Les chiens de Westmount
des hivers d’autrefois
D’une nuisance publique à un membre adoré de la famille
Par Michael Walsh
15 février 2026
Question : Qui étaient Benjamin Décarie, Théophile Prud’homme et Félix Décarie? Dans les années 1840, ils furent les premiers chasseurs de chiens errants du village de Côte-Saint-Antoine.
Contrairement à la ville d’aujourd’hui, plutôt bienveillante envers nos amis canins, les chiens étaient alors considérés comme des « nuisances publiques ». Cela tenait en grande partie au fait qu’à l’époque, la stérilisation et les soins vétérinaires pour petits animaux n’existaient pas. Il est intéressant de noter que le Montreal Veterinary College, fondé en 1866, est devenu une faculté de l’Université McGill appelée Faculty of Comparative Medicine and Veterinary Science, puis a fermé ses portes en 1903 faute de soutien financier.
Plus j’en apprends sur les gens, plus j’aime mon chien.
Mark Twain, 1835-1910

Carte de Noël ancienne • cavallini.com
Le village a instauré une taxe de 1,00 $ par chien mâle et de 2,00 $ par chienne afin de contrôler le nombre d’animaux errants. C’était une somme assez considérable, en 1809, si l’on considère que le salaire du constable du village n’était que de 7,00 $ par mois.
Cela soulève la question suivante : comment la population canine du village de Côte-Saint-Antoine est-elle passée du statut de fléau à celui de fierté, au sein des nombreux parcs à chiens et des espaces publics de la ville d’aujourd’hui?
Pour y répondre, il faut se plonger dans l’histoire existante qui retrace la relation entre les résidents de l’actuelle Westmount et les canidés, afin de reconstituer une histoire des plus intéressantes. Installez-vous confortablement et profitez du « voyage » – nous terminerons notre périple en rencontrant quelques chiens de Westmount d’aujourd’hui (et leurs propriétaires) – dans la deuxième partie – alors qu’ils nous raconteront leurs histoires remarquables.
Pour commencer, la taxe sur les chiens du village de Côte-Saint-Antoine (Règlement 16) fut imposée en 1877 et perçue par le service de police. En raison des montants jugés excessifs, le recouvrement de ces taxes devint difficile. Le village abrogea donc le règlement trois ans plus tard. En 1880, une nouvelle taxe sur les chiens (Règlement 26) fut adoptée, cette fois appliquée par un inspecteur rural, qui percevait une commission de 10 % sur les taxes perçues. Cette mesure se révéla inefficace, de nombreux propriétaires refusant de payer la taxe sur leurs animaux. En 1882, le village menaça de poursuivre tous les propriétaires de chiens en défaut, avec peu de succès. Deux ans plus tard, le village abrogea à nouveau son règlement sur la taxe canine.

Image : Michael Walsh
À partir de 1889, le nombre de chiens dans le village augmenta au point que « … en raison du grand nombre de chiens qui rôdent sur le territoire de la municipalité et causent énormément de désagréments aux habitants » (procès-verbal du conseil du village de Côte-Saint-Antoine), une nouvelle taxe sur les chiens fut imposée. Plus précisément, les chiens mâles étaient taxés 2,00 $ par année et les femelles 3,00 $. De plus, « … tous les chiens trouvés en liberté seront mis en fourrière et ceux qui ne porteront pas de médaille seront abattus ». Cela fut consigné comme une « taxe de chenil » annuelle, applicable à tous les chiens en possession d’un individu.
‘Le village avait instauré une taxe de 1 $ par chien mâle et de 2 $ par chienne afin de contrôler le nombre d’animaux errants. C’était une somme plutôt considérable, en 1809, si l’on considère que le salaire du constable du village n’était que de 7 $ par mois.’
Les licences pour chiens devaient être renouvelées chaque année le 1er mai, en même temps que celles des colporteurs et des chiffonniers. L’application de la réglementation était confiée au chef de police, également nommé gardien de la fourrière municipale.
Malgré ces mesures, la population de chiens errants dans la ville continua de croître. Le conseil municipal déclara :

