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La défense des animaux :
l’illusion d’une amélioration

Les lois concernant le bien-être animal au Canada n’ont pas changé depuis plus de cent ans

Par Georges R. Dupras

On me demande souvent d’identifier certaines des réalisations que les défenseurs des animaux ont accomplies au fil du temps. Ayant travaillé dans ce domaine depuis plus de 50 ans, un certain nombre de réussites me viennent en tête. Cependant, j’aimerais plutôt parler de façon générale, car les raisons avancées pour défendre certaines pratiques commerciales, culturelles, institutionnelles et rituelles ont entravé tous les changements significatifs dans la législation touchant le bien-être animal. En fait, à part quelques amendements mineurs, les lois canadiennes en ce qui concerne le bien-être animal n’ont pas changées depuis plus de cent ans.

Les changements sociaux

À part de quelques cas spécifiques, on avance très lentement vers les objectifs visés. Grâce aux efforts de plusieurs intervenants, les cirques d’antan qui mettaient de l’avant des spectacles utilisant des animaux sauvages tels que des éléphants, des lions, des ours et des tigres que l’on forçait à sauter à travers des cerceaux enflammés, sont disparus de la scène. La pression exercée par les groupes de protection des animaux et une industrie du divertissement en expansion et qui compétitionne pour nos dollars ont joué leur rôle. À mon avis, le coup de grâce pour le modèle du cirque Ringling Brothers fut l’arrivée sur scène de Monsieur Guy Laliberté.

… les raisons avancées pour défendre certaines pratiques commerciales, culturelles, institutionnelles et rituelles ont entravé tous les changements significatifs dans la législation…

Son but n’était pas d’abolir les cirques animaliers mais plutôt de réinventer une forme d’art oubliée. Il a longtemps essayé d’obtenir du financement pour son projet mais on rejetait ses demandes car on croyait que l’époque des cirques acrobatiques était révolue.

Monsieur Laliberté a persisté dans la poursuite de son rêve, un cirque mettant l’emphase sur les compétences des artistes et des acrobates, sur la mise en scène, sur l’éclairage et sur la technologie. Fait important, il n’envisageait pas de spectacles d’animaux exotiques*. Ceux de la vieille école soutenaient que ce nouveau genre de cirque ne pourrait pas survivre sans animaux, car les lions et le cirque étaient intimement associés et le public n’accepterait rien de moins.

Monsieur Laliberté et son équipe ont monté leur premier spectacle à Montréal et le Cirque du Soleil a vite attiré l’attention du public et des médias. Depuis lors, le Cirque a ouvert une école de cirque de renommée mondiale à Montréal. La compagnie a également ouvert un site permanent à Las Vegas et les spectacles présentés sous la signature du Cirque sont réputés à travers le monde entier.

On connaît la suite de l’histoire. Une victoire significative pour le bien-être des animaux sauvages, probablement pas obtenue à dessein, mais une victoire tout de même. Mon point est qu’un homme a eu un rêve, un homme a persisté dans la poursuite de son rêve et, soit intentionnellement ou par hasard, il a réalisé ce que des légions d’activistes n’avaient pu accomplir.

Mentionnons également le film Free Willy qui a attiré l’attention du public sur le sort des baleines, des dauphins, et d’autres cétacés enfermés dans les aquariums, contraints à vivre dans des environnements non naturels qui ne répondent aucunement à leurs besoins.

‘Un homme a persisté dans la poursuite de son rêve et, soit intentionnellement ou par hasard, il a réalisé ce que des légions d’activistes n’avaient pu accomplir.’

Le besoin de se réinventer

Les rodéos également sont des spectacles qui perdent des parts de marché. Pour assurer leur survie il leurs faudra réinventer le thème. Ces événements compétitifs ne représentent aucunement l’héritage « Western », et ils sont la cause principale de blessures graves et de la mort des animaux impliqués. Les organisateurs de ces événements ne semblent pas tenir compte de l’évolution des valeurs sociales. On justifie le grand spectacle rodéo annuel à Calgary (Calgary Stampede) en soulignant les avantages économiques pour la ville; cependant cet événement est fortement subventionné. Si nous ne prenons pas compte de l’évolution des valeurs sociales, si nous ne reconnaissons pas la nécessité de les réinventer, ces spectacles rodéos subiront le même sort et disparaîtront avec le temps.

J’aimerais mentionner ici deux avancées : la reconnaissance de l’importance d’un régime à base de plantes par le Guide alimentaire canadien et la reconnaissance des animaux comme étant des êtres sensibles par la province de Québec (Projet de Loi 54).

La plus importante réalisation

Sans hésitation je dois dire que c’est la sensibilisation du public. Cela a généré une augmentation impressionnante du nombre de professionnels rejoignant les rangs des défenseurs des animaux dans le monde entier. Ces personnes perspicaces et le public en général n’hésitent pas à s’informer de tout ce qui se passe derrière les portes closes des industries et de s’élever contre le mensonge, la désinformation et les abus.

‘Sans hésitation je dois dire que c’est la sensibilisation du public. Cela a généré une augmentation impressionnante du nombre de professionnels rejoignant les rangs des défenseurs des animaux dans le monde entier.’

