La clarté, sans jargon,
pour bâtir la crédibilité
Modifier quelques mots peut améliorer la compréhension à travers votre organisation
Par Angela Civitella
12 avril 2026
Le monde des affaires est encore inondé de jargon inutile et de « langage corporatif », un vocabulaire qui embrouille souvent les collègues et les clients au lieu de les aider à comprendre ce que vous voulez vraiment dire. Dans les réunions, les courriels et les présentations, des mots‑clics vagues remplacent facilement des idées claires et concrètes, laissant les gens incertains quant à la marche à suivre.
Les collègues hochent parfois la tête sans vraiment saisir le message, tandis que les clients se détachent discrètement ou perdent confiance. Dans un milieu de travail hybride et en constante évolution, ce type de communication floue fait perdre du temps, mine la confiance et rend la collaboration plus difficile qu’elle ne devrait l’être. Choisir un langage simple et direct n’est plus seulement une question de style; c’est une compétence de leadership pratique qui témoigne de votre respect pour le temps, l’attention et la diversité des personnes à qui vous vous adressez.
Pensez à des expressions comme « faire bouillir l’océan » (tenter l’impossible), « revenir vers toi » (assurer un suivi) ou « penser en dehors de la boîte » (brainstorming créatif). Elles peuvent sembler familières, mais elles ajoutent souvent du bruit plutôt que de la clarté. Et lorsque vos mots déconcertent ou irritent votre équipe, vous risquez de l’aliéner ou de perdre sa bonne volonté — surtout lorsque vous communiquez un message important.
Le monde des affaires déborde de jargon superflu, des mots qui embrouillent davantage collègues et clients qu’ils ne les aident.
Pourtant, le jargon n’est pas toujours l’ennemi. Un langage technique peut être très utile lorsqu’il est utilisé avec les bonnes personnes, dans le bon contexte et de manière inclusive. Dans les milieux de travail canadiens, bilingues, multiculturels et de plus en plus hybrides, cet équilibre est plus important que jamais.
Dans cet article, nous examinons comment le jargon peut réduire la clarté et l’accessibilité de vos messages, comment il peut nuire à votre autorité de leader, et comment éliminer les mauvaises formes de jargon tout en utilisant efficacement les bonnes — en anglais comme en français, et au sein d’équipes diversifiées.
Qu’est‑ce que le jargon ?
Le jargon d’affaires de cette catégorie est celui qui est, à juste titre, critiqué. Par exemple :
« Il faut se doter d’une stratégie 360. » Pourquoi ne pas simplement dire : « Il faut prévoir une stratégie complète, sur tous les aspects. »
« On va mettre ça en mode pilote. » Mieux vaut dire : « On va tester ça à petite échelle. »
La deuxième définition — la terminologie technique propre à un domaine — est l’endroit où vit le bon jargon. Des termes techniques peuvent expliquer rapidement et efficacement un concept précis à un public spécialisé. Les chefs de projet, par exemple, comprennent immédiatement agile, sprint et scrum, alors que des collègues d’autres domaines peuvent trouver ces termes opaques. L’usage d’un langage spécialisé peut être approprié, voire préférable, tant que vous l’adaptez au niveau de connaissance de votre public et que vous évitez d’exclure qui que ce soit.
‘L’utilisation d’un langage spécialisé peut être appropriée à condition de l’adapter au niveau de connaissance de votre public et de ne pas exclure qui que ce soit.’
Cependant, les termes techniques peuvent décrire rapidement et précisément une activité ou une notion à un auditoire spécialisé. L’essentiel est de savoir à qui vous vous adressez. Un groupe de gestionnaires de projets accueillera des mots comme « agile », « sprint » et « scrum » avec un hochement de tête collectif. Un public qui ne connaît rien à la gestion de projet, en revanche, risque de rester perplexe.
L’utilisation d’un jargon ou d’un langage spécialisé est donc appropriée — voire souhaitable — tant que vous l’ajustez au niveau de connaissance de votre auditoire. En un seul mot ou en une courte expression, vous pouvez transmettre rapidement et efficacement un concept complexe ou un processus technique. Toutefois, il est essentiel d’employer les bons mots aux bonnes personnes et d’éviter de compliquer inutilement votre message.
5 façons dont le jargon nuit à une bonne communication
- Il exclut des personnes
Le jargon peut fonctionner comme un code qui sous-entend : « Je fais partie du club », tout en faisant sentir aux autres qu’ils sont à l’écart. Les personnes qui ne comprennent pas ces termes — parce qu’ils sont nouveaux, qu’ils viennent d’une autre culture ou qu’elles travaillent dans une langue seconde — peuvent se sentir ridicules ou exclues sans raison valable. Dans les milieux de travail canadiens bilingues, les expressions à la mode uniquement en anglais ou les sigles non traduits créent rapidement un « in-group » et un « out-group ».
