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Ma vie en temps de guerre
(des étoiles)

Le nouveau chapitre d’une des franchises les plus célèbres de l’histoire du cinéma mondial : Star Wars.

Par Francis Ouellet

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, un vent de folie cinématographique, fébrile et passionné, semble souffler sur nous en provenance d’une galaxie fort, fort lointaine. Les écrans de cinéma du monde entier ont été envahis par une myriade de vaisseaux spatiaux, par des centaines de scènes de combats épiques à l’échelle galactique et par des hordes de chevaliers armés de sabres laser, prêts à défendre la paix et la liberté contre les forces du mal. Ceux d’entre vous qui n’ont pas vécu les dernières semaines au milieu du désert de Gobi ou enfermés dans une malle savent très bien de quoi je parle : il s’agit bien sûr du tout nouveau chapitre de l’une des franchises les plus célèbres et les plus rentables de l’histoire du cinéma mondial : Star Wars. À l’affiche depuis le 18 novembre dernier, Star Wars: The Force Awakens a déjà fracassé tous les records de recettes de l’histoire, dépassant le milliard de dollars en moins d’un mois. On a vu pire!

George Lucas

George Lucas.
Image : Creative Commons.

Pour être tout à fait franc, je ne peux pas dire que cela soit surprenant. Cette série cinématographique a depuis longtemps atteint un autre niveau, et non seulement fait-elle partie intégrante de la culture populaire moderne, mais elle est devenue littéralement mythique, avec ses millions de fans à travers le monde qui vénèrent cet univers et pour qui Georges Lucas, créateur de la série, est plus qu’une idole, pratiquement un messie. Depuis des mois, nous assistons à un pèlerinage virtuel. Des milliers et des milliers de fans en délire comptent les jours les séparant de cette apothéose, parcourant le Web fiévreusement afin de glaner ici et là des bribes d’information, des images plus ou moins floues, des rumeurs, sans oublier la énième version de la bande-annonce où un tout nouveau plan de 1,7 seconde a été inséré. Tout cela ne faisant qu’augmenter de façon exponentielle leur excitation jusqu’à ce que, jour béni entre tous, ils puissent enfin, les larmes aux yeux, vivre ce moment œcuménique et solennel, tous ensemble, baignant dans l’énergie divine de la « Force ».

Cette série cinématographique … est devenue littéralement mythique, avec ses millions de fans à travers le monde qui vénèrent cet univers et pour qui Georges Lucas, créateur de la série, est plus qu’une idole, pratiquement un messie.

photo: Star Wars - La guerre des étoiles - Princesse Lea

Princesse Lea. Image:jimivr via StockPholio.net

Mettons les choses au clair : je peux sembler ironique, mais il n’en est rien. Je trouve merveilleux de voir tous ces gens se rassembler autour d’une œuvre cinématographique et, ensemble, s’abandonner à leur imagination, s’enfuir mentalement, l’espace de quelques heures, dans un autre univers et partager ce plaisir entre eux. Je souris en voyant tous ces fans de la première heure, accompagnés de leurs enfants, s’évader dans ce rêve commun et leur faire découvrir tous ces personnages tant aimés et en découvrir de nouveaux à leurs côtés. Tout cela est, au fond, bien inoffensif et procure tant de plaisir à tant de gens que je ne jouerai pas ici le rabat-joie de service. Il y a si peu d’événements ici-bas qui rassemblent autant de gens à travers le monde dans un pur moment de joie que faire la fine bouche et critiquer ou se moquer serait un sommet de cynisme digne des annales. Laissons les gens rêver et, pour quelques instants, croire qu’ils sont, eux aussi, des chevaliers Jedi (ou des soldats de l’Empire, chacun ses goûts).

Pour ma part, je dois avouer que je n’ai jamais été un grand fan de la série. Bien sûr, lorsque j’étais beaucoup plus jeune (ah, jeunesse envolée !), au début des années 1980, j’aimais beaucoup cet univers et, comme tous les garçons de mon âge, je rêvais de posséder toute la collection des figurines des trois premiers films, sans parler des innombrables vaisseaux, astronefs, stations de combat et autres jouets que la compagnie Kenner produisait en quantité quasi infinie. Mais, mon père ayant refusé de vendre la maison pour que je puisse atteindre mon objectif, je dus me contenter d’une collection beaucoup plus restreinte, mais ô combien chérie.