La triste vérité (on préfère ne pas entendre la vérité ; c’est trop dérangeant)

La main d’œuvre d’aujourd’hui est dépassée par des attentes 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, et la vie familiale est bouleversée. Les gens préfèrent croire que tout va bien, et dans certains cas ils sont prêts à accepter la désinformation. D’autres préfèrent ne rien savoir parce qu’ils se sentent impuissants et ne peuvent pas supporter la vérité. Et, malheureusement il y a toujours ceux qui ne sont pas intéressés et qui s’en fichent si cela ne les touche pas directement.

Rien à cacher, mais…

Rien ne changera pour le mieux pour les animaux dans ce pays aussi longtemps qu’il y aura des comités tels que Le comité électoral extérieur, un groupe clandestin d’élus, députés et autres qui se donnent pour mandat de saboter toute législation qui accorderait une meilleure protection aux animaux. Les membres de ce groupe agissent sous le voile du secret et pour justifier leurs décisions ils utilisent toujours l’argument que c’est une question qui risque de diviser les gens, mêmes pour des questions qui ne touchent pas les intérêts ou les valeurs des canadiens (par exemple, l’importation d’ailerons de requins ei les combats de chiens).

J’avoue que les membres de ce comité ont le droit d’exprimer leurs opinions personnelles, cependant j’exigerais qu’il y ait transparence auprès des électeurs en ce qui concerne l’existence et le mandat de ce comité, ainsi que l’identification des membres qui en font partie.

‘Rien ne changera pour le mieux pour les animaux dans ce pays aussi longtemps qu’il y a des comités tels que Le comité électoral extérieur, un groupe clandestin d’élus, députés et autres qui se donnent pour mandat de saboter toute législation…’

Ce ne sont que des paroles en l’air…

De nombreux politiciens se réfèrent souvent aux discours rebattu du Premier ministre dans lequel il affirme que nous aimons tous les animaux, un discours qu’il a prononcé en même temps que lui et sa famille étaient photographiés portant des vêtements en fourrure de la tête aux pieds. Il y a beaucoup de vérité dans ce vieil adage : « Ce n’est pas ce que vous dites qui compte, c’est ce que vous faites ». En ce qui concerne le commentaire souvent repris par le Premier ministre selon lequel les communautés de défense des animaux devraient travailler avec l’industrie, je suggérerais que M. Trudeau fasse ses devoirs.

Trudeau family Christmas card 2011 - WestmountMag.ca

La carte de Noël de la famille Trudeau 2010 • Photo : La Presse Canadienne

Voici pourtant la réalité : au cours des années 1960 et 1970 la Fédération des sociétés canadiennes d’assistance aux animaux, sous la direction de M. Neil Jotham, a travaillé en collaboration avec les industries utilisant les animaux. Certes, ces industries étaient ouvertes aux changements, mais seulement si toutes les modifications étaient faites par les groupes de pression travaillant pour les animaux. Voici un exemple : on a demandé aux membres de la Fédération de subventionner, en grande partie, le développement d’un soi-disant piège humanitaire (Vegreville, Alberta), ce qui a été fait sans le consentement de la majorité des canadiens qui supportaient financièrement la Fédération et ses membres.

Les conditions se sont-elles améliorées pour les animaux ? Avons-nous fait avancer la cause ? Avons-nous remporté des victoires ? Voici la réalité : nous exploitons un plus grand nombre d’animaux aujourd’hui qu’à tout autre moment de notre histoire. Il n’y a eu aucun changement significatif dans la loi canadienne en ce qui concerne le bien-être animal depuis plus de 100 ans. La planète a perdu 60% de la faune au cours des dernières cinquante années. Devrions-nous même poser cette question ?

‘Voici la réalité : nous exploitons un plus grand nombre d’animaux aujourd’hui qu’à tout autre moment de notre histoire.’

Le bien-être des animaux n’est pas un jeu

Chaque animal sauvé est une victoire monumentale. Cependant, si les anciennes lois** demeurent toujours en place, les abus rituels et institutionnalisés seront justifiés à des fins culturelles, économiques, et politiques. La vraie vérité est que nous aimons ce que les animaux peuvent faire pour nous.

Ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas une question de gains ou de pertes. C’est une question de notre développement en tant qu’espèce.

* Depuis, le fondateur, Guy Laliberté, a vendu ses parts majoritaires dans le Cirque. Il n’y a présentement aucune raison de croire que les nouveaux administrateurs changeront la formule gagnante qui ne justifie pas l’utilisation des animaux sauvages ou exotiques.

** Avec quelques ajustements mineurs au cours de l’administration Stephen Harper

Image d’entête : via StockPholio.com

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Georges Dupras

Pendant plus de 50 ans, Georges R. Dupras se fait le champion et le défenseur des animaux. Il est membre de l’International Association for Bear Research and Management (IBA), un directeur de l’Alliance pour les animaux du Canada (AAC), le représentant au Québec de Zoocheck Canada, et un ancien directeur de la Société canadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (CSPCA). En 1966, il s’est impliqué dans la campagne initiale pour sauver les phoques qui a mené à la fondation de l’International Fund for Animal Welfare (IFAW) en 1969. Il a publié deux livres : Values in Conflict et Ethics, A Human Condition. Georges demeure à Montréal, Québec, Canada.


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