Élections municipales 2025 Municipal Elections -
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Élection provinciale 2026:
Les québécois méritent mieux

La campagne officielle n’est pas encore lancée, mais l’appareil politique est déjà en marche

Par Irwin Rapoport

16 août 2026 • Opinion
Traduit de l’anglais

Qu’on le veuille ou non, l’élection provinciale du 5 octobre s’est invitée dans les dernières semaines de l’été. La campagne devrait être déclenchée vers la fin août, mais la précampagne est déjà bien amorcée et la machine politique est clairement en marche : les sondages se succèdent, les chefs de parti mettent leurs messages à l’essai, des candidatures sont annoncées et les commentateurs décortiquent chaque manœuvre.

Les Québécois font face à un éventail de choix peu satisfaisants parmi les partis représentés à l’Assemblée nationale. Cela ne signifie pas que tous les candidats sont incompétents ni que tous les partis sont dépourvus d’idées utiles. Cela signifie toutefois que, jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’a démontré de façon suffisamment convaincante qu’il est prêt à gouverner efficacement le Québec face aux défis économiques, sociaux, environnementaux et institutionnels qui l’attendent.

Pourquoi le débat électoral s’attarde-t-il tant à la souveraineté, au fédéralisme, à la langue et à l’identité, au détriment de la santé, de l’éducation, des finances publiques, du logement, du développement économique et des politiques climatiques ?

Un sondage Pallas Data/Qc125/L’actualité réalisé au début d’août, accordait 31% des intentions de vote au Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon, 27% au Parti libéral du Québec de Charles Milliard, 19% à la Coalition avenir Québec de Christine Fréchette, 14% au Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime et 9% à Québec solidaire, dont les porte-parole sont Sol Zanetti et Ruba Ghazal.

Le PQ est actuellement en tête, mais l’écart de quatre points qui le sépare des libéraux ne doit pas être considéré comme acquis. Les sondages ne sont que des instantanés : l’appui régional, le taux de participation et la qualité des candidats compteront énormément lorsque la campagne officielle commencera. La grande question n’est pas seulement de savoir qui l’emportera, mais de déterminer si les Québécois auront droit à un véritable débat sur la manière dont le Québec devrait être gouverné.

Le danger d’une campagne trop réductrice

Le débat électoral est déjà trop centré sur la souveraineté, le fédéralisme, la langue et l’identité, au détriment de la santé, de l’éducation, des finances publiques, du logement, du développement économique et des politiques climatiques. Le principal enjeu politique commence déjà à se dessiner : les électeurs accorderont-ils au PQ un mandat malgré son engagement à tenir un référendum sur la souveraineté du Québec au cours de son premier mandat, ou se rallieront-ils aux libéraux comme principale option fédéraliste? Cette question est légitime. L’avenir constitutionnel du Québec, ses relations avec le Canada, la langue française, l’autonomie provinciale et l’identité québécoise sont tous des enjeux importants. Ils ne peuvent être ignorés, mais ils ne devraient pas évincer les questions qui touchent quotidiennement les Québécois.

Le Québec a besoin de plans crédibles pour améliorer l’accès aux soins de santé, répondre aux pressions qui pèsent sur les hôpitaux et la médecine familiale, soutenir les écoles et les établissements postsecondaires, accroître l’offre de logements, renforcer la compétitivité économique, améliorer la gestion du secteur public et lutter sérieusement contre les changements climatiques. Le Québec a aussi besoin d’un débat plus rigoureux sur les finances publiques. Sa dette, ses besoins à long terme en infrastructures et les pressions financières qui touchent la santé et l’éducation exigent davantage que de simples promesses.

Les électeurs devraient exiger que les partis définissent leurs priorités, expliquent les coûts, présentent des échéanciers et précisent comment les résultats seront mesurés. Un parti qui promet d’améliorer les soins de santé devrait expliquer comment il compte recruter et retenir le personnel, réduire les délais d’attente et financer les changements proposés. Un parti qui promet de stimuler le développement économique devrait préciser les secteurs qu’il entend soutenir, les investissements publics nécessaires et les résultats attendus. Un parti qui promet d’améliorer le fonctionnement de l’État devrait expliquer comment il compte prévenir les échecs coûteux avant qu’ils ne surviennent, plutôt que de se contenter de les examiner après coup.

