La 19e édition de l’exposition s’installe au Marché Bonsecours du 26 août au 12 octobre
19 août 2026 • WestmountMag.ca
La 19e édition de l’exposition World Press Photo Montréal s’installe au Marché Bonsecours du 26 août au 12 octobre, apportant au Vieux-Montréal les plus grandes œuvres de photojournalisme de l’année, ainsi que sept expositions complémentaires ancrées dans la culture visuelle et la vie publique du Québec. Son invité vedette, le photojournaliste franco-syrien primé Abdulmonam Eassa, confère à l’événement un lien particulièrement direct avec le coût humain des conflits et les responsabilités liées au témoignage.
Un jury international indépendant composé de 31 professionnels a sélectionné les lauréats parmi 57 376 photographies soumises par 3 747 photographes provenant de 141 pays.
L’exposition annuelle présente le travail de 42 photographes primés lors du 69e concours World Press Photo. Un jury international indépendant composé de 31 professionnels a sélectionné les lauréats parmi 57 376 photographies soumises par 3 747 photographes issus de 141 pays. L’ampleur est considérable, mais la force de l’exposition réside moins dans les statistiques que dans sa capacité à ralentir le visiteur, à le placer devant des images qui rendent des événements lointains personnels, complexes et difficiles à écarter.

Le contexte général est vertigineux. World Press Photo rapporte qu’au Soudan, plus de 13 millions de personnes ont été déplacées et qu’au moins 150 000 ont été tuées depuis le début de la guerre; des millions d’enfants ne fréquentent plus l’école, tandis que l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé a été gravement perturbé.
L’organisation souligne aussi le danger auquel sont exposés les journalistes : plus de 400 ont fui le Soudan depuis avril 2023, et ceux qui y demeurent doivent composer avec les arrestations, l’intimidation, la violence et des campagnes coordonnées de désinformation.
Le Soudan d’Abdulmonam Eassa
Eassa, photojournaliste syro-français, désormais établi à Damas, sera de passage à Montréal dans le cadre de sa série, La guerre au Soudan : une nation prise au piège, reconnue par World Press Photo et publiée dans Le Monde. La série aborde le conflit qui a éclaté en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Elle documente un pays où les civils subissent les déplacements forcés, l’effondrement des services essentiels, la faim et un accès humanitaire restreint.
Eassa a commencé à photographier durant le siège de cinq ans de son quartier, à la périphérie de Damas, documentant à la fois la souffrance et la résilience des civils.
Eassa a commencé à photographier durant le siège de cinq ans de son quartier, à la périphérie de Damas, documentant à la fois la souffrance et la résilience des civils. Après avoir rejoint la France en 2018, il a couvert le mouvement des Gilets jaunes, puis a réalisé des reportages au Soudan, en Ukraine, en Turquie, en Syrie et au Tchad. Son travail a été publié dans Le Monde, The New York Times, The Guardian et The Washington Post.
Parmi les photographies présentées figure une image d’Alhaja Abdallah, déplacée de Bara, montrant les cicatrices qu’elle a subies lors d’un incendie au camp Al-Mohad, à El-Obeid. World Press Photo indique que les forces des FSR ont incendié plusieurs camps de personnes déplacées. Cette image n’est pas simplement une preuve de violence; elle invite le public à reconnaître le corps et la vie d’une personne derrière le langage abstrait de la crise.

Le contexte général est vertigineux. World Press Photo rapporte que plus de 13 millions de personnes ont été déplacées et qu’au moins 150 000 ont été tuées depuis le début de la guerre; des millions d’enfants ne fréquentent plus l’école, tandis que l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé a été gravement perturbé. L’organisation souligne aussi le danger auquel sont exposés les journalistes : plus de 400 ont fui le Soudan depuis avril 2023, et ceux qui y demeurent doivent composer avec les arrestations, l’intimidation, la violence et des campagnes coordonnées de désinformation.
Cette situation rend la préoccupation exprimée par Eassa particulièrement éloquente. Dans le communiqué annonçant sa visite à Montréal, il décrit la surveillance constante et les contrôles d’identité auxquels il est soumis lorsqu’il travaille au Soudan, mais affirme que le principal défi consiste à s’assurer que personne ne soit mise en danger par ses photographies une fois qu’il aura quitté les lieux. Cette position éthique touche au cœur même de la pratique documentaire : raconter une histoire ne consiste pas seulement à y accéder, mais aussi à réfléchir aux conséquences que sa publication peut avoir pour les personnes photographiées.

