Le Projet de souveraineté
culturelle du Canada
Un projet visant à assurer la souveraineté culturelle du Canada
Par Aldo Mazza
14 janvier 2026
Le Canada se trouve à un moment charnière dans la définition de son indépendance culturelle. Au cœur des changements économiques et artistiques qui marquent ses relations avec son principal partenaire commercial, les États‑Unis, le Projet de souveraineté culturelle du Canada (PSCC) appelle à un nouvel investissement national dans les infrastructures, les institutions et les systèmes créatifs qui soutiennent la vie artistique.
S’appuyant sur l’engagement historique du Canada envers l’éducation, la santé et la culture — piliers d’une société prospère — cette initiative propose un cadre unifié visant à autonomiser les artistes, à renforcer la production nationale et à réaffirmer la souveraineté culturelle comme élément central de l’identité canadienne.
Préoccupation principale
Ce projet trouve son origine dans la récente décision du gouvernement américain d’imposer des tarifs financiers au Canada pour contrer un prétendu déficit commercial des entreprises américaines, au profit du Canada. Cette mesure a un impact direct sur le niveau de vie des artistes canadiens.
Le Canada subit un important déficit d’échanges culturels et artistiques face aux États-Unis,à l’avantage des États-Unis.
Parallèlement, il existe un déficit commercial artistique et culturel considérable entre le Canada et les États-Unis, cette fois à l’avantage des États-Unis. Ce déséquilibre s’explique en grande partie par la différence de population entre les deux pays (Canada : 41 millions ; États-Unis : 340 millions) ainsi que par la proximité géographique du Canada avec son voisin du sud. Ce déficit a entraîné un effacement progressif du talent et de la créativité canadiens, ainsi qu’une diminution de la qualité du contenu artistique national.
Le Canada doit s’efforcer de réduire sa dépendance à l’égard de la culture américaine et de ses produits culturels, afin de mieux refléter et de valoriser sa propre histoire culturelle. La solution proposée : investir dans notre souveraineté culturelle nationale.
Bref historique
Le Conseil des arts du Canada a été créé en 1957 par une loi du Parlement. Il a été fondé afin de favoriser et de promouvoir les arts au Canada, en offrant un soutien financier et des services aux artistes et aux organismes artistiques. Il s’agit du principal organisme public de financement des arts au Canada, mandaté pour encourager l’étude, l’appréciation et la production d’œuvres artistiques. Les origines du Conseil remontent à la Commission Massey, qui avait recommandé la création d’un conseil des arts financé par des fonds publics.
Peu après, dans les années 1960, sous le leadership de l’ancien premier ministre Pierre Trudeau, le gouvernement décida de s’impliquer davantage dans la diffusion musicale afin de soutenir les créateurs canadiens. M. Trudeau confia à Pierre Juneau — ancien président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de 1968 à 1975, dont le nom fut ensuite donné aux Prix Juno — la mise en œuvre d’une loi exigeant 70 % de contenu canadien pour la musique diffusée dans les médias nationaux. Cette mesure historique donna naissance à une scène musicale canadienne florissante et contribua à faire du Canada l’un des chefs de file mondiaux de la création et de l’exportation de la musique.
Dans les années 1960, le Conseil des arts du Canada mit également sur pied un Bureau national des tournées pour les artistes interprètes canadiens. Ce bureau identifia et publia un répertoire d’artistes canadiens disponibles pour des tournées, ainsi qu’un inventaire national des lieux de diffusion et des promoteurs locaux. Ces acteurs travaillaient ensemble pour soutenir les artistes canadiens et le secteur culturel partout au pays. Rebaptisé plus tard Bureau des tournées du Conseil des arts du Canada — aujourd’hui intégré au programme Diffusion et tournée du volet Arts partout au Canada — il a joué un rôle déterminant dans la présentation des arts de la scène au Canada et, en collaboration avec le comité du programme de subventions du ministère des Affaires étrangères, sur la scène internationale.
‘Le Conseil des arts du Canada a été créé afin de favoriser et de promouvoir les arts au Canada, en offrant un soutien financier et des services aux artistes ainsi qu’aux organismes artistiques.’
Le Bureau des tournées a joué un rôle déterminant dans la vitalité artistique du Canada. Il offrait des subventions aux artistes de scène pour bonifier les cachets obtenus localement, tout en soutenant la professionnalisation de la gestion artistique. Ce bureau s’est aussi engagé sur la scène mondiale en établissant des échanges de tournées réciproques : les artistes étrangers pouvaient se produire au Canada en échange de l’appui de leurs gouvernements aux artistes canadiens en tournée à l’étranger.
