Lieux de Westmount:
L’avenue Windsor
L’histoire derrière le familier et les résidents qui ont élu domicile sur l’avenue
Par Michael Walsh
20 mars 2026
Retracer l’origine des rues de Westmount, c’est un peu comme assembler un vaste casse-tête… sans l’image sur la boîte pour nous guider. On ne peut jamais prévoir les détours et rebondissements qui surgissent en cours de route. Comme nous le verrons, l’avenue Windsor ne fait pas exception.
L’avenue Windsor est une petite rue de Westmount. Elle ne commence nulle part et ne mène nulle part. Les chauffeurs de taxi n’en ont jamais entendu parler. Les amis de l’extérieur s’imaginent que nous habitons en face de la gare Windsor. Mais pire encore, Windsor Avenue ne grimpe qu’à peine le quart de la côte ! On comprend donc que les habitants de Windsor Avenue soient des âmes modestes…
– Jean Shaw, Montreal Gazette, 30 novembre 1964
Au fil de l’expansion de la municipalité, passée du statut de village à celui de ville puis de cité, la rue est restée « sous le radar » pendant plus de 150 ans – à une exception près. En effet, un grand bâtiment institutionnel, occupant plusieurs lots cadastraux de la rue mais portant un numéro civique sur l’avenue Claremont, fait figure de cas particulier. Construit en 1908, il a servi tour à tour d’orphelinat, de centre d’entraînement durant la Seconde Guerre mondiale et d’hospice pour prêtres âgés. Comme nous le verrons, l’édifice existe toujours (bien que réduit à un tiers de sa taille d’origine) et abrite aujourd’hui des appartements.
À ce stade, il convient de remonter un peu en arrière et de reprendre notre casse-tête depuis le début. Qui Windsor cherche-t-il à commémorer ? De toute évidence, quelque chose ou quelqu’un de typiquement britannique. On pourrait penser au nom de la famille royale britannique, la « maison de Windsor ». Ce n’est toutefois vraisemblablement pas le cas : le roi George V n’a adopté le nom de Maison de Windsor en remplacement du nom germanique Saxe-Cobourg-Gotha qu’en 1917, pendant la guerre contre l’Allemagne.
Le nom de la rue renverrait plutôt à Windsor, ville du Berkshire, en Angleterre, située sur la rive droite de la Tamise, où se trouve le château de Windsor, résidence royale.

Windsor Castle, seen from the north; (l to r) Upper Ward, Middle Ward, Round Tower, St George’s Chapel, Lower Ward and Curfew Tower • Image: WyrdLight.com, via Wikimedia Commons
La rue faisait à l’origine partie de la ferme Hurtubise, vieille de plusieurs siècles, située à Côte-Saint-Antoine. En 1874, confrontée à des difficultés économiques, la famille Hurtubise fut contrainte de lotir le terrain et de le vendre en parcelles. Une grande portion du domaine Hurtubise, incluant l’actuelle Windsor Avenue, fut achetée par Richard Warmington, fabricant de chasse-neige pour les chemins de fer. Fait intéressant, en 1869, son entreprise obtient un brevet pour le « chasse-neige Warmington ».
Des difficultés financières frappent également Warmington dans les années qui suivent. En juillet 1883, la propriété de ses terrains est transférée, au moyen d’un privilège, à la Banque du Peuple, à l’exception d’un lot obtenu par Dame J. C. Nelson, épouse de J. Dickinson.
‘La rue faisait à l’origine partie de la ferme Hurtubise, située à Côte-Saint-Antoine. En 1874, confrontée à des difficultés économiques, la famille Hurtubise fut contrainte de lotir le terrain et de le vendre en parcelles.’
Il semble que la rue ait été cédée à la Ville en 1887. Les délibérations du conseil, pour cette année-là, décrivent la rue (« … la prochaine avenue à être désignée sous le nom de Windsor Avenue… ») comme se terminant à la « rue n° 12 » – aujourd’hui Arlington Avenue.
En 1892, la rue est homologuée à une largeur de 66 pieds, de la limite ouest de la Ville (aujourd’hui l’avenue Claremont) jusqu’à l’avenue Belmont (rebaptisée Matilda Avenue en 1893, puis Arlington Avenue en 1895).
Trois ans plus tard, à la demande des propriétaires, la Montreal Water and Power Company y installe des conduites d’eau.
La construction résidentielle commence en 1897, entre les avenues Victoria et Claremont – ces maisons existent encore aujourd’hui aux numéros civiques 8, 10 et 15. Parallèlement, on y aménage des drains et des trottoirs en bois à trois planches pour les nouveaux occupants.