Giada, un Saint Bernard de Westmount, avec sa mère Tootie • Image : Anne Aiken, Nerthus Kennels
« Que le comité de la police, du feu et de la santé soit chargé d’étudier la meilleure méthode pour réduire le nombre de chiens dans la ville. »
– Procès-verbal du conseil de la Ville de Westmount, 3 octobre 1898
Les résidents ont commencé à adresser leurs plaintes au conseil contre les éleveurs de chiens à l’intérieur des limites de la ville :
« … pétition datée du 3 novembre 1905 se plaignant d’un prétendu élevage de chiens… au 488, avenue Victoria, et demandant que la Ville le fasse cesser en tant que nuisance pour le voisinage. »
– Procès-verbal du conseil de la Ville de Westmount, 6 novembre 1905
En 1926, une épidémie de rage à l’échelle de la province amena le secrétaire de la province de Québec à adresser un avertissement à la Ville de Westmount. Le Règlement 192 fut rapidement adopté, exigeant que tous les chiens portent une muselière.
Comme le dit l’adage, « aux grands maux les grands remèdes ». Ainsi, le Règlement 535 fut adopté en 1946, avec plusieurs amendements. Ce règlement est toujours en vigueur aujourd’hui.
L’instauration du Règlement 535, qui exige l’obtention d’un permis pour tous les chiens, suscita un tollé chez les résidents de la ville. Une pétition contenant plus de mille signatures, s’opposant à ce règlement jugé « oppressif et punitif », fut présentée au conseil municipal.

Image : Shaun Streeper – StockPholio.net
Dans sa version originale de 1946, le Règlement 535 stipulait :
« Nul ne peut garder un chien dans la Ville… à moins que ce chien ne porte une médaille numérotée… »
« Nul ne peut amener un chien dans un lieu public à moins que ce chien ne porte une médaille numérotée… »
« Nul ne peut établir ni exploiter une entreprise… de pension, de garde, de dressage ou de soins pour chiens… sans avoir obtenu l’autorisation du Conseil… »
« Tout chien… qui, alors qu’il ne se trouve pas en compagnie de son gardien, est trouvé dans un lieu public ou sur une propriété privée… est réputé en infraction au présent règlement. »
« Si, à tout moment durant les mois de mai, juin, juillet et septembre… dans un lieu public… un chien n’est pas tenu en laisse… d’une longueur maximale de six pieds… il est réputé en infraction au présent règlement. »
« Si un chien mord une autre personne que son gardien… il est réputé en infraction au présent règlement. »
‘L’instauration du Règlement 535, rendant obligatoire l’obtention d’un permis pour tous les chiens, a provoqué un énorme tollé parmi les résidents de la ville. Une pétition contenant plus de mille signatures… a été présentée au conseil municipal.’
« Si un chien cause des dommages à une pelouse, un parterre de gazon, un jardin ou un massif de fleurs, ou à des fleurs, arbustes ou plantes… il est réputé en infraction au présent règlement. »
« Si un chien aboie ou hurle… au point de constituer une nuisance… il est réputé en infraction au présent règlement. »
« Chaque fois qu’un chien est trouvé dans un lieu public ou sur une propriété privée sans le consentement du propriétaire… et que ce chien ne porte pas de médaille… ce chien est mis en fourrière. »
« Chaque fois qu’un chien a été mis en fourrière… et n’est pas réclamé dans un délai de sept jours… ce chien est alors cédé ou abattu… »
« Le Conseil peut, par résolution, en tout temps… ordonner que tous les chiens de la Ville soient muselés… »
« Toute personne qui enfreint le présent règlement… est passible d’une amende n’excédant pas quarante dollars… ou d’un emprisonnement maximal de deux mois… »
« Si, après une condamnation pour infraction… la personne est de nouveau déclarée coupable d’une nouvelle infraction… il incombe alors au chef de police de faire abattre le chien. »

