La Salle Bourgie dévoile sa
nouvelle saison 2026-2027
Entrevue avec Olivier Godin sur une programmation riche en grands noms et découvertes
Par Andrew Burlone
5 mai 2026
La Salle Bourgie entame sa 16e saison avec une programmation 2026-2027 qui assume pleinement son rôle de lieu intime doté d’un rayonnement désormais bien établi à l’échelle locale, nationale et internationale.
Au cœur de cette nouvelle saison : trois grands festivals consacrés à Beethoven, Philip Glass et Pierre Mercure, la poursuite de l’intégrale des Lieder de Schubert, ainsi qu’une série d’« arts croisés » où la musique dialogue avec la danse, la poésie, le théâtre et le cinéma. Loin de se limiter au seul répertoire classique, la Salle Bourgie continue également d’ouvrir ses portes aux musiques d’ici et d’ailleurs, au jazz et à des projets plus audacieux, tout en conservant son exigence artistique.
Au programme cette année : trois grands festivals, la poursuite du cycle des Lieder de Schubert et une série mêlant musique, danse, poésie, théâtre et cinéma.
Dans ce contexte, WestmountMag.ca s’est entretenu avec Olivier Godin, directeur artistique de la Salle Bourgie, pour évoquer les grands axes de la saison 2026-2027, sa continuité avec les dernières années et les défis liés au renouvellement des publics. De la place accordée aux artistes d’ici à l’accueil de grands noms internationaux dans l’intimité de la salle, en passant par la question des formats, des horaires et des collaborations interdisciplinaires, il revient sur les orientations qui structurent cette programmation et sur l’expérience qu’il souhaite offrir au public.
WestmountMag : La saison 2026-2027 marque la 16e saison de la Salle Bourgie. Quels en sont les grands axes artistiques et comment s’inscrit-elle dans la continuité des saisons précédentes ?
Olivier Godin : Cette saison s’inscrit tout à fait dans la continuité de ce que Caroline Louis et moi avons entrepris à notre arrivée : faire connaître la Salle Bourgie au-delà de son noyau de fidèles, à Montréal, au Canada et à l’international. L’un de nos objectifs est vraiment de faire rayonner la salle le plus largement possible. Je reviens d’un congrès en Estonie et je vois que de plus en plus de musiciens et de diffuseurs européens connaissent la Salle Bourgie. C’est un signe que le travail accompli au cours des dernières années porte ses fruits.
Sur le plan artistique, la saison 2026-2027 prolonge plusieurs grands chantiers, en particulier l’intégrale des Lieder de Schubert, qui se poursuit pour une troisième année. Ce projet s’inscrit dans la lignée de grandes entreprises qui ont marqué l’histoire de la salle, comme l’intégrale des cantates de Bach, et contribue à faire de la Salle Bourgie un lieu de référence pour le récital et la musique de chambre.
WM : Quels sont les grands axes qui structurent concrètement cette saison ?
Olivier Godin : Trois grands festivals jouent un rôle central cette année. Le premier est un festival consacré à Ludwig van Beethoven, présenté en mars 2027 à l’occasion du 200e anniversaire de sa mort. C’est un projet que nous avions imaginé pour 2020, mais que la pandémie a repoussé. Ce sera à la fois un hommage à sa mémoire et une célébration de sa vie, à travers un large panorama de sa musique : œuvres pour piano, musique de chambre, Lieder, trios, quatuors, et même la Neuvième symphonie dans une version pour deux pianos, à partir de la transcription de Liszt. Nous ne pouvons pas accueillir l’original orchestré sur cette scène, mais nous tenons à ce clin d’œil.
Le deuxième est consacré à Philip Glass. À 90 ans, Glass demeure une figure majeure de la musique contemporaine, et il nous semble important de saluer un grand créateur de son vivant. Le festival parcourra son œuvre et celles d’artistes qui ont travaillé avec lui, comme le Kronos Quartet ou le contre-ténor Anthony Roth Costanzo, ainsi que celles d’interprètes québécois. Cinq pianistes se partageront notamment les vingt Études pour piano, et Les Violons du Roy prendront part à ce volet.