Certificat d’actions de la Cumberland Railway and Company, 1886 • Image : matchandmedicine.com
En juin 1905, les héritiers de la succession de John McDougall (le bailleur de fonds de la Cumberland Railway and Coal Company de Springhill, en Nouvelle-Écosse) cèdent un terrain à la Ville, permettant l’élargissement, vers l’ouest, des avenues Windsor et Chesterfield à une largeur de 50 pieds. La Ville peut ainsi niveler la rue et y installer des caniveaux.
Jusqu’ici, le développement de la rue, comme bien d’autres, est loin d’être remarquable. Toutefois, en 1908, l’histoire prend une tournure intéressante. Cette année-là, la firme d’architectes Hogle & Davis construit un édifice à l’angle sud-ouest des avenues Windsor et Claremont. On doit à cette firme plusieurs bâtiments montréalais, dont d’importantes annexes au Children’s Memorial Hospital, sur l’avenue Cedar (démoli en 1931), ainsi qu’à son successeur, le Montreal Children’s Hospital (démoli en 2018).
L’édifice abrite d’abord le Hervey Institute – auparavant connu sous le nom de Home and School of Industry. Fondé par Eliza Hervey, originaire d’Irlande et membre d’une des anciennes familles de l’élite montréalaise, l’institut offrait une formation à de jeunes filles protestantes afin qu’elles puissent obtenir un emploi domestique. (On lui doit également la fondation du YMCA de Montréal.)
En 1921, le bâtiment est vendu au Montreal Hebrew Orphans’ Home, qui y offre à la fois un hébergement et une école. Les pensionnaires y apprennent les prières et l’éthique juives traditionnelles, l’hébreu, ainsi que la préparation de repas kasher.

Le Montreal Hebrew Orphans’ Home • Image : chrs.uqam.ca
Pendant la période de 1942 à 1948, l’aile des Jeunes soldats de la No. 4 Vocational Training School occupait l’édifice. Des garçons de 17 à 18 ans, trop jeunes pour s’enrôler, étaient inscrits au Canadian Technical Training Corps. S’appuyant sur la capacité de ces centres, l’école formait des ouvriers qualifiés dans le cadre du programme canadien de formation d’urgence en temps de guerre.

Canadian Technical Training Corps – insigne de casquette
De 1948 à 1953, les lieux servent de pavillon d’accueil pour la Children’s Aid Society, qui œuvre aujourd’hui sous le nom de Batshaw Youth and Family Centres.
En 1953, le bâtiment est vendu à la division québécoise du Canadian Council of the Blind et devient une école résidentielle pour des jeunes francophones ayant une déficience visuelle. Aujourd’hui, l’institut relève de la compétence provinciale sous le nom d’Institut Nazareth et Louis-Braille.
“Grâce à un don généreux de 75 000 $ offert par le cardinal Léger et à l’aide de nombreux bienfaiteurs, un bâtiment est acquis au 500, rue Claremont, à Westmount. On y fonde l’École Louis-Braille. Le gouvernement provincial de l’époque fournit les budgets de fonctionnement et les Clercs de Saint-Viateur acceptent de diriger l’œuvre, à la demande du cardinal Léger. Le père Jean Cypihot en assume la direction et est secondé par le père Rolland Campbell, lui-même aveugle. L’inauguration officielle a lieu le 9 novembre 1953 et une cinquantaine de garçons y sont inscrits. C’est tout ce que l’école peut contenir. L’édifice a été rénové, mais il demeure vétuste et exigu. Les journées de travail sont longues, pénibles et harassantes. On manque de tout : de livres, de matériel, d’espace. Mais on met les bouchées doubles et l’on apprécie les services rendus par cette œuvre naissante.”
– L’Institut Nazareth et Louis-Braille

