Échos de Mésopotamie :
Poésie musicale d’Orient
La Société de musique ancienne de Montréal dévoile les trésors arabo‑persans à la chapelle Bon‑Secours
25 février 2026
Un concert‑voyage aux sources de la Mésopotamie musicale : c’est ce que propose le Studio de musique ancienne de Montréal avec Échos de Mésopotamie, présenté le mercredi 11 mars 2026 à 19 h 30 à la Chapelle historique Notre-Dame-de-Bon-Secours, dans le Vieux‑Montréal. Sous les voûtes intimistes de ce lieu chargé d’histoire, l’Ensemble Urmawi, dirigé par la chanteuse et instrumentiste Lamia Yared, convie le public à une immersion dans les musiques savantes persanes et arabes des 18e et 19e siècles, un répertoire rarement entendu à Montréal.
L’ensemble doit son nom à Ṣafī al‑Dīn al‑Urmawī, musicien et théoricien du XIIIe siècle, né en Iran et mort à Bagdad, figure clé de la théorie musicale du monde arabo‑persan. En s’inspirant de cette personnalité historique, le groupe revendique un ancrage à la fois érudit et vivant : il ne s’agit pas d’une reconstitution muséale, mais d’un dialogue avec un héritage en constante résonance. Le programme Échos de Mésopotamie met ainsi en lumière un vaste territoire culturel – de l’Iran à la Syrie, en passant par la Tunisie – qui a rayonné pendant des siècles sous l’influence de la dynastie abbasside et bien au‑delà.
L’Ensemble Urmawi revendique un ancrage à la fois érudit et vivant, un dialogue avec un héritage en constante résonance.
À travers ce concert, la Mésopotamie devient un espace sonore, fait de modes, de rythmes et de poésies qui ont façonné l’imaginaire de générations de musiciens. Pour le Studio de musique ancienne de Montréal, reconnu pour son travail sur les répertoires européens du Moyen Âge au baroque, ce projet constitue une ouverture naturelle vers d’autres traditions savantes, issues de la même grande histoire méditerranéenne et proche‑orientale.
Histoire, poésie et raffinement abbasside
Le fil conducteur de la soirée est clairement énoncé : un voyage où l’histoire, la poésie et le raffinement de l’héritage abbasside sont mis en lumière. Cela se traduit par une alternance de formes vocales et instrumentales, portées par des langues, des époques et des styles variés, mais unifiés par une même recherche de beauté et de profondeur expressive. Les tasnifs persans, les muwashah arabes, les pièces instrumentales folkloriques ou savantes dialoguent entre eux pour faire entendre la richesse musicale de cette vaste région.
La poésie y occupe une place centrale. De Hafez Shirazi à Rumi, de poètes syriens anonymes aux auteurs tunisiens du 20e siècle, les textes convoquent tour à tour l’amour mystique, le désir, le vertige de la beauté, la fragilité du cœur ou encore la distance entre les êtres. Le titre même des pièces, souvent accompagné d’une courte traduction, agit comme une porte d’entrée dans cet univers : « Le tourbillon de la violette », « L’appel de l’amour a cri », « Entre la rose et l’eau de rose, le décret éternel : l’une exposée, l’autre voilée », « Demande aux étoiles de la nuit, elles te parleront de moi ».
Pensé comme un voyage, le programme se lit presque comme un poème narratif. Il s’ouvre sur Muhammasi Rost, une pièce instrumentale ouzbèke du 18e siècle, qui instaure d’emblée un climat modal et rythmique propice à l’écoute. S’ensuit Tabe Banafsheh – Le tourbillon de la violette –, un tasnif du répertoire persan attribué à Sama Hozour (18e siècle), où la délicatesse de l’image florale épouse le raffinement mélodique.Le regard se tourne ensuite vers le monde arabe, avec Bassimoun ‘an la alin – Un sourire venu d’au‑delà des perles –, un muwashah composé par le Tunisien Saleh El Mehdi au 20e siècle sur un poème d’Al Shahab al Mousli. Le concert alterne ainsi les temporalités, en faisant coexister des pièces anciennes et des créations plus récentes inscrites dans la continuité des formes traditionnelles. Da’i el Hawa – L’appel de l’amour –, muwashah du Syrien Omar El‑Batch (20e siècle), prolonge cette veine où la musique devient l’écho amplifié d’une passion amoureuse, humaine et mystique.