Moments et rôles marquants du Bureau des tournées
- Objectif initial :
Dès la création du Conseil des arts du Canada en 1957, la mission était claire : stimuler la créativité canadienne par le financement et le soutien spécialisé. C’est dans les années 1970, à une époque d’effervescence culturelle, que le Bureau des tournées prit forme aux côtés d’initiatives majeures telles que la Banque d’art, devenant un moteur du rayonnement artistique national.
. - Présence nationale :
Grâce à ses programmes de tournées et d’expositions, le Bureau a permis aux artistes et aux organismes du pays de rencontrer de nouveaux publics, de bâtir leur réputation et de tisser un réseau culturel vivant d’un bout à l’autre du Canada.
. - Portée internationale :
Le programme Diffusion et tournée a également porté la voix des artistes canadiens à l’international, favorisant les échanges culturels et ouvrant la voie à de nouvelles collaborations et à l’expansion de marchés artistiques à l’échelle mondiale.
Au fil des premières années du Bureau des tournées, d’autres réseaux culturels ont émergé, comme Les Jeunesses Musicales au Québec, qui entretenaient des liens étroits avec plusieurs pays francophones pour échanger des artistes en tournée.
Durant cette période de grande effervescence, de nombreuses provinces canadiennes ont mis sur pied leurs propres conseils des arts et leurs réseaux de tournées, travaillant main dans la main avec le Bureau des tournées à Ottawa. Les réseaux nationaux CBC et Radio‑Canada se sont également alliés aux artistes, à leurs agents et aux gestionnaires pour renforcer l’essor du secteur culturel canadien.
Mais à partir des années 1990, une série de compressions fédérales et provinciales a fragilisé le tissu culturel du pays. Les bureaux de tournée ont vu leurs budgets fondre ou disparaître entièrement, entraînant la perte des subventions et l’affaiblissement des programmes d’accompagnement des artistes. Avec la réduction des initiatives culturelles, le Canada a subi une véritable érosion de l’infrastructure qui soutenait la reconnaissance et la croissance de son talent artistique.
‘À partir des années 1990, une série de compressions fédérales et provinciales a fragilisé le tissu culturel du pays.’
Les politiques successives ont conduit le Canada à vivre aujourd’hui un véritable déficit artistique et culturel face aux États‑Unis. Nos médias comptent de moins en moins de visages canadiens, car nos chaînes achètent majoritairement du contenu américain. Nos propres productions en télévision et au cinéma se raréfient, ce qui réduit notre capacité à nous représenter nous‑mêmes et à partager notre culture avec le monde.
Le Québec, en revanche, a maintenu un cap distinct, avec l’appui constant de son Ministère de la Culture et des Communications. Grâce à sa distinction linguistique, la province a bâti une industrie culturelle indépendante et florissante, dotée de ses propres vedettes en télévision, au cinéma et en musique — un véritable reflet d’une identité forte, autosuffisante et en pleine expansion.
Comment remédier au déficit artistique et culturel
Nous proposons de commencer par l’établissement d’une entité interne à Ottawa dont la fonction serait de rétablir l’équivalent du Bureau national des tournées, en établissant un lien direct avec le Conseil des arts du Canada. Ce bureau serait chargé de la programmation et du développement des talents canadiens dans les domaines des arts de la scène, du cinéma et de la musique. Il favoriserait également les coproductions avec divers organismes artistiques partout au pays et accroîtrait la visibilité internationale des artistes canadiens à l’étranger.
De plus, ce Bureau national des tournées devrait être directement rattaché à CBC/Radio‑Canada afin d’assurer la diffusion nationale et internationale des productions canadiennes de télévision, de cinéma, de théâtre et de musique.
Chaque bureau culturel provincial serait de nouveau associé au Bureau national des tournées et maintiendrait un réseau national de lieux de diffusion permettant la coordination de tournées locales, provinciales et nationales. Les grandes villes collaboreraient étroitement avec leurs bureaux culturels pour participer à ces réseaux, où des producteurs indépendants pourraient soutenir les tournées d’artistes, d’orchestres et de compagnies de ballet de calibre national.
Plus que jamais, il est essentiel de célébrer fièrement notre identité canadienne. Nous devons investir dans le réseau télévisuel afin de renforcer la création de contenu canadien et de bâtir un réseau national de cinq grandes émissions phares — à Halifax, Montréal, Toronto, Winnipeg et Vancouver — chacune produisant une émission musicale hebdomadaire diffusée simultanément à l’échelle du pays.