Piotr Anderszewski • photo: © Simon Fowler
Le troisième est le festival Pierre Mercure, pionnier de la musique électroacoustique, qui aurait eu 100 ans en 2027. Il est tragiquement mort jeune, à 38 ans, et nous souhaitons rappeler la force de son œuvre. Ce festival est conçu en collaboration avec la Société de musique contemporaine du Québec, le Nouvel Ensemble Moderne et le Centre de musique canadienne, et offre un accès à des archives réalisées avec Radio-Canada et l’ONF.
À côté de ces trois pôles, nos grandes séries – piano, musique de chambre, musique ancienne et baroque, Lieder, jazz, musiques d’ici et d’ailleurs – demeurent bien présentes. Nous avons renforcé la part du baroque, et le jazz garde une place importante, notamment grâce aux 5 à 7 jazz, très appréciés du public.
Être au service du public
WM : Avec le recul, quel fil conducteur voyez-vous se dégager de votre travail de direction artistique, et quelles évolutions majeures observez-vous ?
Olivier Godin : Le fil conducteur, pour moi, c’est d’être au service d’une communauté. Être directeur artistique, c’est se mettre au service du public : écouter ce qu’il aime, ce qu’il souhaite découvrir, mais aussi lui proposer des projets qu’il n’aurait pas imaginés.
Nous venons de vivre la meilleure saison de l’histoire de la salle, ce qui tient à la qualité de la programmation, mais aussi au travail de communication et au fait que nous sommes très à l’écoute. Nous sommes souvent en salle, nous parlons avec les spectateurs, nous lisons les commentaires après les concerts. Cela nourrit nos choix sans nous enfermer dans la seule logique du « sondage permanent ».
‘Sur le plan artistique, la saison 2026-2027 prolonge plusieurs grands chantiers, en particulier l’intégrale des Lieder de Schubert, qui se poursuit pour une troisième année.’
Je tiens aussi à ce que la Salle Bourgie joue un rôle important auprès des artistes d’ici, et environ la moitié de la programmation est consacrée à des artistes québécois et canadiens. Nous avons la chance d’avoir un vivier incroyable, et il est essentiel de leur offrir une vitrine à la hauteur de leur talent.
Proximité et acoustique : une signature
WM : La Salle Bourgie est reconnue pour son acoustique et son intimité, et comme une étape prisée pour les artistes en tournée. En quoi cela influence-t-il vos choix ?
Olivier Godin : C’est déterminant. La combinaison de cette acoustique et de cette proximité modifie l’expérience des artistes et du public. Des interprètes habitués à jouer dans de grandes salles découvrent ici un rapport presque « de chambre » avec le public, et ils veulent souvent revenir.

Lisa Batiashvil • photo: Sammy Hart
Cela crée un cercle vertueux : les artistes parlent de nous, les agents nous contactent, et nous recevons de nombreuses propositions. Nous pouvons alors composer des saisons où cohabitent de grands noms – qu’on entend d’habitude dans de vastes salles – et des découvertes, dans un cadre intime.
Pour la voix, l’acoustique de la Salle Bourgie est particulièrement appréciée. Dans le cadre de l’intégrale de Schubert, plusieurs chanteurs ont évoqué une véritable « révélation acoustique ». C’est un privilège pour une salle de cette taille, et un argument fort pour inviter de grands artistes à venir chanter ici.
Structurer sans surcharger
WM : Les différentes séries – piano, lied, musique de chambre, baroque, jazz – structurent fortement la saison. Comment trouvez-vous un équilibre cohérent ?
Olivier Godin : L’important est de ne pas « surcharger » la saison. Nous avons constaté qu’entre 80 et 95 concerts par saison, nous restons dans une zone équilibrée. Cette année, nous sommes à 94, ce qui nous semble idéal : assez dense pour être riche, sans l’être au point de perdre le public.
‘Les trois festivals dont nous avons parlé contribuent à tisser des liens entre les séries : ils font dialoguer différentes périodes et différents styles, tout en offrant au public des repères clairs.’
Certaines séries sont en croissance, comme le jazz, mais nous avançons progressivement. La croissance n’est pas seulement une question de quantité, c’est aussi une question de notoriété : inviter davantage d’artistes internationaux dans certaines séries, renforcer la présence d’artistes d’ici, approfondir des thématiques.
Les trois festivals contribuent à tisser des liens entre les séries : ils font dialoguer différentes périodes et différents styles, tout en offrant au public des repères clairs.
Répertoire et audace : trouver le juste milieu
WM : Comment trouvez-vous l’équilibre entre le répertoire et des propositions plus audacieuses ou expérimentales ?
