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Protégeons les milieux
humides du Technoparc

Une téléconférence pour mettre fin à l’horrible destruction du milieu naturel québécois

Par Patrick Barnard

Le 6 juin 2020, une téléconférence qui a eu lieu à Montréal a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives pour la province de Québec et son mouvement environnemental. La célèbre écologiste du Fonds d’héritage pour l’environnement, Alison Hackney, a dirigé la discussion et a soumis les questions des participants aux présentateurs.

Pour la première fois, des groupes engagés en faveur de l’environnement naturel et des personnes dévouées au bien-être des oiseaux se sont réunis pour parler de ce que l’on appelle les certificats d’autorisation (CA).

Les CA délivrés par le Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques sont les permis essentiels utilisés par les promoteurs pour construire sur des espaces naturels, en particulier les zones humides. Au cours de la dernière génération, les promoteurs ont malheureusement et aveuglément détruit ces espaces naturels.

La conférence du 6 juin aura permis d’entendre des avocats et des naturalistes expliquer que le ministère a en fait contribué à ruiner les espaces naturels du Québec au cours des dernières décennies en traitant les AC comme des permis automatiques de destruction de l’environement.

Le directeur de la conservation de Ciel et Terre, Tommy Montpetit, s’est exprimé au nom de tous les participants lorsqu’il a déclaré que « 100% des AC sont accordés avec une totale indifférence envers les considérations environnementales. Et le ministère de l’environnement est en fait une machine à accorder des certificats d’autorisation. », a-t-il ajouté.

La conférence du 6 juin aura permis d’entendre des avocats et des naturalistes expliquer que le ministère a en fait contribué à ruiner les espaces naturels du Québec au cours des dernières décennies en traitant les AC comme des permis automatiques de destruction de l’environement.

Tragiquement, la pratique ministérielle d’approbation automatique est l’une des principales raisons pour lesquelles Montréal a perdu 90 % de ses zones humides en milieu urbain au cours des 30 dernières années.

La conférence virtuelle, captée par Web-TV, a été parrainée conjointement par la Coalition verte non partisane et le groupe ornithologique Technoparc Oiseaux, qui sont tous deux devant la Cour supérieure du Québec pour obtenir une injonction afin d’empêcher la destruction d’un ensemble de précieux marais dans le secteur du Technoparc de Ville Saint-Laurent, juste au nord de l’aéroport de Montréal.

Ces dernières années, plus de 175 espèces d’oiseaux, dont beaucoup sont migrateurs et rares, ont visité ces zones humides largement méconnues. L’ornithologue Joel Coutu et le Technoparc Oiseaux ont organisé une série de promenades dans les marais du Technoparc, qui est devenue le principal site d’observation ornithologique de l’île de Montréal, permettant à de nombreux amateurs d’observer les oiseaux attirés précisément par cette zone.

Bernaches / Canada Geese - WestmountMag.ca

Famille de bernaches du Canada – Image : Bloc d’Ilana

M. Coutu a ouvert la téléconférence en expliquant l’importance des marais du Technoparc, et les photographies qu’il a utilisées dans sa présentation étaient à couper le souffle. Pourquoi la ville de Montréal drainerait-elle ne serait-ce qu’une partie de ces précieux marais alors que l’Amérique du Nord a perdu plus du quart de ses oiseaux ? Montréal est la championne canadienne de l’étalement urbain qui a remplacé les espaces naturels par des habitations unifamiliales jusqu’à ce qu’il ne reste pratiquement plus de tels espaces naturels. C’est le modèle de développement destructeur sur lequel les politiciens ont prospéré et que les citoyens ont accepté docilement.

Lors de la téléconférence de Montréal, les avocats Campbell Stuart et Michaël Tremblay, du cabinet Colby Monet, ont révélé que, lors d’un témoignage devant la Cour supérieure, un fonctionnaire du ministère de l’Environnement a indiqué sous serment que la pratique courante au ministère est de ne presque jamais refuser une demande de certificat d’autorisation provenant de promoteurs. La téléconférence a permis de lever le rideau sur cette pratique sordide et de l’exposer au grand jour.

‘Tragiquement, la pratique ministérielle d’approbation automatique est l’une des principales raisons pour lesquelles Montréal a perdu 90 % de ses zones humides en milieu urbain au cours des 30 dernières années.’