Image : Kate Ter Haar – StockPholio.net
Ces mesures rigoureuses, malgré l’opposition, semblent avoir permis de résoudre efficacement la plupart des problèmes liés aux chiens en ville. En effet, les procès-verbaux du conseil, de 1946 à 1972, ne font état d’aucune plainte de la part des résidents.
Les chiens commencent alors à devenir de véritables membres de la famille pour leurs propriétaires. On en trouve la preuve en 1973, lorsque le premier salon de toilettage canin de la ville ouvre ses portes au 353, avenue Victoria. Nommé The Dog Brisket, il offrait aussi des services de pension et de vente de chiens.
À cette époque toutefois, les chiens pouvaient circuler librement dans les nombreux parcs de la ville. Ce n’est qu’en 1975 que l’ancien maire MacCallum a reconnu la nécessité d’un « espace réservé aux chiens ». Ainsi, en 1981, son conseil ouvre, à titre d’essai, un enclos à chiens au parc King George (clôturé en 1989 au coût de 10 000 $).
Fait intéressant, à cette période, il existait un enclos à chiens au milieu du parc Westmount. À la suite d’une pétition déposée en 1985 pour le faire fermer, des discussions ont eu lieu entre le conseil municipal et la Westmount Dog Owners’ Association en vue de le relocaliser. Il fut décidé de le déplacer à l’angle de la rue Sainte-Catherine et de l’avenue Lansdowne. Le conseil s’engageait à fournir la clôture, les plantations, l’aménagement paysager et l’éclairage (pour un coût de 20 000 $). Cette localisation s’appuyait sur la répartition géographique des chiens licenciés. De plus, les chiens pouvaient utiliser l’ensemble du parc Westmount comme enclos canin de décembre à mars.

Image : DV Pics – StockPholio.net
Sans surprise, la fermeture de l’enclos à chiens du parc Westmount a suscité une vive opposition. Beaucoup de propriétaires le considéraient comme un véritable « centre communautaire ». L’ancien maire Gallery a rappelé aux résidents qu’il existe neuf enclos à chiens (principalement dans des parcs) dans la ville. Il a ajouté qu’« il s’agissait d’une décision erronée que d’implanter un enclos à chiens au centre du parc Westmount ».
Ainsi, l’enclos à chiens du parc Westmount a été fermé en mai 1987, le conseil déclarant : « Il ne devrait pas y avoir d’enclos à chiens dans le parc Westmount. »
‘Il s’agissait d’une décision erronée que d’implanter un enclos à chiens au centre du parc Westmount.’
Ancienne mairesse Gallery
Finalement, alors que la paix régnait sur la population canine de la ville, des « journées du chien » furent organisées en 1982 à Victoria Hall. Leur objectif était de « sensibiliser les propriétaires de chiens locaux et de renforcer leur sens des responsabilités ». En 1990, la SPCA, la GRC et d’autres groupes ont tenu des événements « Dog Day Afternoon » mettant en scène des démonstrations d’agilité et de dressage.