‘Nous devons investir dans le réseau télévisuel afin de renforcer la création de contenu canadien et de produire des émissions télévisées qui suscitent l’intérêt et l’engagement du public canadien.’
Il est essentiel de mettre en place un réseau culturel canadien consacré au développement et au soutien des talents et des médias nationaux, afin que les créateurs ne se sentent plus obligés de quitter le pays pour être reconnus comme artistes accomplis.
Nous devons développer des contenus médiatiques produits ici, afin que les millions de dollars provenant des redevances et des paiements demeurent au Canada.
Il faut reconstruire un siège central du Conseil des arts du Canada accompagné d’un lieu de diffusion nationale et d’un réseau de spectacles en direct et de diffusion numérique à plusieurs niveaux, permettant de rejoindre non seulement les grands centres urbains, mais aussi les communautés rurales et éloignées de notre vaste pays.
Enfin, il convient de rassembler la communauté artistique et culturelle canadienne pour bâtir ensemble ces réseaux nationaux, afin de devenir plus autonomes dans un secteur vital — l’un des cinq principaux moteurs économiques du pays.
Réflexion finale
La prospérité d’un pays repose sur trois piliers essentiels : l’éducation, la santé et la culture. Ces secteurs sont indispensables à la vitalité et à la santé d’une société prospère et doivent être soutenus par des structures solides et responsables envers leurs citoyens.
- L’éducation
Les pays disposent d’un ministère de l’Éducation qui définit les cadres de référence, les matières, les programmes, les plans d’études, les stratégies d’évaluation, ainsi que leur pertinence à l’échelle nationale. Des enseignants formés, des commissions scolaires, des structures régionales et des établissements d’enseignement assurent la mise en œuvre de ce système, permettant aux citoyens de suivre un parcours éducatif complet, de l’école primaire à l’université. Ce paradigme structurel garantit une éducation générale de base, puis un enseignement supérieur axé sur la recherche et l’expertise. Les professionnels diplômés de ce système sont par la suite embauchés au sein de celui‑ci, assurant ainsi sa continuité et un service optimal aux citoyens.
. - La santé
Les pays disposent également d’un ministère de la Santé qui établit les normes nationales, construit et soutient les hôpitaux, les cliniques, les universités et les facultés de médecine, et forme l’ensemble des professionnels de la santé : médecins, infirmières et infirmiers, techniciens de laboratoire et autres intervenants. Les gouvernements encadrent et soutiennent ce système aux niveaux national, provincial et municipal. Les professionnels diplômés de ce réseau sont ensuite intégrés aux structures existantes, hôpitaux, cliniques, centres de santé, assurant ainsi la stabilité et la qualité des services offerts à la population.
. - La culture
Le secteur des arts, de la culture et du divertissement constitue une composante essentielle d’une société prospère. Pourtant, il est souvent marginalisé et perçu à tort comme moins prioritaire que les secteurs de l’éducation et de la santé. Ce secteur représente pourtant l’un des cinq principaux moteurs économiques du pays¹. Chaque dollar investi dans les arts génère 29 dollars d’activité économique.²
Bien qu’il existe un ministère de la Culture au sein des administrations nationales, provinciales et municipales, la structure de financement demeure clairement insuffisante. À l’instar des secteurs de l’éducation et de la santé, le domaine culturel doit être soutenu, financé et organisé selon une approche hiérarchique cohérente, allant du niveau national aux instances locales.
¹ Selon une étude réalisée par le Business Data Lab pour l’organisme caritatif national Business / Arts, en partenariat avec le Conseil des arts du Canada, le secteur des arts et de la culture a contribué à hauteur de 65 milliards de dollars à l’économie l’an dernier. Depuis 2011, sa croissance dépasse celle de secteurs clés tels que le pétrole et le gaz, le commerce de gros, le commerce de détail, la construction et la fabrication.
² Un rapport de la Chambre de commerce du Canada – Presse canadienne, 29 octobre 2025 – précise que chaque dollar investi par le gouvernement dans les arts génère 29 dollars d’activité économique.
Avis : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de WestmountMag.ca ni de ses éditeurs.
Image d’entête : Mark Angelo Sampan – Pexels
Aldo Mazza est un multi‑percussionniste, artiste d’enregistrement, clinicien, compositeur, auteur, éditeur, directeur artistique, producteur et pédagogue reconnu à l’échelle internationale. Il est membre du quatuor de percussions de renommée mondiale Répercussion. kosamusic.com




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