Une Gaspésie de pierre,
de grâce et de résistance
Avec L’Aventurine, Carlos Ferrand capte la beauté fragile d’un territoire à préserver
Par Andrew Burlone
1 mai 2026
Le cinéaste Carlos Ferrand signe L’AVENTURINE, un documentaire sensible et contemplatif sur la Gaspésie, ses paysages, ses habitants et les fragilités qui traversent ce territoire. Entre poésie du réel, regard écologique et attention aux voix du vivant, le film, qui prendra l’affiche au Québec le 22 mai, propose une traversée où la beauté devient un acte de vigilance.
Dans un paysage documentaire souvent dominé par l’urgence et la saturation d’images, Ferrand laisse le temps aux paysages de se déposer, aux rencontres de s’installer, à la parole de circuler.
Il y a des films qui décrivent un lieu, et d’autres qui le laissent respirer. L’AVENTURINE appartient à cette seconde famille. Carlos Ferrand ne cherche pas à expliquer la Gaspésie de manière démonstrative; il l’aborde comme une matière vivante, façonnée par le temps, l’histoire, les vents et les présences humaines. Le film avance avec souplesse, sous la forme d’un road-movie documentaire qui épouse les contours du territoire plutôt que de les imposer.
Un territoire regardé autrement
Juché sur le Rocher Percé, ce « navire de pierre échoué », le cinéaste ouvre une perspective à la fois concrète et imaginaire sur cette portion du Québec. À partir de ce promontoire mythique, il déploie un regard qui relie le paysage aux personnes qui l’habitent. Le film croise biologistes, enfants, activistes et artistes, tous unis à leur manière par une même préoccupation : défendre, comprendre et transmettre un territoire fragile.

Ce qui distingue L’AVENTURINE, c’est sa manière d’aborder les enjeux environnementaux sans jamais forcer le trait. Le film parle pourtant de précarité écologique, de pressions sur les milieux naturels et de menaces bien réelles pour la vie du territoire. Mais au lieu d’adopter le ton du constat alarmiste, Ferrand privilégie une approche plus retenue, plus attentive, presque fragile dans sa douceur.
La douceur comme geste politique
Le communiqué évoque un « activisme environnementaliste tout en douceur, empli de grâce et de simplicité ». La formule résume bien l’esprit du film. Ici, l’engagement ne passe pas par la dénonciation frontale, mais par la mise en présence. Le spectateur est invité à regarder autrement, à écouter les visages, les paroles, les gestes, les silences. La politique du film tient à sa capacité à faire sentir qu’un lieu mérite d’être protégé parce qu’il est habité, aimé et raconté. Dans un paysage documentaire souvent dominé par l’urgence et la saturation d’images, Ferrand choisit une autre voie. Il laisse le temps aux paysages de se déposer, aux rencontres de s’installer, à la parole de circuler. Cette retenue confère au film une force singulière : celle de convaincre sans insister.

L’une des plus belles images associées au film le situe « entre géologie et magie ». Tout l’esprit de L’AVENTURINE semble tenir dans cet équilibre délicat entre l’observation d’un territoire tangible et la part d’enchantement qu’il continue de porter. Les roches, la mer, les traces du passé, les gestes de résistance et les récits locaux composent un espace concret, mais toujours traversé par une dimension presque mystérieuse.
Entre géologie et magie
Le titre lui-même évoque une pierre, une couleur, une vibration minérale. Il suggère quelque chose de terrestre et de précieux, comme si la Gaspésie filmée par Ferrand contenait encore des éclats à découvrir. Le film ne se contente donc pas de montrer un paysage; il cherche à révéler ce qu’il contient de sensible, de symbolique et de vivant.
Cette approche donne au documentaire une portée plus large que celle d’un simple portrait régional. L’AVENTURINE parle d’un territoire précis, mais interroge aussi notre manière collective d’habiter les lieux, de les nommer, de les préserver et de les transmettre. En cela, le film rejoint des préoccupations très actuelles, tout en conservant une langue visuelle poétique et accessible.

Né à Lima, au Pérou, et montréalais d’adoption, Carlos Ferrand a construit un parcours marqué par le déplacement, le vagabondage et une longue fréquentation du cinéma. En plus de cinquante ans de métier comme scénariste et réalisateur, il a également collaboré à plus d’une cinquantaine d’œuvres en tant que directeur de la photographie, tant en documentaire qu’en fiction. Cette trajectoire nourrit évidemment son regard.
Un cinéaste du mouvement
Chez Ferrand, le cinéma semble naître moins d’une volonté d’encadrer le réel que d’un désir de l’accompagner. Sa caméra observe sans écraser, accueille sans simplifier. Cette manière de filmer convient particulièrement à la Gaspésie, souvent réduite à quelques emblèmes, mais ici rendue dans sa diversité humaine et symbolique.
Avant même sa sortie en salle, L’AVENTURINE a déjà retenu l’attention. Le film a remporté le Grand Prix du jury au festival Vues sur mer à Gaspé et a été présenté aux Rendez-vous Québec Cinéma lors d’une soirée tapis bleu le 29 avril 2026. Ces distinctions confirment l’intérêt suscité par cette œuvre discrète mais remarquable.
Produit et distribué au Québec par franC doc, le documentaire prendra l’affiche le 22 mai 2026. Des échanges avec le public sont prévus à Montréal, le 22 mai à la Cinémathèque québécoise et le 23 mai au Cinéma Beaubien, ainsi qu’à Québec le 24 mai au Cinéma Le Clap. Ces rencontres prolongeront naturellement l’esprit du film, fondé sur l’écoute, la circulation des points de vue et l’attention portée au territoire.
À l’heure où tant d’images passent sans laisser de trace, L’AVENTURINE propose une forme de lenteur habitée. Carlos Ferrand y compose un documentaire où la contemplation devient un outil de connaissance, et où la beauté ne sert pas à détourner du réel, mais à mieux l’approcher. Le film regarde la Gaspésie avec amour, mais sans complaisance; avec poésie, mais sans abstraction.
C’est dans cet équilibre que réside sa force. L’AVENTURINE rappelle qu’un territoire n’existe pleinement que par les récits qu’on en fait, les liens qu’on tisse autour de lui et l’attention qu’on lui porte. Un film délicat, juste et nécessaire, qui fait de la fragilité du monde une matière de cinéma.
À propos de franC doc
Ancré dans le Bas-du-Fleuve, au cœur de la forêt québécoise, FranC doc se distingue par son désir de donner à voir et à réfléchir sur les réalités et ses enjeux, au Québec comme ailleurs. Crise environnementale, alimentation, identité, inégalités et injustices sont autant de thèmes qui motivent ses productions. Par des regards inédits sur notre société, FranC doc participe au débat public.
Images : courtoisie de franC doc
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Andrew Burlone, coéditeur de WestmountMag.ca, a commencé sa carrière dans les médias au magazine NOUS. Par la suite, il a lancé Visionnaires, où il a occupé le poste de directeur de création pendant plus de 30 ans. Andrew est passionné de culture et de politique, avec un vif intérêt pour les arts visuels et l’architecture.


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