Le Belgo change de main
mais garde son âme
Un bâtiment emblématique de Montréal entame un nouveau chapitre dans la continuité de sa vocation artistique
18 juin 2026
Au 372, rue Sainte‑Catherine Ouest, derrière une façade discrète, le Belgo abrite aujourd’hui la plus forte concentration de galeries d’art contemporain au Canada. Conçu en 1912‑1913 par les architectes Finley & Spence pour la Belgo‑Canadian Realty, l’immeuble fut d’abord un grand magasin inspiré de la Chicago School, l’un des premiers bâtiments en béton armé de Montréal. Au fil du 20e siècle, il accueille surtout des ateliers de textile et de confection avant de se transformer, à partir des années 1980, en véritable centre pour artistes, commissaires et collectionneurs.
Le Belgo abrite aujourd’hui la plus forte concentration de galeries d’art contemporain au Canada.
Peu à peu, les étages se remplissent de galeries, de centres d’artistes, de studios et d’espaces de création. Aujourd’hui, le Belgo rassemble près de deux douzaines de galeries et une communauté dynamique qui fait de l’édifice une sorte de « musée horizontal » de l’art contemporain : entrée libre, vernissages, Nuit blanche, rentrées culturelles où tout l’immeuble s’anime, attirant des milliers de visiteurs chaque année.
Une transaction immobilière, mais aussi culturelle
Après avoir été entre les mêmes mains pendant des décennies, le Belgo vient d’être acquis par le groupe Avenir Immobilier. Pour ce dernier, il ne s’agit pas d’une simple opération financière, mais d’une prise de responsabilité vis‑à‑vis d’un lieu à forte identité. Le groupe, qui intègre déjà des œuvres, murales et des interventions artistiques dans plusieurs de ses immeubles, affirme vouloir agir dans une logique de continuité et de respect.
« Le Belgo est bien plus qu’un bâtiment, il est profondément inscrit dans l’histoire culturelle de Montréal. Nous avons été immédiatement séduits par son identité unique, l’énergie artistique qui s’en dégage et le rôle essentiel qu’il joue depuis des années dans l’écosystème des galeries », souligne Frédérick Lizotte, vice-président à la location d’Avenir Immobilier. L’intention affichée est claire : préserver la vocation du lieu, respecter son esprit et soutenir sa vitalité à long terme.
Pour accompagner cette transition, Avenir Immobilier a mandaté la consultante en patrimoine et en aménagement Geneviève Richard, Ph. D., cofondatrice de Gris Orange. Une étude historique approfondie est en cours afin de mieux comprendre l’évolution de l’édifice et d’éclairer les interventions futures.
‘Une étude historique approfondie est en cours afin de mieux comprendre l’évolution de l’édifice et d’éclairer les interventions futures.’
« La tâche qui nous est confiée pose une question fondamentale : comment intervenir tout en valorisant ce qui existe déjà. Le défi n’est pas de figer le Belgo dans le temps ni d’en faire un musée, mais de préserver sa mémoire et le caractère qui le rendent si attractif depuis des décennies », explique‑t‑elle. L’objectif est de démontrer qu’il est possible de conjuguer vision et sensibilité patrimoniale, en considérant la culture non comme un simple programme parmi d’autres, mais comme un élément constitutif du site et de la ville.
Un carrefour essentiel pour galeries, artistes et commissaires
Le Belgo est un maillon central de l’écosystème des arts visuels montréalais. L’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) se réjouit d’ailleurs de l’engagement pris par le nouveau propriétaire. « Le Belgo est un pôle clé pour l’accessibilité et la reconnaissance de l’art contemporain au Canada. C’est pourquoi l’AGAC est heureuse d’apprendre que le nouveau propriétaire s’engage à maintenir sa mission culturelle et à soutenir la pérennité des galeries, des centres d’artistes et des studios », souligne sa directrice générale, Anie Deslauriers.
Pour le galeriste Hugues Charbonneau, installé au dernier étage, l’immeuble est intimement lié à son parcours. De ses premières visites comme étudiant au cégep, lorsqu’il a su qu’il deviendrait galeriste, jusqu’à aujourd’hui, alors que son équipe y prépare, entre autres, la présence d’artistes à la Biennale de Venise, le Belgo demeure un passage obligé. Il décrit une communauté généreuse et solidaire, un arrêt incontournable pour les artistes et commissaires internationaux en quête de talents, idéalement situé dans un triangle formé par trois universités, trois musées et de nombreux sièges sociaux, tout en demeurant un espace accessible pour expérimenter, prendre des risques et faire rayonner Montréal.
‘L’objectif est de démontrer qu’il est possible de conjuguer vision et sensibilité patrimoniale, en considérant la culture non comme un simple programme parmi d’autres, mais comme un élément constitutif du site et de la ville.’
Dans un centre‑ville en mutation, où les loyers augmentent et les espaces indépendants se raréfient, le sort du Belgo est loin d’être anodin. L’édifice reste l’un des rares lieux où l’on peut, en une seule visite, parcourir plusieurs étages de galeries, découvrir des artistes émergents, croiser des commissaires étrangers et mesurer la vitalité de la scène locale.
En choisissant d’affirmer la vocation artistique du Belgo plutôt que de le convertir à des usages plus lucratifs à court terme, Avenir Immobilier envoie un signal fort : ici, l’art et la culture ne sont pas une simple plus‑value marketing, mais un élément central de l’identité du lieu. Reste à voir comment cette promesse se traduira concrètement dans la gestion des baux, l’accessibilité des espaces et le soutien aux communautés qui font vivre le bâtiment au quotidien.
Image d’entête : Valentine & Sons’ Publishing Co., Ltd. – Collection Pierre Monette

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