. - Il rend la communication plus complexe
Vous risquez de paraître prétentieux ou distant lorsque vous compliquez inutilement votre langage. Vous pouvez dire « contacter » plutôt que « reach out », « analyser » plutôt que « drill down », ou « clarifier » plutôt que « double-cliquer là-dessus ». Les principes du langage clair insistent sur le fait que l’information doit être facile à trouver, à comprendre et à utiliser dès la première lecture ou l’écoute.
. - Il peut prêter à confusion
Vous pouvez perdre l’attention de votre auditoire très rapidement, surtout si vous travaillez avec des équipes à distance, multiculturelles ou bilingues. Des métaphores qui vous semblent évidentes peuvent ne pas se traduire du tout — ni littéralement ni culturellement. Une expression idiomatique anglaise qui fonctionne à Toronto peut tomber à plat à Montréal ou auprès de collègues à l’international.
. - Il peut être trompeur
Dire : « Nos recherches exploratoires nous orientent vers une variété d’options équilibrées pour la suite, et nous consolidons les ensembles de données afin de créer des indicateurs de haut niveau. » peut servir à éviter une phrase simple et honnête comme : « Nous n’avons pas encore la réponse. »
. - Il peut miner votre autorité
Si vous vous abritez derrière un mur de jargon, votre équipe peut avoir l’impression que vous n’êtes pas transparent ou que vous manquez d’assurance. Les leaders qui s’expriment clairement, dans les deux langues officielles lorsque c’est approprié, bâtissent généralement une crédibilité plus solide et des environnements de travail plus collaboratifs. Lorsque les gens vous comprennent et se sentent inclus par votre langage, ils sont plus enclins à vous faire confiance et à s’engager avec votre message.
Comment transmettre un message clair et inclusif
La capacité à communiquer de manière directe et accessible peut grandement renforcer votre crédibilité en tant que leader ou gestionnaire, particulièrement dans un milieu de travail canadien, bilingue et diversifié. Voici cinq conseils pratiques :
- Dites-le à voix haute
Relire votre texte à voix haute vous aide à repérer les passages où votre langage sonne rigide, trop technique ou trop littéral. Si une phrase vous semble maladroite ou « lourde » en français ou en anglais, simplifiez-la jusqu’à ce qu’elle ressemble à quelque chose que vous diriez naturellement à un collègue.
. - Utilisez des histoires, des exemples et des faits
Au lieu de dire : « Nous devons tirer parti des opportunités autour de livrables centrés sur les milléniaux », expliquez ce que vous avez constaté et ce que cela signifie. Par exemple : « Nos groupes de discussion avec de jeunes clients ont montré qu’ils veulent des prix plus clairs et des options plus flexibles. » Des exemples concrets vous éloignent du jargon vide.
. - Demandez-vous si le terme employé est clair dans une autre langue
Les adeptes du jargon inventent souvent des mots ou en combinent plusieurs, comme « résilience 2.0 » ou « recontextualisation ». Demandez-vous : « Est-ce que cela serait compréhensible pour un collègue qui travaille dans une langue seconde ou via une traduction? » Si la réponse est non, remplacez-le par un terme plus simple et courant, facile à traduire correctement.
. - Considérez votre public et le contexte
Prenez du recul et demandez-vous : « Pourquoi est-ce que je le dis de cette façon? » Utilisez-vous une expression parce qu’elle clarifie vraiment votre message, ou parce qu’elle est à la mode ou pratique? Au Canada, pensez aussi au canal et au format : courriel, Teams/Slack, intranet, proposition au client ou document public — et vérifiez s’il doit exister dans les deux langues officielles pour des raisons de conformité ou d’expérience client.
. - Utilisez le jargon lorsque nécessaire
Connaître le « langage » de votre travail est important, car cela vous permet de l’utiliser avec confiance et de comprendre les autres lorsqu’ils s’en servent. L’essentiel est de présenter brièvement les termes techniques, de les expliquer au besoin et de vous assurer qu’ils servent vraiment la compréhension plutôt que de la compliquer.
Une approche simple complexité du langage
L’écrivain George Orwell était un ardent défenseur d’un langage clair et concis. D’ailleurs, le « management speak », ou jargon d’entreprise, renvoie au terme « novlangue », qu’il utilisait pour décrire la langue de propagande des partisans de Big Brother dans son célèbre roman 1984.
‘Le jargon peut servir de code pour impressionner les autres ou pour montrer délibérément que l’on fait partie des initiés.’
Dans certaines organisations, cependant, s’exprimer de façon claire, concise et directe est perçu comme une forme de simplification abusive, alors que l’usage de mots longs et compliqués est jugé plus brillant.
Il faut certes éviter de paraître condescendant envers son public, mais être direct et transparent dans ce que l’on dit ou écrit n’est pas paternaliste. On peut rester clair et concis tout en utilisant un langage technique et crédible, à condition de simplifier et d’expliquer les éléments complexes de son message chaque fois que nécessaire.
Image d’entête : Hamza Samad – Pexels
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