Olivier Godin : La Salle Bourgie s’est ouverte, ces dernières années, à des projets qui sortent un peu de ce qui était son cœur de mission initial, et je m’en réjouis. Je crois que le public d’aujourd’hui cherche à la fois un répertoire qu’il connaît et des expériences nouvelles.

Sheku Kanneh Mason • photo: Mahaneela
Quand on programme des projets plus audacieux, le défi est de bien les présenter. Il ne s’agit pas de dire : « ceci est pour les initiés » et « ceci est pour les autres », mais de montrer clairement ce qu’on propose, à qui cela s’adresse, pourquoi c’est intéressant. Certains concerts ne seront pas forcément complets, mais ils restent importants pour l’identité artistique de la salle. On les assume, et on les équilibre avec des soirées dont on sait qu’elles attireront beaucoup de monde.
Les partenariats nous aident beaucoup : par exemple, le projet de danse autour des Lieder de Schubert, monté avec le Centre national des Arts, Danse Danse et le Domaine Forget, permet de croiser des publics issus de la musique et de la danse. C’est typiquement une manière d’allier exigence et accessibilité.
C’est dans cet esprit que nous avons développé la série « Arts croisés », où la musique dialogue avec le théâtre, la poésie, la danse, le cinéma… C’est un axe fort de la salle, qui correspond bien à sa place au cœur du Musée des beaux-arts de Montréal.
Rajeunir sans oublier les têtes blanches
WM : Vous avez exprimé clairement votre volonté de rajeunir le public. Quels résultats voyez-vous, et comment poursuivez-vous cette démarche ?
Olivier Godin : Nous voulons effectivement rajeunir le public, mais sans oublier les « têtes blanches », qui restent au cœur de la vie de la salle. Beaucoup de personnes découvrent la musique classique plus tard dans leur vie, à la retraite, et s’y investissent profondément. Nous tenons à les choyer.
Pour les jeunes adultes, plusieurs mesures ont porté leurs fruits : les billets à 50% pour les moins de 35 ans lorsqu’ils achètent à l’avance, les billets à 10 dollars à la porte une heure avant le concert, la proximité avec McGill et Concordia… Tout cela a contribué à augmenter sensiblement la proportion de jeunes à la salle.
‘La Salle Bourgie n’est pas un lieu élitiste : c’est un lieu où l’on partage des moments de musique dans un esprit d’ouverture et de sérénité.’
Les collaborations avec d’autres formes d’art – danse, littérature, cinéma – amènent aussi des publics qui ne viennent pas spontanément à la musique classique. L’enjeu, maintenant, est de mieux rejoindre des jeunes issus d’autres communautés et de milieux différents, pour qui la Salle Bourgie n’est pas encore un réflexe. C’est un chantier que nous poursuivons.
Formats et ambiances en salle
WM : Au-delà du prix des billets, quels formats ou ambiances vous semblent les plus pertinents pour des publics moins habitués ?
Olivier Godin : Les concerts du dimanche après-midi, les 5 à 7 jazz et les matinées sont des formats qui fonctionnent particulièrement bien. Ils s’intègrent plus facilement dans le quotidien, ne finissent pas trop tard, et proposent une expérience globale : un moment de musique, mais aussi une manière de vivre la salle et le musée autrement.
Plus largement, je crois que les gens ne cherchent plus seulement un « programme », mais une expérience. À la Salle Bourgie, nous essayons de proposer cela : un temps suspendu, dans un lieu intime, où l’on écoute, mais où l’on vit aussi quelque chose ensemble.
WM : Qu’aimeriez-vous que le public retienne avant tout de cette nouvelle saison ?
Olivier Godin : J’aimerais que l’on sente que cette saison s’adresse vraiment à toutes et à tous : aux grands mélomanes qui viennent très souvent, comme à celles et ceux qui franchissent la porte pour la première fois.
Qu’il y ait toujours, dans cette programmation, quelque chose pour chacun, et que tout le monde se sente le bienvenu. La Salle Bourgie n’est pas un lieu élitiste : c’est un lieu où l’on partage des moments de musique dans un esprit d’ouverture et de sérénité.
Pour trouver la programmation entière de la Saison 2026–2027, consulter la brochure.
Images : courtoisie de la Salle Bourgie



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