Logo Red Feather, 1964 • Image : The History of Batshaw Centres
L’Institut Louis-Braille a déménagé dans de nouveaux locaux en 1959, laissant l’édifice vacant pendant quatre ans. La période de 1963 à 1976 voit défiler divers occupants, dont Clair-séjour Marie-Joseph. Constituée par la Congrégation des Dominicaines de Sainte-Catherine de Sienne, l’école offrait une scolarisation à des filles âgées de 6 à 11 ans présentant une déficience intellectuelle. En 2020, l’établissement fait partie des défendeurs visés par un recours collectif intenté par d’anciennes résidentes pour des allégations de mauvais traitements perpétrés par le personnel.
En 1976, une autre communauté religieuse, la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale, s’installe dans le bâtiment afin d’y assurer des soins à des prêtres âgés.
En 2015, l’édifice est vendu à Brookline Developments, une société immobilière montréalaise. En 2017, il est converti en immeuble d’appartements et, à la suite de vastes (et controversés) travaux de rénovation, n’occupe plus qu’une fraction de son empreinte d’origine.
À ce stade, il convient de conclure notre récit en prenant conscience que chaque rue recèle des histoires insoupçonnées. Alors, empruntons Windsor Avenue, par une fin d’hiver tranquille, et laissons-nous surprendre par d’autres récits oubliés qui n’attendent qu’à être racontés.

John Scott Williams • Image: veterans.gc.ca
6 Windsor
Wing-Commander John Scott Williams M.C., A.F.C.– 1944
Crédité pour l’organisation de l’Aviation canadienne en 1921. Dans la vie civile, il exploitait une mine d’or en Nouvelle-Écosse et a inauguré l’une des premières compagnies aériennes commerciales assurant la liaison entre Noranda et Haileybury, en Ontario.
8 Windsor
R. S. J. Macdonald M. D. – 1930
10 Windsor
J. R. Baker, commis – 1897
Révérend F. W. Kerr, pasteur, église St. Andrew’s (501, avenue Victoria). Aujourd’hui intégrée à Mountainside United Church, 400 The Boulevard – 1938
« La congrégation de St. Andrew’s (Westmount), notre troisième église, remonte à novembre 1885, lorsqu’elle fut organisée sous le nom de Melville Presbyterian Church, sur Côte St. Antoine Road, à l’angle de Stanton Street. À la création de l’Église unie en 1925, son nom fut changé en St. Andrew’s United Church. Malheureusement, une grande partie de l’église fut détruite par un incendie en août 1965. Un nouvel édifice, plus moderne, fut érigé sur le même site et consacré en octobre 1967. Ce bâtiment fut vendu en 1985, lorsque St. Andrew’s et Dominion-Douglas Church fusionnèrent. »
« Le 6 janvier 1985, la nouvelle congrégation unie de St. Andrew’s – Dominion-Douglas s’est réunie pour la première fois afin de célébrer le culte en Christ dans le sanctuaire rénové de The Boulevard. La fusion d’Erskine and American avec St. Andrew’s–Dominion-Douglas, le 1er juillet 2004, a donné naissance à un nom encore plus long ! La congrégation a été invitée à proposer de nouvelles appellations. À l’issue d’une série de votes, nous avons retenu Mountainside United, un nom très approprié, étant donné que notre église est perchée sur le flanc de la montagne, à Westmount, au Québec. Nous avons célébré à la fois l’adoption officielle du nom Mountainside United et le 80e anniversaire de l’Église unie du Canada lors du culte dominical du 16 octobre 2005. »
– mountainsideunited.ca
15 Windsor
Joseph Townsley, surintendant des constructions, division de l’Est, service du télégraphe de la Canadian Pacific Railway Company – 1897. Avant de travailler pour le C.P.R., il était à l’emploi de la Montreal Telegraph Company (par la suite intégrée à Western Union).
16 Windsor
Bâtiment et terrain vendus par encan public, février 1966.
18 Windsor
Sam Rubin, S. Rubin Limited (371, rue Sainte-Catherine Ouest), fabricant de vêtements et vice-président d’Angora Garment Inc. – 1943
24 Windsor
Arthur G. Ross, ministère du Revenu national (Division des douanes et accise). Président national de la Customs and Excise Officers’ Association – 1943
25 Windsor
K. M. Lighthall, fille de William Douw Lighthall, avocat, historien et maire de Westmount de 1900 à 1903 – 1930

