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Rumeurs de coup
réalité de censure

Coupures ciblées, paranoïa assumée : Moscou calibre ses outils répressifs

Par Andrew Burlone

12 mars 2025 • Article d’opinion

Moscou connaît une série de coupures d’internet mobile qui ont déclenché une nouvelle vague de manchettes sur un supposé « coup d’État au Kremlin », mais les éléments disponibles pointent davantage vers la paranoïa du régime et un durcissement de la répression numérique que vers un renversement imminent de Vladimir Poutine.

Au début du mois de mars, des utilisateurs à Moscou et à Saint‑Pétersbourg ont signalé de fortes perturbations des services d’internet mobile et de messagerie, les coupures les plus marquées touchant les zones entourant les principaux sites gouvernementaux, militaires et sécuritaires. Le Kremlin a présenté publiquement ces interruptions comme des mesures prises « pour la sécurité », sans fournir d’explication technique détaillée, ce qui a alimenté les spéculations.

Ce recoupement entre les luttes internes au sommet et les perturbations des communications a fourni un terrain idéal aux récits complotistes.

Ces pannes surviennent alors qu’une purge vise des personnalités liées à l’ancien ministre de la Défense Sergueï Choïgou, notamment l’arrestation pour corruption de Rouslan Tsalikov, son proche collaborateur et quatrième ex-vice-ministre de la Défense inculpé depuis l’éviction de Choïgou en 2024. Ce recoupement entre les luttes internes au sommet et les perturbations des communications a fourni un terrain idéal aux récits complotistes.

Le cœur de l’histoire remonte au canal Telegram VChK‑OGPU, qui affirme disposer de sources au sein des services de sécurité russes et avance que les coupures seraient motivées par la crainte d’un coup de force du clan Choïgou. Le canal lui‑même présente toutefois ce scénario comme une « théorie du complot », ce qui n’a pas empêché plusieurs tabloïds britanniques d’en faire la base de manchettes spectaculaires sur un coup anti‑Poutine.

Le média ukrainien The Kyiv Independent a démonté ces affirmations dans une vérification des faits axée sur la désinformation, citant des spécialistes de Russie comme Anton Barbachine, cofondateur et directeur éditorial du site d’analyse Riddle Russia, et Stephen Hall, qui jugent un coup d’État très peu probable et rappellent que le réseau de Choïgou a été affaibli par des poursuites systématiques. L’enquête relance aussi cette rumeur sur la chute ou la maladie de Poutine, nourrie autant par les espoirs des opposants que par la quête de contenus sensationnalistes.

‘Les pannes à Moscou apparaissent ainsi comme un test grandeur nature des capacités de censure, plutôt que comme le symptôme d’un soulèvement interne.’

Parallèlement, des centres de recherche comme l’Institute for the Study of War (ISW) et son projet Critical Threats documentent l’effort continu du Kremlin pour reprendre la main sur l’espace informationnel : extension des pouvoirs juridiques du FSB pour ordonner des coupures, restrictions visant Telegram, promotion d’applications nationales capables de surveiller le comportement en ligne. Les coupures de Moscou apparaissent ainsi comme un test grandeur nature de ces capacités, plutôt que comme le symptôme d’un soulèvement interne.

Personne ne confirme, à ce stade, l’existence d’une tentative de putsch à Moscou. Les rapports disponibles s’en tiennent aux faits : coupures, plaintes des usagers, justification sécuritaire avancée par le Kremlin. En revanche, l’épisode met en lumière un signal politique clair : les purges, la localisation des coupures et la pression sur les plateformes révèlent un pouvoir conscient de ses vulnérabilités, qui se prépare au pire en s’assurant qu’il pourra couper rapidement et de manière ciblée les canaux numériques.

Moscou se prépare à un coup d’État mais n’en vit pas un : les coupures, les rumeurs et les purges dévoilent un système autoritaire nerveux dont le premier réflexe, en cas de crise, est d’appuyer sur l’interrupteur des communications.


Avertissement : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de WestmountMag.ca.


Image d’entête : Pixels libres de droit

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Andrew Burlone, co-publisher – WestmountMagazine.ca

Andrew Burlone, co-éditeur de WestmountMag.ca, a commencé sa carrière dans les médias au magazine NOUS. Par la suite, il a lancé Visionnaires, où il a occupé le poste de directeur de création pendant plus de 30 ans. Andrew est passionné de culture et de politique, avec un vif intérêt pour les arts visuels et l’architecture.

 



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