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Bélugas de Marineland :
aux autorités d’assumer

Les pouvoirs publics qui ont exploité ces êtres intelligents doivent être tenus financièrement responsables

Par Georges Dupras

8 janvier 2026

Pour plus de 30 ans, beaucoup d’entre nous ont combattu la présence de baleines dans les aquariums. À Montréal, un groupe de militant·e·s déterminé·e·s a réussi à empêcher le Biodôme d’inclure des baleines dans sa collection.

Nous nous sommes opposés à la capture de ces mammifères sociaux pour des raisons éthiques débattues, ad nauseam, tant localement qu’à l’international. Nos préoccupations allaient au‑delà des aquariums pour viser plus largement les zoos. Il n’existe aucune raison valable d’exposer des animaux. Les arguments éducatifs pâlissent à côté des solutions d’apprentissage qui existent aujourd’hui et existent depuis de nombreuses années. L’idée que les aquariums seraient nécessaires pour protéger des mammifères menacés, malades ou blessés est simpliste. Dans ce cas-ci, nous parlons uniquement des conséquences de l’ingérence humaine dans les habitats marins comme terrestres. Nous le faisons pour des raisons économiques et rien d’autre.

Il existe des situations où nous devrions déployer des efforts extraordinaires pour aider des mammifères blessés et d’autres animaux. Notre approche, dans de tels cas, ne devrait pas être différente de la manière dont nous aidons les humains blessés. Il a été proposé que des refuges adaptés aux baleines soient construits dans chacune de nos régions côtières pour répondre à ce type de situation. Ceux-ci se trouveraient dans des baies d’eau salée, fermées de manière à empêcher l’accès aux prédateurs tout en permettant l’entrée de poissons vivants et la circulation constante de l’eau de mer. Le personnel serait limité aux personnes chargées de nourrir les patient·e·s et aux professionnel·le·s qui surveillent leur bien‑être. Il s’agirait exclusivement de centres marins de sauvetage et de réhabilitation, et non de sites touristiques.

À Montréal, un groupe de militants déterminés a réussi à empêcher le Biodôme d’inclure des baleines dans sa collection.

Pour être clair, ces refuges seraient destinés à des mammifères comme la baleine noire, une espèce menacée, percutée par les navires avec lesquels elle partage les chenaux en eau profonde, ou encore les bélugas sauvages de la baie d’Hudson ou du fleuve Saint‑Laurent. Ces derniers, autrefois décrits comme de véritables entités chimiques vivantes, sont encore exposés à nos déchets.

Marineland

Pour ce qui est des bélugas, au Marineland aujourd’hui fermé, on me demande ce qu’il faudrait faire. Je n’ai pas de réponse satisfaisante à cette question, mais si cela n’avait tenu qu’à moi, ils n’auraient jamais été amenés là. Cela vaut aussi pour l’Aquarium de Vancouver et ses mammifères marins. Je n’ai pas de réponses, seulement des questions.

Parmi ces questions, je me demande pourquoi un plan d’urgence de relogement des animaux n’était pas exigé des aquariums ou des zoos en cas de fermeture. Ce plan devrait inclure une assurance couvrant tous les coûts. Cela aurait dû faire partie d’un système de réglementation supervisé par des instances dédiées et, en dernier ressort, par le ministère de la Justice. Les animaux sont toujours considérés comme des biens dans ce cadre juridique.

Marineland, aujourd’hui fermé, couvre quelque 800 acres au total, dont environ 100 acres de parc. Il se situe à cinq ou dix minutes des chutes du Niagara. Ce domaine est situé dans un secteur immobilier de tout premier ordre. Si l’on tient compte de la succession de la famille, ainsi que des revenus fiscaux que la ville de Niagara Falls et la province de l’Ontario ont encaissés au fil des années, des fonds devraient être mis à la disposition des fiduciaires pour financer toute décision éthique qui sera prise.

Transfert

L’option consistant à transférer les 28 ou 30 bélugas restants vers un sanctuaire marin est semée d’embûches.

Premièrement, celui proposé en Nouvelle‑Écosse n’a même pas encore été construit. Même si un permis a été délivré par le gouvernement néo‑écossais, la question du financement demeure entière (il n’y a pas d’argent).

Deuxièmement, il existe une réelle inquiétude quant au stress que ces bélugas subiraient pendant le transfert. Il vaut la peine de rappeler que trois autres bélugas ont été envoyés à l’aquarium Mystic, aux États‑Unis – ils sont depuis décédés.

‘L’option consistant à transférer les 28 ou 30 bélugas restants vers un sanctuaire marin est semée d’embûches.’

Troisièmement, les bélugas capturés sont habitués à être nourris régulièrement de poisson mort. Cette pratique devrait se poursuivre jusqu’à ce qu’ils apprennent à capturer des poissons sauvages dans le bassin océanique proposé.

Quatrièmement, se pose la question de l’écholocation. Personne ne sait vraiment comment leurs capacités d’écholocation ont été affectées après des années de confinement dans des bassins artificiels peu profonds.

Cinquièmement, l’eau de l’Atlantique Nord est beaucoup plus froide que celle à laquelle les bélugas captifs sont actuellement habitués. Cela s’ajoute au stress d’être hissés dans une sangle sur un véhicule, conduits jusqu’à un aéroport, transportés en avion jusqu’en Nouvelle‑Écosse, puis transférés de l’aéroport international d’Halifax par la route jusqu’au bassin envisagé.

La solution

Comme je l’ai dit dès le début, je n’ai pas de solution viable, mais je crois qu’en tant que successeur du propriétaire d’origine, la ville de Niagara Falls et la province de l’Ontario doivent assumer leurs responsabilités financières. Ils ont profité de l’incarcération de ces êtres sociaux intelligents et doivent désormais être tenus financièrement responsables.


 Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et ne reflètent pas celles de WestmountMag.ca ni celles de ses éditeurs.


Image d’entête : Steve SnodgrassCC BY 2.0, via Wikimedia Commons

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Georges Dupras

Georges R. Dupras se fait le champion et défenseur des animaux depuis plus de 50 ans. Il est membre de l’International Association for Bear Research and Management (IBA) et ancien directeur de la Société canadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (CSPCA). En 1966, il s’est impliqué dans la campagne initiale visant à sauver les phoques, qui a conduit à la fondation de l’International Fund for Animal Welfare (IFAW) en 1969. Il a publié deux livres : Values in Conflict et Ethics, A Human Condition.


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