, Redpeter, un simien capturé et emprisonné dans une cage, suppose que sa seule issue est de devenir semblable aux humains qui l’ont capturé, en imitant leur façon de marcher, de parler, de cracher et de boire à l’excès. Dans la version de Sprung, ces humains sont des mercenaires engagés par la fictive Greywater Corporation.

Kafka’s Ape Howard Rosenstein - WestmountMag.caGreywater constituent un substitut assez peu subtil au groupe de sécurité militaire privé créé en 1997 sous le nom de Blackwater (son nom a été changé en 2009 pour Xe Services et, en 2011, puis pour Academi, avant de se fondre en 2014 avec d’autres services similaires dans l’actuel Constellis Holdings).

L’incroyable maquillage de Rosenstein (conçu par Vladimir Alexandru Cara), renforcé par ses talents d’athlète alors qu’il se fraye parfois un chemin à travers le public, avant de revenir sur le podium pour y basculer sa jambe, le transforme en l’exemple même d’un instructeur militaire apprenant à des recrues comment abattre l’ennemi le plus efficacement possible.

Lors du spectacle d’ouverture en 2013, alors que j’étais assis devant la scène, selon mon habitude, il m’a confronté en me disant qu’il pouvait me tuer avec ses doigts s’il le voulait. J’étais sur le point de répondre malicieusement: « Oh, oui ? Essaie toujours, Monkey Man », mais je me suis retenu car c’était la soirée d’ouverture. Je l’aurais peut-être fait à la soirée de clôture.

J’ai… vu l’acteur Howard Rosenstein dépeindre le personnage de Redpeter de façon toujours plus nuancée et crédible.

Tout cela pendant que Redpeter relate sa propre histoire à l’assemblée annuelle des actionnaires et expliqué comment les actions de Greywater constituent un investissement exceptionnel. Des scènes montrant des avions, des soldats et de publicités apparaissent à l’écran, accompagnées de musique vibrante.

Kafka’s Ape Howard Rosenstein - WestmountMag.caOn pourrait bien dire en boutade « le singe qui fait ce que le singe voit » rencontre le complexe militaro-industriel (privatisé). Dans l’ensemble, c’est une bonne satire sur un sujet sérieux faite avec art et humour.

Cela m’a rappelé d’autres tentatives littéraires, à la fois des pièces de théâtre et des films, où des animaux étaient changés en humains. Il y avait bien sûr, L’île du docteur Moreau de H.G. Wells (1896) dans laquelle un scientifique fou transforme chirurgicalement quelque 16 espèces d’animaux en créatures humanoïdes.

En 1968, l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov a publié Heart of a Dog, dans lequel les dirigeants soviétiques ont également recours à la chirurgie pour créer un nouvel homme obéissant et entraînable.

Oh Lucky Man, de Lindsay Anderson, en 1973, a choqué le public en montrant une tête humaine greffée sur le corps d’un mouton. La chirurgie a depuis été remplacée par la génétique.

Kafka’s Ape termine sa tournée en anglais à Morin Heights le 17 février.

La pièce sera à l’affiche en français à la Maison de la culture Janine-Sutto les 19 et 20 février, et à la Maison de la culture Mont-Royal le 27 février.

Par la suite, la production entreprendra une tournée au Japon.

Pour plus d’information, communiquez au 514 987-1774
infinitheatre.com

Images : Brian Morel

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À lire aussi : Pupille, un film touchant de la cinéaste Jeanne Herry


Byron Toben, ancien président du Montreal Press Club, est critique culturel anglophone pour WestmountMag.ca depuis juillet 2015. Auparavant, il écrivait pour les sites Web Rover Arts et Charlebois Post, le journal hebdomadaire imprimé The Downtowner et le journal mensuel imprimé The Senior Times. Il est également expert-conseil en permis de travail américains pour les Canadiens.

 

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