David Fletcher, vice-président de la Coalition verte, a rappelé à ses auditeurs les travaux du Panel international sur la biodiversité qui s’est tenu en mai 2019 et ses estimations alarmantes concernant la surface des territoires modifiés et les zones humides perdues. « Nous vivons la sixième grande extinction », a déclaré M. Fletcher, qui a aussi rappelé aux participants les conclusions de la Commission Bruntland sur la durabilité de 1987. Le monde était alors alerté sur la nécessité d’un développement harmonieux et sur l’importance primordiale de la capacité d’autorégulation.

Le Canada, le Québec et la ville de Montréal ont tous négligé l’environnement en ce qui concerne l’autorégulation nécessaire de la part des politiciens et des citoyens si nous voulons vraiment sauvegarder la nature telle que nous l’avons connue.

Tommy Montpetit de Ciel et Terre, en particulier, a parlé de la législation environnementale du Québec, notamment la loi provinciale sur la qualité de l’environnement et son objectif de prévenir la dégradation de l’environnement en obligeant les citoyens, les promoteurs et autres à demander une autorisation avant d’entreprendre toute action.

Cependant, malgré toutes ses lois, Montpetit a déclaré que le Québec a perdu 90 à 100% de ses zones humides », un acte de destruction abominable.

culvert draining the Technoparc Wetlands - WestmountMag.ca

Drainage des milieux humides du Technoparc – Image : Patrick Barnard

M. Montpetit a également prévenu tout les participants à la téléconférence du grand danger que représente le projet de loi n° 61, le nouveau règlement omnibus soumis à l’Assemblée nationale du Québec.

Ce projet de loi, poussé par le premier ministre François Legault, utilisera l’excuse de la crise de la COVID-19 pour accélérer 202 projets d’infrastructures. « La protection de l’environnement n’existe plus avec cette nouvelle loi », a déclaré M. Montpetit. Elle donne à l’État un pouvoir total d’expropriation, permet de redéfinir les limites des parcs naturels à des fins de développement, élimine tous les référendums municipaux souhaités par les citoyens, permet l’ajout de nouveaux projets en tout temps, et M. Montpetit a ajouté que le gouvernement et ses alliés se sont donné une totale impunité judiciaire.

‘M. Montpetit a également prévenu tout les participants à la téléconférence du grand danger que représente le projet de loi n° 61, le nouveau règlement omnibus soumis à l’Assemblée nationale du Québec.’

Bien que la loi prévoie une compensation financière pour les pertes environnementales, « la monétisation de l’environnement est une erreur désastreuse », a commenté M. Montpetit.

« On pourrait croire que nous vivons dans un état totalitaire », a prévenu M. Montpetit. « Nous n’avons que quelques jours pour empêcher l’adoption de cette loi par Québec », a-t-il dit, en demandant à tous de se mobiliser politiquement.

La conférence s’est terminée par trois demandes :

  1. La ville de Montréal doit immédiatement abandonner toute construction sur les terres écologiquement sensibles du Technoparc et restaurer et réhydrater les zones humides déjà endommagées.
    .
  2. Le gouvernement du Québec doit mener une enquête publique sur l’émission de certificats d’autorisation aux promoteurs.
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  3. Le gouvernement du Québec doit abandonner ses attaques contre la protection de l’environnement dans la province. Il doit abandonner les dispositions du Projet de loi #61 visant à « relancer » l’économie qui sont explicitement conçues pour affaiblir encore davantage les protections environnementales. Notre gouvernement doit promulguer et appliquer une législation visant à renforcer la protection de l’environnement, et non à la dénaturer.

À la conclusion de la téléconférence, les délégués ont réaffirmé leur détermination à porter ce combat pour l’environnement à Montréal et au Québec dans l’arène politique. Ils ont estimé qu’ils avaient le devoir moral d’agir et de mettre à la disposition du grand public – dès que possible – les informations qu’ils avaient considérées.

Image d’entête : Patrick Barnard

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Patrick Barnard - WestmountMag.ca

Patrick Barnard est membre du conseil d’administration de la Coalition verte, un groupe environnemental non partisan à Montréal. Il est également rédacteur en chef du blog vidéo The Pimento report/Le Piment et journaliste indépendant. Il a travaillé par le passé pour CBC Radio, Radio Netherlands et Dawson College où il a enseigné la littérature anglaise. Il est également l’un des 20 environnementalistes et experts du transport qui ont signé une lettre ouverte à Montréal demandant la fin du REM.

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