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Marcher pour habiter
le monde autrement

Quand la sédentarité gagne, la marche redevient un acte de résistance

Par Andrew Burlone

31 avril 2026

Dans un monde où l’humain n’a sans doute jamais aussi peu marché de toute son histoire, un documentaire québécois choisit de remettre un pied devant l’autre, au sens propre comme au figuré. Avec À PIED, la cinéaste Vali Fugulin nous invite à ralentir, à reprendre contact avec nos corps, nos villes et nos paysages, et à repenser la manière dont nous habitons le monde. Le film, produit par Couzin Films et distribué au Canada par Maison 4:3, prendra l’affiche au Québec le 8 mai, après une première soirée tapis bleu aux Rendez-vous Québec Cinéma le 27 avril dernier.

Marcher, c’est mesurer le monde à l’échelle du corps, accepter la lenteur, se rendre disponible à la rencontre et à l’imprévu.

Porté par la narration de la comédienne Sylvie Drapeau, À PIED s’ouvre sur un constat simple et troublant : alors que la marche est un geste universel, fondamental dans l’évolution humaine, nous la reléguons de plus en plus au second plan. La sédentarité gagne du terrain, les écrans s’imposent dans nos vies, et la voiture demeure reine dans l’organisation de l’espace urbain. C’est dans ce contexte que Vali Fugulin entreprend un voyage aux quatre coins du globe, à la rencontre de marcheurs et de marcheuses, de scientifiques et de penseurs pour qui la marche a profondément transformé leur vie.

« À PIED » long métrage documentaire québécois réalisé par Vali Fugulin, distribué au Canada (au Québec) par Maison 4:3, avec une sortie en salle prévue le 8 mai 2026.

Parmi les voix qui jalonnent ce parcours, on retrouve notamment le docteur Stanley Vollant, premier chirurgien autochtone formé au Québec, connu pour sa grande marche Innu Meshkenu, ainsi que la chorégraphe Louise Lecavalier, figure emblématique de la danse contemporaine. À travers leurs expériences singulières, le film explore la marche dans toutes ses dimensions : physique, sociale, politique, spirituelle et existentielle. Il ne s’agit pas seulement d’un exercice de santé ou d’un loisir, mais d’un véritable mode de relation au monde.

‘À PIED s’ouvre sur un constat simple et troublant : alors que la marche est un geste universel, fondamental dans l’évolution humaine, nous la reléguons de plus en plus au second plan.’

La cinéaste tisse ainsi un récit qui oscille entre méditation sensible et appel à l’action. D’un côté, À PIED célèbre la puissance poétique et humaine de la marche, sa capacité à nous relier aux autres, à la nature et à nous-mêmes. Les plans de paysages, de corps en mouvement et de pas qui résonnent sur l’asphalte ou la terre rappellent à quel point ce geste simple est inscrit dans notre mémoire intime et collective. D’un autre côté, le film pose une question essentielle : que risquons-nous de perdre, individuellement et collectivement, si nous cessons de marcher?

En filigrane, c’est tout un imaginaire du territoire qui se redessine. Marcher, c’est mesurer le monde à l’échelle du corps, accepter la lenteur, se rendre disponible à la rencontre et à l’imprévu. À l’ère de la vitesse et de l’optimisation permanente, ce choix devient presque un acte de résistance. Le film s’attarde aussi sur les enjeux politiques de la marche : qui a le droit de circuler librement? Quelles villes permettent réellement de marcher? Comment les inégalités sociales, de genre ou de classe s’incarnent-elles dans nos déplacements quotidiens?

‘À PIED célèbre la puissance poétique et humaine de la marche, sa capacité à nous relier aux autres, à la nature et à nous-mêmes.’

Cette approche est fidèle à la trajectoire de Vali Fugulin, réalisatrice documentaire qui explore le réel à travers des récits sensibles, profondément ancrés dans l’expérience humaine. Son travail se déploie à la croisée du cinéma et des formes interactives et immersives, qu’elle considère comme des prolongements du langage documentaire. Qu’il s’agisse de films linéaires ou d’œuvres numériques, Fugulin s’intéresse à la mémoire, à l’identité et aux liens invisibles qui unissent les individus entre eux et à leur environnement.

« À PIED » long métrage documentaire québécois réalisé par Vali Fugulin, distribué au Canada (au Québec) par Maison 4:3, avec une sortie en salle prévue le 8 mai 2026.

Au fil de sa carrière, elle a signé plusieurs documentaires et séries primés, dont IA : être ou ne pas être (Radio-Canada), Danser l’espoir (FIFA), Tupperware : recettes pour le succès, et Les Laboratoires Crête. En création immersive, on lui doit notamment TRACES : le processeur de peine, œuvre en réalité virtuelle, présentée notamment à SXSW et aux RIDM, qui a marqué les esprits par sa manière d’aborder le deuil et les émotions à travers une expérience sensorielle singulière. Ses films et expériences ont été salués par la critique et récompensés par de nombreux prix, parmi lesquels des Numix, des Gémeaux et des Prix Écrans canadiens. À travers ce corpus, un fil rouge se dessine : la volonté de révéler ce qui, dans l’intime, touche à l’universel.

‘La marche devient un prisme pour interroger notre époque, nos modes de vie et notre rapport au vivant.’

Avec À PIED, cette démarche s’ancre dans un geste à la fois banal et fondamental. La marche devient un prisme pour interroger notre époque, nos modes de vie et notre rapport au vivant. Le film donne la parole à des personnes pour qui marcher a été – ou est devenu – un moyen de guérison, d’engagement, de création ou de reconquête de soi. Ces récits individuels composent un portrait plus large d’une humanité en quête de sens, à la recherche d’outils concrets pour se reconnecter à ce qui compte.

« À PIED » long métrage documentaire québécois réalisé par Vali Fugulin, distribué au Canada (au Québec) par Maison 4:3, avec une sortie en salle prévue le 8 mai 2026.

La production du film est assurée par Couzin Films, une compagnie montréalaise fondée par Ziad Touma. Active en fiction et en documentaire, en cinéma, en séries et en XR, la maison se donne pour mandat de développer et de produire des œuvres alliant diversité culturelle, réflexion sociale, innovation artistique et potentiel commercial. À PIED s’inscrit dans cette ligne éditoriale, en proposant une œuvre accessible mais exigeante, qui invite autant à la réflexion qu’à l’expérience directe – celle de sortir, d’ouvrir la porte et de se mettre en marche.

‘En choisissant la marche comme fil conducteur, Vali Fugulin propose un geste simple, à la portée de toutes et tous, mais porteur d’une profonde charge symbolique.’

Distribué au Canada par Maison 4:3, À PIED bénéficiera d’un lancement en salles à partir du 8 mai. Dans le paysage documentaire québécois, le film arrive à un moment où les questions de santé mentale, de crise écologique et de transformation urbaine occupent une place importante dans le débat public. En choisissant la marche comme fil conducteur, Vali Fugulin propose un geste simple, à la portée de toutes et tous, mais porteur d’une profonde charge symbolique.

À la sortie de la projection, il sera difficile de ne pas ressentir l’envie très concrète d’aller marcher, ne serait-ce que quelques rues plus loin, pour éprouver par soi-même ce que le film met en lumière : pas à pas, nous pouvons réinventer notre manière d’être au monde.

Images : Courtoisie de Maison 4:3

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