Quand la science dérange
et que le carnage continue
La glace se teinte toujours du sang de la chasse commerciale au phoque
Par Georges Dupras
15 avril 2026
Dissimulée derrière les horreurs de la guerre illégale contre l’Iran, les tueries indiscriminées et les accaparements de terres à Gaza, les conflits qui se poursuivent en Ukraine, sans oublier le mépris des libertés civiles aux États‑Unis, la glace qui borde encore la côte Est du Canada continue de se teinter du sang d’un abattage commercial de phoques jadis très contesté et aujourd’hui largement oublié.
Des millions de personnes à travers le monde ont exprimé leur indignation face à cette pratique, mais notre gouvernement ne fait pas seulement la sourde oreille à ces voix, il subventionne activement le massacre. Ce soutien est de nature « politique » et n’a rien à voir avec la conservation.
Pourquoi ce soutien gouvernemental ?
Il n’existe aucun marché pour cet abattage massivement subventionné de jeunes phoques, dont beaucoup n’ont que quelques mois. Les arguments selon lesquels les phoques mangeraient tout le poisson ont été réfutés à tous les niveaux. Les phoques mangent du poisson, certes, mais ce sont des prédateurs opportunistes, et si les pêcheries commerciales s’effondrent partout dans le monde, ce n’est pas à cause des mammifères marins. Le bilan actuel montre que les principales causes sont :
- la surpêche commerciale
- la pêche illégale
- les filets laissés à la dérive par des pêcheurs illégaux
- l’impact des microplastiques dans l’ensemble des milieux marins
- la variation de la température des océans, qui affecte la survie des œufs (en cours d’étude)
- les cycles naturels de l’environnement
Les fluctuations climatiques.
En raison du réchauffement climatique, la glace au large des Grands Bancs et dans le golfe est beaucoup plus mince, ce qui oblige les soi‑disant chasseurs à modifier leurs méthodes. Plutôt que de marcher sur la glace pour tuer les jeunes phoques¹ à coups de hakapik, ils les abattent désormais à distance ou depuis leurs bateaux. Tirer sur une petite cible blanc‑gris sur un fond de glace blanche, à partir d’un bateau soumis au tangage et au roulis, ne peut en aucun cas être considéré comme une méthode humaine. Cette tradition annuelle, soustraite au regard du public, n’a rien à voir avec la conservation – il s’agit d’un pur « entrenchment », un entêtement solidement enraciné.
Plutôt que de marcher sur la glace pour tuer les jeunes phoques à coups de hakapik, les soi‑disant chasseurs les abattent désormais à distance ou depuis leurs bateaux.
Règlements
Les règlements, tels que je m’en souviens, stipulent que le « chasseur » doit frapper l’animal trois fois sur le crâne, retourner le phoque, vérifier le réflexe oculaire, puis procéder à l’exsanguination. Ce n’est qu’à ce moment‑là que l’écharnage (le dépeçage) peut commencer. Les témoignages oculaires et les rapports d’autopsie montrent que ces étapes n’ont pas toujours été respectées.
Marchés
Au fil des années, le gouvernement fédéral a tenté, sans succès, de développer des marchés pour les produits du phoque, notamment la fourrure, l’huile (désormais étiquetée « huile marine ») et la viande. Cette viande a été boudée par les restaurants haut de gamme, exclusifs, qui s’adressent à une clientèle aux goûts raffinés. Les éleveurs de visons n’ont aucun intérêt pour la viande de phoque, car même les visons n’en veulent pas. Les tentatives d’en faire un engrais se sont également soldées par un échec. Je soupçonne que, comme par le passé, la plupart des carcasses de phoques sont soit brûlées, soit rejetées à la mer.
À suivre
Malgré les revers, des progrès ont été accomplis. Par moments, cela ne paraît pas évident, compte tenu des mentalités politiques actuelles aux États‑Unis, qui ont des répercussions à l’échelle mondiale.
Nous sommes responsables de nos propres actes et redevables, ne serait‑ce qu’envers nous‑mêmes. Si nous renonçons à agir selon ce que nous estimons juste, tout en pointant du doigt les autres injustices de ce monde, alors nous manquons à notre devoir envers nous‑mêmes et envers les générations futures.
C’est pourquoi je vous invite à écrire à votre député fédéral ou à la ministre des Pêches² à Ottawa pour exprimer votre opposition à ce massacre qui se poursuit.
1. Les trois principaux stades de développement du phoque du Groenland comprennent : « white coats » (bébés), « ragged jackets » (juvéniles), « beaters » et « bedlamers » (adultes).
2. L’honorable Joanne Thompson à l’adresse dfo.minister-ministre.mpo@dfo-mpo-gc.ca
Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et ne reflètent pas celles de WestmountMag.ca ni celles de ses éditeurs.
Image d’entête : phoque du Groenland par Lysogeny, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
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