Le film d’Anaïs Barbeau-Lavalette franchit le cap du million de dollars de recettes au guichet
20 octobre 20226 • WestmountMag.ca
Avec Pauline Julien : femme pays, Anaïs Barbeau-Lavalette retrouve une présence charnelle et contradictoire derrière la figure publique de Pauline Julien. Elle s’intéresse autant à celle qui chantait et revendiquait qu’à celle qui aimait, doutait et devait composer avec les conséquences de ses choix.
Porté par Suzanne Clément, le film met en dialogue mémoire intime, émancipation féminine et destin collectif.
Et le public répond à cette rencontre : le long métrage a dépassé le million de dollars de recettes après quatre fins de semaine à l’affiche. Sorti le 25 septembre, il est projeté dans plus de 40 cinémas québécois. Ce succès prolonge la rencontre entre une artiste disparue et des spectateurs qui reconnaissent, dans son parcours, quelque chose d’eux-mêmes. « Les histoires d’ici, les femmes qui nous bousculent et les œuvres qui nous rassemblent ont décidément toutes leur place dans nos salles de cinéma », souligne le producteur Étienne Hanse.
Au-delà du résultat commercial, le film remet en circulation une présence : celle d’une femme que le cinéma invite à regarder dans toute sa complexité : une femme qui lutte pour conserver ses mots. Autour d’elle, les souvenirs affleurent : la scène, les amours, les enfants, les colères, les espoirs d’un pays à inventer. Porté par Suzanne Clément, le film met en dialogue mémoire intime, émancipation féminine et destin collectif.
Rencontre entre les générations
La réalisatrice évoque des réactions de jeunes et de moins jeunes, de Québécois issus de l’immigration, de cinéphiles et de personnes qui fréquentent rarement les salles de cinéma. « Pauline c’est moi », m’écrit-on. « Ce film-là parle de nous toutes et tous, et il semble que nous en avions besoin. »
Ces témoignages suggèrent une réception qui dépasse la nostalgie. Pour certains, Pauline Julien appartient à une mémoire vécue; pour d’autres, elle devient une découverte. Le film offre un terrain d’entente : une vie traversée par le désir de créer, d’aimer et de prendre part au monde, sans pour autant résoudre les contradictions que ces aspirations engendrent.
Ce film-là parle de nous toutes et tous, et il semble que nous en avions besoin.
Cosigné par Barbeau-Lavalette et Véronique Côté, le scénario refuse la biographie qui enchaîne mécaniquement les grandes étapes d’une carrière. Les autrices ont voulu éviter le « wikifilm », selon leur expression. Leur ambition est moins de tout raconter que de faire éprouver une personnalité, une énergie, une manière d’habiter le monde.
L’aphasie dégénérative de Pauline Julien constitue un point d’ancrage du récit. À partir de cette parole menacée, le film circule entre les époques et les dimensions de son existence. La chanteuse, la militante, l’amoureuse et la mère se répondent. Les événements politiques demeurent présents, mais ils prennent leur sens dans l’expérience des personnages plutôt que dans une démonstration historique.
Suzanne Clément, au-delà de la ressemblance
Suzanne Clément porte ce portrait, avec pour défi de retrouver une femme dont la voix et la présence appartiennent à la mémoire collective. La démarche ne repose pourtant pas sur la seule imitation. Après une immersion dans les archives, la réalisatrice a souhaité que les interprètes s’en détachent pour laisser leurs personnages vivre.
Clément chante elle-même dans les scènes musicales. Les chansons prolongent les situations et les émotions plutôt que de constituer un simple catalogue de succès. Ce soir j’ai l’âme à la tendresse, Une sorcière comme les autres et Comme je crie, comme je chante participent ainsi à la construction du portrait. La bande sonore comprend également un enregistrement de Pauline Julien, Le plus beau voyage.
Suzanne Clément porte ce portrait, avec pour défi de retrouver une femme dont la voix et la présence appartiennent à la mémoire collective.
Face à Suzanne Clément, Patrice Dubois incarne Gérald Godin, poète, écrivain et homme politique. Leur relation occupe une place centrale, sans pour autant réduire Pauline Julien à celle qui accompagne un homme. Le film s’attache à deux personnalités qui se rejoignent dans l’amour et l’engagement tout en préservant leur autonomie. Complicité intellectuelle, désir, disputes et vulnérabilité composent cette histoire d’amour.
Le pays comme expérience intime
La parole qui s’effrite chez Pauline Julien résonne avec celle d’une collectivité qui cherche à s’affirmer. Ce rapprochement relève d’une proposition poétique : une manière de lier l’émancipation individuelle à un projet collectif. La liberté devient ainsi le point de rencontre entre la femme et le pays. Liberté de chanter, de désirer, de contester; liberté d’imaginer une société autrement.
L’indépendantisme est un horizon partagé, mais le couple existe aussi dans les gestes ordinaires et dans l’épreuve de la maladie. Cette attention à l’intimité donne une autre épaisseur aux figures publiques : derrière les prises de position, il y a deux êtres qui cherchent à vivre ensemble sans se perdre.
Ce portrait ne gomme pas les absences ni les déchirements familiaux. Les tournées, le travail et la création ont aussi un prix pour les proches. Alexa-Jeanne Dubé et Steve Gagnon interprètent Pascale et Nicolas, les enfants de Pauline Julien devenus adultes. Violette Chauveau prête ses traits à Anne Sylvestre.
Cinquième long métrage de fiction de la réalisatrice, Pauline Julien : femme pays marque sa première collaboration avec Étienne Hansez. Jonathan Decoste signe la photographie, Mathieu Lemay la conception artistique, Sophie Lefebvre les costumes et Stéphane Lafleur le montage.
Pauline Julien : femme pays
Film d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Durée : 110 minutes.
Distribué par Axia Films
À l’affiche présentement au Québec.
Image d’entête et bande-annonce courtoisie de Bravo Charlie et Axia