Le test de la capacité à gouverner

Chaque parti est-il en mesure de gouverner avec compétence, responsabilité et pragmatisme? C’est le critère que les électeurs québécois devraient appliquer à tout parti qui aspire au pouvoir — et non seulement sa capacité à gagner une élection, à défendre une position constitutionnelle ou à livrer un message de campagne efficace. Gouverner exige davantage que des promesses : il faut élaborer des politiques cohérentes et abordables; expliquer comment les engagements seront financés; gérer la santé, l’éducation, le logement, les infrastructures et les autres services publics; nommer des ministres compétents et recruter des candidats crédibles; superviser la fonction publique; prévenir les échecs administratifs coûteux; répondre efficacement aux pressions économiques et aux urgences; puis rendre compte des résultats et assumer sa responsabilité devant le public.

La grande question n’est pas qui pourrait l’emporter, mais si les Québécois auront droit à un débat sérieux sur la façon dont la province devrait être gouvernée.

Le PQ aborde la campagne avec la meilleure position dans les sondages. Son appui reflète la frustration envers la CAQ et le désir de changement de nombreux électeurs. Il doit toutefois démontrer qu’il est prêt à gouverner dans l’ensemble des champs de compétence provinciale, et non seulement à débattre de questions constitutionnelles et identitaires. Un gouvernement péquiste serait jugé sur sa gestion de la santé, de l’éducation, des finances publiques, du logement, des infrastructures, du développement économique et de l’environnement. Son engagement à tenir un référendum demeurera au cœur du débat public, mais sa crédibilité dépendra aussi de sa capacité à proposer des solutions détaillées, chiffrées et concrètes aux problèmes du quotidien.

Les libéraux cherchent à se positionner comme la principale option fédéraliste, surtout dans le Grand Montréal ainsi qu’auprès des communautés anglophones et culturelles. Ils tentent également de reconstruire leur organisation et de recruter des candidats issus du milieu des affaires, des organismes communautaires et de la vie publique. Charles Milliard a été actif ces dernières semaines. Il a déjà annoncé que James Hughes, président-directeur général de la Mission Old Brewery, sera candidat dans Vaudreuil, tandis que Michel Leblanc, ancien président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, se présentera dans Marguerite-Bourgeoys. Milliard a présenté des propositions en matière de développement économique et a parlé de la protection et de la promotion du français, mais les libéraux devront néanmoins faire davantage que simplement s’opposer à un référendum. Ils devront convaincre les électeurs qu’ils peuvent gouverner avec compétence, maintenir des services publics solides, gérer les finances de la province de façon responsable et présenter une vision constructive de la place du Québec au sein du Canada.

La CAQ demeure alourdie par son bilan après huit ans au pouvoir. Fondé par François Legault et Charles Sirois, le parti a remporté deux gouvernements majoritaires, mais il a perdu la confiance d’une partie importante de la population à la suite de plusieurs dossiers difficiles, notamment le projet de batterie Northvolt, le fiasco SAAQclic et d’autres controverses de gestion très médiatisées. Christine Fréchette tente de présenter un style de leadership davantage tourné vers l’avenir et de distinguer son approche de celle adoptée au cours des dernières années du gouvernement Legault. Elle a mis de l’avant les intérêts du Québec en matière économique et commerciale et travaille à mobiliser la base caquiste. La CAQ ne peut toutefois pas se soustraire à son bilan et devra expliquer les leçons tirées de ses échecs politiques et administratifs coûteux, ce qu’elle aurait fait autrement et comment elle compte rétablir la confiance du public dans sa capacité à gérer les institutions québécoises. Un parti qui sollicite un nouveau mandat doit être soumis à une norme de responsabilité plus élevée que celle de ses adversaires.

Le Parti conservateur du Québec arrive en campagne avec un appui plus élevé que le nombre de sièges obtenus en 2022, lorsqu’il avait recueilli 12,91% des voix sans faire élire de député. Son appui est désormais plus uniformément réparti dans la province, ce qui pourrait se traduire par une représentation à l’Assemblée nationale selon le mode de scrutin québécois. Éric Duhaime insiste de plus en plus sur l’autonomie et les thèmes nationalistes, tout en conservant son identité libertarienne. Des critiques s’interrogent cependant sur la possibilité que certaines propositions conservatrices élargissent la place du privé dans la prestation des soins de santé. Le parti devrait préciser ce qui demeurerait financé publiquement et expliquer comment ses mesures protégeraient l’accès universel aux soins.