Saber Nuraldin, photojournaliste palestinien de Gaza travaillant pour l’agence EPA Images, est finaliste de la Photo de l’année du World Press Photo 2026. Prise durant la crise de l’aide à Gaza, le 27 juillet 2025, près du point de passage de Zikim, sa photographie montre des Palestiniens grimpant sur un camion d’aide humanitaire dans l’espoir d’obtenir de la farine, pendant une « suspension tactique » des opérations annoncée par l’armée israélienne. Né à Gaza en 1980, Nuraldin documente la vie dans la bande de Gaza depuis 1997 et a rejoint l’EPA en 2003. Par sa composition directe, l’image offre un témoignage saisissant de la faim, de la destruction et de l’urgence humanitaire qui touchent la population civile.
Le regard du Québec
La présentation montréalaise va bien au-delà des images internationales primées. Sept expositions additionnelles relieront les enjeux mondiaux au journalisme québécois, à la mémoire, à l’éducation et à la littératie médiatique.
Jacques Nadeau : du matériel de première page ! propose une rétrospective d’un photographe dont le travail a témoigné de la transformation politique et sociale du Québec pendant quatre décennies. Commissariée par sa fille, Virginie Nadeau, avec les photographes Martin Tremblay et Frédéric Séguin, l’exposition revisite des images associées à des personnalités et des moments marquants, notamment René Lévesque, Pierre Elliott Trudeau, Justin Trudeau et Jack Layton. Nadeau, décédé en décembre 2025, a travaillé pour La Presse canadienne avant de se joindre au Devoir en 1990; il a également enseigné le photojournalisme à l’Université de Montréal pendant près de 20 ans.

Un autre point de vue, Vivre, revient sur un reportage réalisé en 1980 en Thaïlande et en Malaisie. Pendant deux mois dans la région, la photographe Claire Beaugrand-Champagne et la journaliste Paule Beaugrand-Champagne ont documenté des personnes ayant fui le Vietnam, le Laos et le Cambodge dans un contexte de bouleversements politiques, de violence et de déplacements. Les photographies et reportages, publiés à l’origine dans La Presse, préservent le témoignage de familles qui attendent, dans des camps de réfugiés, la possibilité d’un nouveau départ.

Cette exposition trouve un prolongement contemporain dans le photo-essai de Martin Chamberland, Et la vie continue. Réalisé cet été, il suit quatre familles montréalaises ayant émigré d’Asie du Sud-Est, en se concentrant sur quatre femmes et sur la manière dont la mémoire familiale, la migration et l’expérience héritée se transmettent de génération en génération, plus de 45 ans après l’exil.
Photographie et la relève
L’exposition accorde également une place à la relève photographique. Dot Dot Dot, Tracer le terrain humain présente 28 projets d’étudiants du programme de photographie du Cégep du Vieux Montréal. L’acteur, réalisateur et scénariste Lou-Pascal Tremblay, porte-parole de cette 19e édition, a retenu quatre projets pour une présentation en grand format, mettant en lumière des œuvres qui explorent l’identité, l’appartenance et la mémoire.
Le photojournalisme demeure précieux parce qu’un journalisme responsable apporte vérification, contexte et imputabilité à ce que voit le public.
Les photographies finalistes de la 21e édition du prix Antoine-Desilets de la FPJQ seront également exposées. Ce prix souligne l’excellence de la photographie de presse au Québec dans des catégories telles que Arts et culture, Enjeux sociaux, International, Photo-essai, Portrait, Sports et Vie quotidienne.

Deux autres expositions renforcent la dimension de service public de l’événement : Au cœur de l’actualité, qui présente le travail des photojournalistes de La Presse, et Destination : distinguer le vrai du faux de Radio-Canada, qui propose des outils pratiques pour reconnaître les contenus trompeurs et évaluer l’information dans un environnement médiatique saturé. Ce dernier volet arrive à point nommé. À une époque marquée par les images manipulées et le flux incessant d’information, le photojournalisme demeure essentiel non pas parce que les photographies sont automatiquement neutres, mais parce qu’un journalisme responsable apporte vérification, contexte et imputabilité à ce que voit le public.
Planifiez votre visite
World Press Photo Montréal se tient au Marché Bonsecours, situé au 325, rue De la Commune Est, dans le Vieux-Montréal, à environ 300 mètres de la station de métro Champ-de-Mars. La visite dure approximativement 90 minutes.
L’admission générale coûte 16 $ plus taxes, et l’entrée pour les étudiants et les aînés est de 13 $ plus taxes. Les enfants de 10 ans et moins sont admis gratuitement. Les billets sont vendus sur place, sauf pour les réservations de groupes, et le lieu n’accepte pas l’argent comptant.
L’exposition est ouverte du dimanche au mercredi, de 10 h à 22 h, et du jeudi au samedi, de 10 h à minuit. Les mesures d’accessibilité comprennent une rampe menant à la salle principale et un accès par ascenseur aux expositions de la mezzanine.
World Press Photo Montreal Expo
Image d’entête : Photo de l’année, par Carol Guzy — ZUMA Press — iWitness for Miami Herald
World Press Photo est une organisation indépendante à but non lucratif fondée aux Pays-Bas en 1955. Elle défend le photojournalisme et la photographie documentaire comme des outils de compréhension des récits les plus urgents de notre époque.