Image : Tyler Allen – StockPholio.com
D’autres règlements visant les chiens de la ville ont été introduits en 1995 : les chiens doivent être tenus en laisse à Summit Woods pendant la période de migration des oiseaux (du 15 avril au 15 juin) et les chiens utilisant les enclos doivent être originaires de Westmount. Cette dernière mesure était appliquée au moyen d’une médaille spéciale de 100 $ destinée aux chiens non résidents.
Après un bref répit, les plaintes des résidents concernant les chiens ont refait surface. Cette fois, elles concernaient les aboiements provenant des enclos et la proximité de l’enclos de Lansdowne avec les propriétés résidentielles. D’autres préoccupations portaient sur les projets du conseil visant à réglementer certaines races de chiens et à limiter le nombre de chiens qu’une personne peut légalement promener, ce qui touchait particulièrement les promeneurs de chiens professionnels.
En 2011, le conseil a fait face à une vague de plaintes après avoir adopté la décision suivante :
« … que le gardien de tout chien doive avoir en tout temps sur lui une licence sous forme de carte portant le numéro de médaille du chien, délivrée par la Ville, lorsqu’il a ou amène le chien dans tout lieu public de la Ville. »
– Procès-verbal du conseil de la Ville de Westmount, 4 avril 2011
Il n’a pas fallu longtemps pour que les médias s’emparent de ce nouveau règlement. Le Globe and Mail a publié un article intitulé : « Are Your Dog’s Papers in Order? ». L’article précise :
« Depuis le mois de mai, la ville exige que les promeneurs de chiens soient munis de leur propre permis s’ils souhaitent que leur toutou pose une patte à Westmount. Une petite carte de plastique… doit être portée en tout temps par la personne qui promène le chien, même lorsqu’elle ne fait que traverser la petite enclave en compagnie de son animal, sous peine d’une amende de 75 à 300 $. » Un résident de Westmount s’est exclamé : « … alors je suis censé mettre une médaille autour de mon cou chaque fois que je sors avec mon chien? … »
– Globe and Mail, 15 juin 2011

Image : Mali Meder from Pexels
Si cela ne suffisait pas à provoquer l’émoi dans la ville, le sort de l’enclos à chiens de Lansdowne fut ensuite remis en question. Un an plus tard, lors de la construction du nouveau centre récréatif de Westmount, le conseil proposa de relocaliser de nouveau l’enclos à chiens dans le parc Westmount.
Sans surprise, l’opposition à ce projet fut vigoureuse. Les objections portaient notamment sur le bruit causé par les aboiements et sur une pétition (2013) affirmant que la ville comptait déjà suffisamment d’enclos à chiens. Parmi les solutions de rechange proposées figuraient un emplacement près d’Academy Road ou plus près du centre récréatif, mais la toiture à membrane du bâtiment rendait cette dernière option impossible.
Le conseil tenta d’apaiser l’opposition en commandant une étude de localisation (Hodgins and Associates) et en sondant les résidents.

Image: Ryan McGilchrist – StockPholio.net
Un maire antérieur, Peter Trent, exaspéré, déclara : « Après deux ans et demi de discussions, un enclos à chiens aurait déjà été construit. »
Enfin, en 2015, le nouvel « enclos canin sud-ouest de Westmount » fut aménagé dans le parc Westmount, avec un raccordement d’eau pour une fontaine à chiens et une alimentation électrique. Des haies doivent être plantées ultérieurement. Coût total : 57 487,50 $. Durant la période 2015-2016, les terrains sportifs de Westmount (Westmount Athletic Grounds) et le parc King George ont été rénovés pour un coût total de 298 273,89 $.
De plus, en 2016, la ville a (judicieusement) supprimé l’obligation de porter sur soi une carte de plastique comme preuve d’un permis canin valide. Les résidents obtiennent désormais leur permis pour chien en ligne grâce à une entreprise montréalaise de logiciels, Emili Tracking Solutions Inc.
C’est ainsi que s’achève notre périple couvrant 183 ans d’histoire canine. Il faut reconnaître que le voyage fut mouvementé. Désormais, si quelqu’un vous demande : « Quelle est la question la plus controversée à Westmount? », vous pouvez répondre, sans hésiter : « les chiens! »
Quant aux muselières, en 2017, le conseil municipal a ordonné qu’un American Staffordshire Terrier soit muselé lorsqu’il se trouve à l’extérieur de la propriété de son propriétaire. Des chiens nuisibles du passé à nos compagnons chéris d’aujourd’hui, la deuxième partie de cet article nous présentera quelques résidents canins de Westmount (et leurs propriétaires) et les histoires remarquables qu’ils ont à raconter.
Image d’entête : Holly Victoria Norval – StockPholio.com
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