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Croyez-vous aux fées ?
et autres questions urgentes

Les Tables Tournantes revisiteront Peter Pan en marionnettes féministes au Théâtre Aux Écuries

11 mars 2026

Du 7 au 18 avril 2026, le Théâtre Aux Écuries accueillera Croyez-vous aux fées ?, une nouvelle création du collectif de marionnettistes Les Tables Tournantes. Ce spectacle s’adresse à un public adulte curieux d’arts vivants, friant de formes audacieuses qui marient profondeur et finesse esthétique.

Ce spectacle s’adresse à un public adulte curieux d’arts vivants, friant de formes audacieuses qui marient profondeur et finesse esthétique.

Tout commence dans un sous-sol, un espace domestique d’une banalité presque rassurante. Une mère y lave un chapeau qui ne devait pas l’être, geste anodin qui déclenche une escalade vers un point de non-retour. Peter, cinq ans, est témoin d’une scène effroyable : le meurtre de sa mère. À partir de là, le souvenir tourne, se détraque, revient en boucle comme une sécheuse brisée qui refuse de s’arrêter. De ce linge sale surgit un crocodile, figure à la fois protectrice et inquiétante, qui tente de maintenir le petit garçon à flot tandis que des fées s’affairent autour de lui pour recoudre, tant bien que mal, ce qui s’est déchiré.

Dans cette salle de lavage pas comme les autres, les objets familiers deviennent les complices d’un drame intérieur. La laveuse, la sécheuse, la planche à repasser se transforment en prolongements d’une mémoire fragmentée, d’un imaginaire bousculé par la violence. Le spectateur assiste ainsi à la naissance d’un monde où le quotidien se fissure pour laisser apparaître un univers onirique, traversé de fantômes, de contes et de questions urgentes.

Une relecture féministe de Peter Pan

Croyez-vous aux fées ? se présente comme un spectacle de marionnettes pour adultes, à la croisée de l’enquête fantastique, du réalisme magique et de l’humour noir. Peter, guidé par un crocodile omniscient au rôle volontairement ambigu — tour à tour complice, guide et saboteur — remonte le fil de ses souvenirs. Son esprit d’enfant, pour se protéger, a érigé des couches d’ombre, de déni et de distorsion. La dramaturgie épouse ce mouvement : à mesure que le récit progresse, les images se densifient, les indices se recomposent et la vérité prend forme par fragments.

Plutôt que de représenter la violence de manière frontale, la pièce s’intéresse à son héritage, à la manière dont elle s’inscrit dans la mémoire individuelle et collective, ainsi que dans nos imaginaires. L’enquête n’est pas seulement policière ou psychologique : elle est aussi politique. Elle questionne la manière dont certaines histoires sont racontées, occultées ou réécrites, et ce que cela révèle sur nos rapports de pouvoir, de genre et de filiation.

Les autrices et metteuses en scène Joanie Fortin et Iris Richert proposent ici une relecture féministe et inédite du mythe de Peter Pan. Plutôt que de s’attarder sur le garçon qui refuse de grandir, elles choisissent de placer les fées au centre du récit. Trois actrices-manipulatrices incarnent ces figures discrètes mais omniprésentes, qui orchestrent les apparitions et insufflent la vie aux objets et aux marionnettes. Témoins et actrices de l’histoire, elles symbolisent autant la résilience que la mémoire, ainsi que le pouvoir de recomposition des récits.

‘L’enquête est aussi politique. Elle questionne la manière dont certaines histoires sont racontées, occultées ou réécrites, et ce que cela révèle sur nos rapports de pouvoir, de genre et de filiation.’

Les fées deviennent ainsi des forces de résistance contre l’effacement et la fatalité. Elles accompagnent Peter dans ses tentatives pour sortir du déni, en réagencant les fragments de souvenirs, en recadrant les images et en replaçant les corps dans l’espace. La question « Croyez-vous aux fées ? » est posée, mais la pièce déplace subtilement l’enjeu : au-delà des êtres magiques, qui choisissons-nous de croire lorsque le réel se brouille et que les récits entrent en conflit ? Quels témoignages retiennent notre attention, et lesquels la société relègue au silence ?

