Environementalisme véritable ou politique ?
Carney et Smith doivent soumettre une étude d’impact environnemental pour l’oléoduc de la côte Ouest
Par Georges Dupras
9 juillet 2026
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont récemment annoncé le dépôt officiel d’un projet de nouvel oléoduc acheminant le pétrole de l’Alberta vers la côte Ouest, en suivant en grande partie le tracé existant de Trans Mountain dans le sud de la Colombie‑Britannique. Ce projet, présenté par les gouvernements comme un moyen de créer des emplois, de stimuler la croissance économique et de stabiliser le rôle de l’Alberta au sein de la fédération, est également perçu par certains observateurs comme une tentative d’apaiser le séparatisme albertain.
L’oléoduc de la côte Ouest, un investissement de plusieurs milliards de dollars, est promu comme générant des dizaines de milliers d’emplois pendant la construction et l’exploitation, les informations fédérales évoquant jusqu’à 140 000 emplois lorsqu’on inclut des projets associés comme l’initiative de captage et de stockage du carbone Pathways. Les promoteurs soutiennent que ces mégaprojets, combinés à des infrastructures existantes comme l’oléoduc Trans Mountain, sont nécessaires pour acheminer vers les marchés mondiaux l’augmentation de la production de bitume de l’Alberta et pour créer les emplois tant attendus.
Les partisans du projet invoquent également la demande mondiale pour justifier cette expansion, en ciblant particulièrement les économies asiatiques en forte croissance telles que la Chine et l’Inde. Pourtant, les analyses récentes présentent un tableau plus nuancé : la demande mondiale de pétrole se situe toujours autour de 100 millions de barils par jour et pourrait rester élevée pendant un certain temps, mais les principaux organismes de prévision s’attendent désormais à un pic vers 2030 dans le scénario des politiques actuelles, suivi d’un déclin, surtout si les pays respectent leurs engagements climatiques.
Les impacts
Les bénéfices à court terme de ce mégaprojet peuvent sembler positifs sur le plan économique, mais les coûts à long terme sont prohibitifs. Le premier ministre a déjà reconnu à quel point il sera difficile pour le Canada de respecter ses engagements climatiques, et la poursuite de nouvelles infrastructures pétrolières à grande échelle ne fait qu’approfondir cette contradiction.
L’éléphant dans la pièce
Dans tous les communiqués et les discussions portant sur les oléoducs qui traversent le Canada, on parle beaucoup d’économie, de création d’emplois et de souveraineté. Les promoteurs de ces oléoducs vantent leurs avantages, mais évitent habilement l’éléphant dans la pièce.
Nous n’en sommes qu’au début des conséquences de notre obsession de la croissance. Notre recherche incessante de la monétisation des ressources animales, végétales et minérales se traduira par des coûts bien plus élevés. Que ce soit sous la forme de changements climatiques, de réchauffement planétaire, de pandémies ou d’autres crises, le pire reste à venir. Nous commençons à peine à mesurer l’impact des micro‑ et nanoplastiques. Les porte‑parole de l’industrie et les politiciens excellent dans les projections de profits et de pertes, mais tiennent rarement compte des coûts environnementaux.
Les bénéfices à court terme de ce mégaprojet peuvent sembler positifs sur le plan économique, mais les coûts à long terme sont prohibitifs.
La pratique gouvernementale consistant à se défausser de ses responsabilités sous le couvert des « normes de l’industrie » constitue une grave violation de la confiance du public. Cela ne concerne pas seulement le secteur de l’énergie, mais aussi l’agriculture et les industries animales. Nos efforts pour développer l’énergie solaire et éolienne sont loin d’être aussi avancés qu’ils pourraient l’être si les gouvernements et les bénéficiaires de l’industrie investissaient ne serait‑ce qu’une fraction de ce qu’ils consacrent aux combustibles fossiles.
Liberté et responsabilité
Les bénéficiaires de l’industrie pétrolière et pétrochimique sont moralement tenus d’informer le public des coûts environnementaux associés à leurs projets. Là où il y a un emploi, il y a un coût environnemental. Là où il y a un gain économique, il y a une souffrance écologique.
La stratégie évasive de Trump
Ce manque de reddition de comptes ne se limite pas aux secteurs pétrolier et pétrochimique ; il se manifeste également dans les industries animales.
Donald Trump est passé maître dans l’art du « walk‑away », c’est‑à‑dire de se retirer sans assumer les conséquences. Lorsque des décisions de justice ou des données scientifiques menacent ses politiques préférées, il a à maintes reprises choisi d’affaiblir l’application des lois ou d’abandonner purement et simplement des protections existantes plutôt que d’affronter les enjeux de fond.
Le premier ministre Carney et la première ministre Smith sont moralement tenus de s’assurer que le nouvel oléoduc de la côte Ouest fasse l’objet d’une étude d’impact environnemental complète et indépendante, avec un véritable examen public et par les pairs, la participation des peuples autochtones et une consultation ouverte sur les risques pour la biodiversité et le climat.
Même si des procédures simplifiées et des désignations d’« intérêt national » réduisent les obstacles juridiques, elles ne suppriment pas la responsabilité morale de rendre honnêtement compte des coûts environnementaux que les générations futures devront assumer.
Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et ne reflètent pas celles de WestmountMag.ca ni celles de ses éditeurs.
Image d’entête: Vilius Kukanauskas – Pixabay
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