Bawz – Le baiser – introduit une dimension plus contemporaine : il s’agit d’une composition de Showan Tavakol sur un poème de Rumi, preuve que les textes des grands mystiques persans continuent d’inspirer des créations nouvelles. Vient ensuite Dhatou al Wishah – Cette dame au châle –, muwashah anonyme de Syrie, où l’on retrouve la finesse descriptive et la sensualité feutrée propres à ce genre poético‑musical.
‘À travers ce concert, la Mésopotamie devient un espace sonore, fait de modes, de rythmes et de poésies qui ont façonné l’imaginaire de générations de musiciens.’
L’une des pièces marquantes du parcours est Dar kar golab w gal – Entre la rose et l’eau de rose, le décret éternel : l’une exposée, l’autre voilée– un tasnif du répertoire persan, composé par Mazaqi Ajam pour l’empereur de Perse, Shah Abbas, au 16e siècle, inspiré d’un poème de Hafez Shirazi. Ici, l’alliance entre politique, spiritualité et art atteint son apogée : commandée pour un souverain et nourrie de poésie mystique, la musique devient un miroir symbolique du pouvoir et de l’âme. Une improvisation sur le mode Sahari, pour violoncelle et kamanche, crée un moment de suspension : sans parole, mais chargé de mémoire, ce dialogue entre cordes occidentales et orientales met en relief la richesse des modes et la capacité de cette musique à se réinventer dans l’instant. Tiré du répertoire persan, Nazar Deli – Le regard du cœur fragile – prolonge ce climat d’introspection.
Le programme revient ensuite explicitement à la figure tutélaire de Ṣafī al‑Dīn al‑Urmawī avec Ala Sabbikoum – Ô vous nobles, soyez bienveillants. Tirée d’un manuscrit du maître, conservé à Ourmiye, en Iran, cette pièce rappelle la profondeur historique de la tradition que l’ensemble fait revivre. Renge Dashti, pièce instrumentale folklorique persane, apporte une énergie plus populaire, presque dansante, tout en demeurant ancrée dans un univers modal sophistiqué. Le parcours s’achève avec Fika koullou ma ara hasan – En toi je vois toute la beauté – et Sal noujoum al layl – Demande aux étoiles de la nuit, elles te parleront de moi. Ces muwashah de Syrie, dont l’un est anonyme, ramènent l’auditeur au cœur de l’esthétique arabe, où la ligne vocale, souple et ornée, porte une parole amoureuse adressée autant à l’être aimé qu’au divin.
Pour porter cette mosaïque de pièces, l’Ensemble Urmawi réunit des musiciens issus de divers horizons, tous rompus aux subtilités des musiques du Proche‑Orient. Lamia Yared assure le chant, l’oud et la direction, articulant son interprétation autour d’une ligne vocale expressive et d’un travail fin sur les micro‑intervalles propres aux modes arabo‑persans. À ses côtés, Showan Tavakol (kamanche et compositions) fait le trait d’union entre tradition et création, notamment avec Bawz et l’improvisation dans le mode sahari. La violoncelliste Sheila Hannigan offre un pont sonore vers l’univers occidental, tout en s’inscrivant dans les logiques modales orientales, enrichissant la palette de timbres. Joseph Khoury, aux percussions riqq et daf, impulse les cycles rythmiques qui soutiennent aussi bien les muwashah que les tasnif, jouant sur les contrastes entre la pulsation intérieure et des éclats virtuoses.
‘Le fil conducteur de la soirée est clairement énoncé: un voyage où l’histoire, la poésie et le raffinement de l’héritage abbasside sont mis en lumière.’