25 Windsor
32 Windsor
Peter J. Constantine – 1991
Mis en vente par la Ville pour non-paiement des taxes municipales et scolaires (décembre 1996).
33 Windsor
A. D. Sawyer, propriétaire, Medical Hall, Windsor Hotel – 1902
37 Windsor
Capitaine John MacGregor Thom – 1945
Nommé Officier de l’Ordre de l’Empire britannique (1945).
38 Windsor
Jonathan Albert McLean, propriétaire, Canadian Cocoanut Company Limited (120, rue Lagauchetière Ouest) – 1900
40 Windsor
E. N. Todd, General Foreign Freight Agent, Canadian Pacific Railway – 1919
Lieutenant-colonel H. V. Driver, D.D.S., École de médecine dentaire de l’Université McGill et dentiste de district, district militaire n° 4 – 1940
41 Windsor
Peter T. Peterson, président, Peterson Fruit Company (32-34, rue Mountain), Montreal Fruit Auction Company Limited et administrateur de Fruit Importers Limited – 1948

« House », peinture de Freda Pemberton-Smith

42 Windsor
42 Windsor
Freda Pemberton-Smith, School of Art – 1953
« Frederica Augusta Pemberton-Smith a étudié à la Barnes School of Art, au Monument National, à l’École des Beaux-Arts, et a aussi suivi des cours de dessin d’après modèle organisés par la Royal Canadian Academy, avant d’aller étudier au Slade. De 1939 à 1945, elle a vécu en Angleterre, où elle a servi au Volunteer Aid Detachment (VAD) de l’Armée canadienne. À son retour, elle a commencé à enseigner à St. Helen’s School, à Durham, au Québec, tout en donnant également des cours privés. Étudiante, elle a remporté une médaille d’or de la Royal Drawing Society de Londres, entre autres distinctions. Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs expositions solo : à l’Artlenders Gallery à Montréal (1960), à l’Argenteuil Art Association, au Québec (1960), au Laurentian Hotel, Montréal (1962), au Memorial University Gallery, St. John’s (Terre-Neuve, 1964), chez Wallack’s Art Shop, Ottawa (1965), ainsi que dans diverses expositions avec jury, dont celles de la Canadian Society of Painters in Watercolour (1973), plusieurs expositions de printemps du Musée des beaux-arts de Montréal, de la Royal Canadian Academy et dans des expositions itinérantes organisées par le Musée des beaux-arts du Canada. Elle a également exposé à la Zwickers Gallery, à Halifax, ainsi qu’à Calgary, en Alberta, et à Alert Bay, en Colombie-Britannique. En 1965, elle quitte Montréal pour s’installer à Vankleek Hill, en Ontario. Freda Pemberton-Smith a surtout travaillé la peinture à l’huile et l’aquarelle. »
– Canadian Women Artists Initiative

R.A.F. Ferry Command – insigne de revers de pilote
46 Windsor
Michael J. Lally – 1996
Mis en vente par la Ville pour non-paiement des taxes municipales (décembre 1996).
47 Windsor
Capitaine Alexander Edward Dame, Royal Air Force Ferry Command – 1943. Tué lorsque son bombardier bimoteur s’est écrasé lors d’un vol d’essai à l’extérieur de Montréal, près de Saint-Urbain-de-Châteauguay. Ancien pilote de brousse au Yukon, il servait au R.A.F.F.C., convoyant des bombardiers vers la Grande-Bretagne et l’Afrique.
Image d’entête : Andrew Burlone
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