Certains députés compétents et engagés dans leur milieu ont gagné le respect de leurs concitoyens et apporté une contribution constructive à la vie publique, mais une Assemblée nationale plus forte exige davantage que quelques représentants efficaces.

La question n’est pas de savoir si un parti peut faire de grandes promesses. Tous les partis le peuvent. La véritable question est de savoir si ses politiques sont réalisables, abordables et conformes aux attentes des Québécois en matière de services publics accessibles et de gouvernement responsable. Québec solidaire continue de défendre des politiques sociales, environnementales et économiques progressistes, tout en appuyant l’indépendance du Québec. Son appui dans les sondages est inférieur à ce que le parti souhaiterait et demeure concentré dans certaines régions. Le parti doit démontrer qu’il peut élargir son électorat tout en préservant ses engagements en matière d’action climatique, d’abordabilité, de services sociaux et de réforme démocratique.

Une campagne à la hauteur de nos aspirations

Certains députés compétents et engagés dans leur milieu ont gagné le respect de leurs concitoyens et apporté une contribution constructive à la vie publique, mais une Assemblée nationale plus forte exige davantage que quelques représentants efficaces. Le Québec a besoin de candidats ayant de l’expérience en santé, en éducation, en protection de l’environnement, en affaires municipales, en finances, en affaires, en relations de travail, en services sociaux, en relations avec les peuples autochtones et en administration publique. Il a besoin de partis politiques qui accueillent des personnes issues de parcours professionnels variés et porteuses de points de vue différents, plutôt que de récompenser uniquement celles et ceux qui savent le mieux répéter les messages du parti.

Les électeurs, les journalistes, les organismes communautaires et les groupes de la société civile doivent exiger des normes plus élevées.

La campagne ne devrait pas se réduire à déterminer qui invoquera le plus efficacement le nationalisme, le fédéralisme, la langue ou l’identité. Ces enjeux sont importants, mais ils ne remplacent pas une administration compétente. Un débat électoral utile devrait poser à chaque parti les questions suivantes :

  • Comment comptez-vous améliorer l’accès aux soins de première ligne et réduire les délais d’attente pour les chirurgies et les examens diagnostiques?
  • Comment comptez-vous améliorer les conditions dans les écoles, soutenir le personnel enseignant et veiller à ce que les élèves reçoivent les services dont ils ont besoin?
  • Comment comptez-vous réduire la dette et les déficits du Québec tout en protégeant les services publics essentiels?
  • Quel est votre plan pour rendre le logement plus abordable, particulièrement à Montréal et dans les autres régions où la pression est forte?
  • Comment comptez-vous prévenir de futurs échecs administratifs et accroître la transparence des dépenses publiques?
  • Quelles mesures concrètes prendrez-vous pour réduire les émissions, protéger les milieux naturels et préparer les collectivités aux risques liés au changement climatique ?
  • Comment comptez-vous renforcer la résilience économique du Québec dans une économie nord-américaine en pleine transformation?

•Ce ne sont pas des questions secondaires. Elles constituent les principaux critères pour évaluer si un parti est prêt à gouverner.

La campagne est lancée

Au cours des prochaines semaines, les Québécois peuvent s’attendre à davantage d’apparitions à la radio et à la télévision, à des annonces de candidatures et de politiques, à des appels au financement et à des campagnes locales de plus en plus visibles. Dès le déclenchement de l’élection, les pancartes apparaîtront rapidement aux coins des rues, les candidats feront du porte-à-porte et les chefs tenteront de définir à la fois leur propre image et celle de leurs adversaires.

Les électeurs devraient accueillir cet intérêt tout en demeurant exigeants. Aucun parti ne devrait pouvoir s’en remettre à des slogans, à des gestes symboliques ou à de vagues aspirations. Les Québécois méritent des politiques précises, chiffrées, mesurables et capables de résister à l’épreuve du lendemain de l’élection. Le vote du 5 octobre déterminera qui gouvernera le Québec. La campagne devrait aussi permettre de déterminer si les dirigeants politiques sont prêts à affronter les véritables problèmes de la province avec le sérieux qu’ils méritent.


Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de WestmountMag.ca ou de ses éditeurs.


Image d’en-tête : Élections Québec

 

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Irwin RapoportIrwin Rapoport est un journaliste indépendant et un militant communautaire de Westmount, titulaire d’un baccalauréat en histoire et en science politique de l’Université Concordia. Il écrit abondamment sur la politique locale, l’éducation et les enjeux environnementau.

 


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