Le qanûn de Nizar Tabcharani déploie une dentelle harmonique et mélodique caractéristique de la musique arabe savante, tandis qu’Aymen Trabelsi, au nay, apporte ce souffle légèrement voilé, empreint de nostalgie, que l’on associe immédiatement aux paysages sonores du Levant. Ensemble, ils composent un écrin idéal pour la voix, où chaque ornement, chaque silence, chaque relance instrumentale contribue à la densité expressive du récit musical.
Échos de Mésopotamie est plus qu’un simple concert thématique : c’est une invitation à écouter autrement le patrimoine musical du Proche‑Orient, à travers un programme qui tisse patiemment les liens entre histoire, poésie et mémoire. Dans l’intimité de la Chapelle Notre‑Dame‑de‑Bon‑Secours, cette proposition prend une dimension presque contemplative, offrant au public montréalais l’occasion rare d’entendre, dans un même élan, des voix et des instruments qui portent encore les résonances de Bagdad, d’Ispahan, d’Alep ou de Tunis.
Programme
Muhammasi Rost
Pièce instrumentale ouzbèque, XVIIIe siècle
Tabe Banafsheh
Le tourbillon de la violette
Tasnif du répertoire persan, Sama Hozour XVIIIe siècle
Bassimoun ‘an la alin
Un sourire venu d’au-delà des perles
Muwashah composé par Saleh El Mehdi, Tunisie, XXe s. et poésie Al Shahab al Mousli
Da’i el Hawa
L’appel de l’amour a cri
Muwashah écrit par Omar El-Batch, Syrie, XXe siècle
Bawz
Le baiser
Composition par Showan Tavakol sur le poème de Rumi
Dhatou al Wishah
Cette dame au châle
Muwashah anonyme, Syrie
Dar kar golab w gal
Entre la rose et l’eau de rose, le décret éternel : l’une exposée, l’autre voilée.
Tasnif du répertoire persan par Mazaqi Ajam pour l’empereur de perse Shah abbas, 16e siècle poème de Hafez Shirazi.
Improvisation sur le mode Sahari, pour violoncelle et kamanche
Nazar Deli
Le regard du cœur fragile, tiré du répertoire persan.
Ala Sabbikoum
Ô vous nobles, soyez bienveillants
Safi Al din Al Urmawi – Tiré du manuscrit de Safi Al Din Al Urmawi, Ourmiye Iran
Renge Dashti
Pièce instrumentale folklorique persane
Fika koullou ma ara hasan
En toi je vois toute la beauté
Muwashah de Syrie
Sal noujoum al layl
Demande aux étoiles de la nuit, elles te parleront de moi
Muwashah anonyme, Syrie
Distribution
Ensemble Urmawi
Lamia Yared, chant, oud et direction
Showan Tavakol, kamanche et compositions
Sheila Hannigan, violoncelle
Joseph Khoury, riqq et daf
Nizar Tabcharani, qanûn
Aymen Trabelsi, nay
Le Studio de musique ancienne de Montréal
Fondé en 1974, le Studio de musique ancienne de Montréal est un ensemble vocal professionnel de renommée internationale dédié à la redécouverte des musiques de la Renaissance et du Baroque. Avec son approche raffinée, historiquement informée mais ancrée dans la sensibilité d’aujourd’hui, il ne cesse de redonner aux chefs-d’œuvre oubliés une résonance contemporaine.
Le SMAM ne se limite pas à jouer pour un public averti : il ouvre sa musique à la cité. Billets à 10 $ pour les moins de 34 ans, gratuité pour les enfants et les accompagnateurs de personnes en situation de handicap, accueil des communautés marginalisées – sans oublier une politique de développement durable qui s’applique jusqu’aux partitions, comme en témoigna récemment Ode à la Terre.
Échos de Mésopotamie
11 mars 2026 à 19 h 30
Chapelle historique Notre-Dame-de-Bon-Secours
400 Rue Saint-Paul Est
Renseignements : Yoan Leviel • y.leviel@smamontreal.ca • 438 939 5005
Image : Courtoisie du SMAM




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