Un théâtre d’images, de marionnettes et de son

Fidèle à l’esthétique des Tables Tournantes, Croyez-vous aux fées ? déploie un théâtre d’images et de marionnettes où la forme est indissociable du fond. Le sous-sol devient un véritable dispositif scénique : un lieu ordinaire qui se métamorphose, grâce à la lumière, au son et à la manipulation, en terrain mouvant où le réel et l’illusion se confondent.

Les marionnettes incarnent ici bien plus que de simples objets scéniques : elles deviennent les vectrices concrètes de la mémoire traumatique et des projections psychiques du personnage, absorbant le poids émotionnel du récit. Cette matérialisation permet une mise à distance salutaire du spectateur face à la violence intime évoquée, tout en autorisant une exploration poétique et délicate des zones d’ombre. Ainsi, la manipulation marionnettique agit comme un filtre symbolique, transformant le réel brut en images suggestives qui touchent sans agresser, invitant à une réception à la fois empathique et introspective.

La mise en scène, signée par Joanie Fortin et Iris Richert, s’appuie sur une écriture non linéaire, où les scènes se répondent comme autant de réminiscences. Le travail sonore — conception de Joanie Fortin et spatialisation de Varnen Pareanan — occupe une place centrale, enveloppant le public dans une expérience immersive. La lumière de Jacinthe Racine sculpte l’espace, révélant ou dissimulant les détails comme autant de secrets. Autour de Peter, conçu à l’origine par Sophie Deslauriers, la scénographie et les marionnettes de Gabrielle Chabot composent un univers à la fois concret et symbolique.

‘Les marionnettes incarnent ici bien plus que de simples objets scéniques : elles deviennent les vectrices concrètes de la mémoire traumatique et des projections psychiques du personnage, absorbant le poids émotionnel du récit.’

Sur scène, les interprètes Joanie FortinMylène Guay et Gabriela Jovian-Mazon assurent à la fois le jeu et la manipulation, brouillant volontairement la frontière entre le corps vivant et le corps marionnettique. Cette double présence renforce l’impression d’assister à un récit en cours, où chaque geste de manipulation devient un acte de réécriture.

Croyez-vous aux fées ?

Avec Croyez-vous aux fées ?, Les Tables Tournantes poursuivent cette exploration de la place des femmes dans la construction des récits, tout en interrogeant la façon dont la violence s’inscrit dans les corps, les mémoires et les imaginaires. Entre conte et cauchemar, humour noir et tendresse, leur nouvelle création promet une expérience théâtrale intime, sensorielle et profondément humaine — un rendez-vous à ne pas manquer au Théâtre Aux Écuries en avril.

Texte et mise en scène Joanie Fortin et Iris Richert
Assistance à la mise en scène et conseil dramaturgique Karine St-Arnaud
Distribution Joanie Fortin, Mylène Guay et Gabriela Jovian-Mazon
Production et conception des décors Les Tables Tournantes
Scénographie et conception des marionnettes Gabrielle Chabot
Conception originale de Peter Sophie Deslauriers
Conception lumière et régie Jacinthe Racine
Conception sonore Joanie Fortin
Spatialisation sonore Varnen Pareanan
Direction technique Sabrynna Bourgeois

Direction de production Clémence Doray et Alice Blouin-Décoste

Les Tables Tournantes

Les Tables Tournantes, c’est la rencontre de trois marionnettistes complices — Joanie Fortin, Mylène Guay et Iris Richert. Le collectif s’est fait remarquer avec Graceland et Disgraceland, deux œuvres qui revisitaient le déclin d’Elvis Presley à travers un théâtre d’images décalé. Leur démarche conjugue marionnettes grandeur nature, manipulation précise et mise en scène où le son occupe une place prépondérante, au service d’une narration fragmentée et non chronologique.

Leur recherche visuelle s’inscrit dans un engagement féministe affirmé. En tant que collectif exclusivement féminin, elles conçoivent la manipulation comme un geste politique : reprendre en main, au sens propre comme au figuré, des icônes et des récits longtemps dominés par des figures masculines. Revisiter Elvis, puis Peter Pan, devient alors une manière de déplacer le centre de gravité des histoires que l’on raconte, d’ouvrir des fissures dans les mythes pour y faire entrer d’autres voix, d’autres perspectives.

Image d’entête : © Camille Gladu-Drouin

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