Les remous causés par Washington créent une rare occasion d’investir au Canada
Par Andrew Burlone
31 août 2026 • Opinion
À première vue, le scénario paraît évident. General Motors transfère une partie de sa production vers le nord. CLAAS, le fabricant allemand de matériel agricole, regarde le Canada avec un intérêt renouvelé. Uniper met sur pause un important projet américain d’hydrogène vert. Depuis le retour des tarifs douaniers de Donald Trump, l’économie mondiale vacille et certaines entreprises semblent réévaluer la place des États-Unis dans leurs plans d’investissement, au bénéfice possible du Canada et de l’Europe.
Les entreprises réagissent lorsque les règles deviennent trop imprévisibles, trop coûteuses ou trop politisées pour être ignorées.
On ne déplace pas une usine, une chaîne d’approvisionnement ou un projet énergétique de plusieurs milliards de dollars sur un coup de tête. Ces décisions surviennent lorsque les règles du jeu deviennent imprévisibles, excessivement coûteuses ou politisées au point de compromettre la planification à long terme.
Les droits de douane, bien qu’ils soient brandis comme un instrument de puissance, se traduisent concrètement par davantage d’incertitude. Pour le fabricant, c’est une facture additionnelle, sans échéance ni montant véritablement prévisibles. Pour le promoteur énergétique, c’est un motif supplémentaire de mettre en pause un investissement déjà risqué. Pour l’exportateur, c’est la transformation d’un débouché stable en un marché volatil.
Cela ne signifie pas que les États-Unis sont sur le point de devenir un désert économique. Le pays demeure l’un des plus grands marchés de consommation au monde, un important centre d’innovation et une puissance industrielle aux capacités considérables.
Quelques décisions très médiatisées ne suffisent pas à démontrer que les entreprises se détournent des États-Unis. Elles suggèrent néanmoins que certains conseils d’administration commencent à s’interroger sur un postulat longtemps considéré comme allant de soi : les États-Unis demeurent-ils l’endroit le plus sûr où investir le prochain dollar?
Une opportunité pour le Canada
Le Canada a tout à gagner de cette ouverture, mais il doit aussi en mesurer les risques. Depuis longtemps, les États-Unis constituent, sans conteste, son principal partenaire commercial. Cette relation est appelée à durer, et elle demeure souhaitable. Les deux économies sont étroitement intégrées dans des secteurs aussi divers que l’automobile, l’alimentation, l’énergie, l’aérospatiale et les technologies. Or, chaque épisode de tensions tarifaires montre qu’un lien économique perçu comme sécurisant peut, dans certaines circonstances, se transformer en facteur de vulnérabilité.
L’effort graduel du Canada pour élargir ses relations commerciales dépasse donc largement le simple discours diplomatique. C’est une question de bon sens. Si les entreprises canadiennes peuvent vendre davantage en Europe, en Asie et sur d’autres marchés, elles sont moins exposées lorsque Washington modifie les règles — ou change d’avis.
Le Canada ne peut pas se contenter d’attendre, en espérant que des entreprises étrangères, naturellement prudentes, choisissent d’y investir.
Le même principe s’applique à l’investissement : le Canada ne peut pas se contenter d’attendre, en espérant que des entreprises étrangères, naturellement prudentes, choisissent d’y investir. Il doit réunir les conditions recherchées par les investisseurs : des politiques prévisibles, une main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures concurrentielles, une énergie abordable et fiable, ainsi que des processus réglementaires rapides et clairs, afin que les projets se réalisent plutôt que de rester bloqués pendant des années. Si les États-Unis créent de l’incertitude, le Canada doit démontrer qu’il peut offrir de la stabilité.
Les cas de GM, de CLAAS et d’Uniper importent moins comme preuve d’une vaste migration des entreprises que comme instantané d’une évolution du climat des affaires. Les multinationales redistribuent leurs cartes et cherchent des chaînes d’approvisionnement plus sûres, des relations commerciales plus stables et des marchés où les surprises politiques risquent moins de faire dérailler un plan à long terme.
Le Canada n’a pas à se réjouir des incertitudes américaines : l’instabilité de notre principal voisin ne saurait remplacer une véritable stratégie économique nationale. Elle peut toutefois créer une opportunité que nous devons aborder avec discernement, réalisme et préparation. L’enjeu est simple : le capital va là où il trouve stabilité et confiance.
Si les États-Unis continuent de brouiller les règles du commerce international, certaines entreprises chercheront éventuellement un environnement plus prévisible. Rien ne garantit que leur choix se portera sur le Canada. Pour les convaincre, il faudra être prêt, compétitif et capable de démontrer clairement pourquoi le Canada constitue une destination d’investissement fiable.
Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de WestmountMag.ca.
Image d’entête : Susy Hazelwood – Pexels
Autres articles par Andrew Burlone
ARTICLES RÉCENTS

Andrew Burlone, cofondateur et rédacteur en chef de WestmountMag, a amorcé son parcours dans les médias au magazine NOUS. Depuis, il nourrit un intérêt soutenu pour le journalisme et les communications, ainsi que pour l’architecture, la culture, les arts visuels et les enjeux sociaux.