Contrairement à de nombreux fans de mon âge, je me suis détaché de cet univers avec les années, mes goûts cinématographiques changeant avec l’âge et me guidant vers d’autres rivages, surtout européens. De plus, en analysant le travail de George Lucas lors de mes études, je devins de plus en plus critique à son endroit, l’homme d’affaires prenant, à mon avis, de plus en plus de place au détriment de l’artiste. Le réalisateur de THX 1138, son film le plus réussi et le plus abouti au point de vue psychologique, selon moi, a depuis longtemps disparu. Et cela, sans compter que A New Hope, le premier film de la série Star Wars, malgré son succès et, soyons honnête, le plaisir qu’il procure, n’est en fait qu’un simple space-opera, honnête mais quelque peu juvénile, transposition spatiale du classique conte de fée où la princesse est retenue prisonnière dans le château du chevalier noir et doit être délivrée par le jeune héro idéaliste, accompagné du vieux sage et du pirate roublard. De plus, et ce, de l’aveu même de Lucas, le scénario du film est fortement inspiré (pour ne pas dire copié) de celui de La Forteresse cachée, œuvre importante du grand cinéaste japonais Akira Kurosawa, réalisée en 1958. Vous pouvez donc imaginer mon manque d’empressement à découvrir la seconde trilogie, qui débuta avec The Phantom Menace, en 1999, et qui, disons les choses franchement, est loin d’être un chef-d’œuvre. Indigne des films précédents, le film m’est apparu quelque peu infantile et, en plusieurs moments, d’une grande platitude. Les deux autres chapitres, Attack of the Clones, en 2002, et Revenge of the Sith, en 2005, ne m’ont guère davantage emballé, malgré leurs grandes qualités techniques et esthétiques, et l’indéniable souffle épique qui les anime. Je dois admettre tristement que je n’ai jamais retrouvé cette sensation d’émerveillement d’autrefois, et même la trilogie originale a perdu pour moi de son charme feuilletonnesque gentiment rétro, la raison étant peut-être les nombreuses modifications, retouches et tripatouillages en tout genre que Lucas a effectués au cours des années dans ce qui m’apparaît beaucoup plus une douteuse opération marketing et commerciale qu’un souci artistique.

anakin skywalker

Anakin Skywalker.
Image :menj via StockPholio.net

Je dois toutefois faire une exception. J’ai toujours gardé une place à part pour The Empire Strikes Back, second volet de la première trilogie et unanimement considéré comme le chef-d’œuvre de toute la série. Ce volet ne fut toutefois pas réalisé par Lucas. Très occupé par le développement de son studio d’effets spéciaux Industrial Light & Magic, Lucas confia les rennes de la production à Irvin Kershner, grand artisan et réalisateur trop rare, à qui on devait déjà plusieurs œuvres solides, dont un bon film fantastique, The Eyes of Laura Mars, tourné en 1978, qui mettait en vedette Faye Dunaway et un tout jeune Tommy Lee Jones. Kershner apporta à l’univers Star Wars une profondeur psychologique et un aspect plus sombre, plus torturé. On passa de l’aventure bon enfant et légère du premier film à une œuvre adulte et douloureuse, où les personnages sont confrontés à des choix et des révélations qui les changeront au plus profond d’eux-mêmes. En somme, l’œuvre de la maturité. Par la suite, Kershner nous offrit un nouveau (et pas tout à fait officiel) James Bond : Never Say Never Again, qui marquait le retour de Sean Connery dans le rôle de l’agent 007, et le second volet de la trilogie RoboCop, en 1990, qui, sans être au même niveau que le premier film, chef-d’œuvre implacable et cruel réalisé par Paul Verhhoeven trois ans plus tôt, contenait quand même plusieurs bonnes idées qui en ont fait un honnête petit film d’action futuriste.

J’ai toujours gardé une place à part pour The Empire Strikes Back, second volet de la première trilogie et unanimement considéré comme le chef-d’œuvre de toute la série. On passa de l’aventure bon enfant et légère du premier film à une œuvre adulte et douloureuse…

Malheureusement, l’ambiance plus lourde, douloureuse et empreinte de doutes que Kershner, avec l’aide du scénariste Lawrence Kasdan, avait su introduire dans The Empire Strikes Back disparut complètement du troisième volet, The Return of the Jedi, réalisé en 1983 par le compétent mais trop discret Richard Marquand. Beaucoup trop léger, malgré un début intéressant et prometteur, le film sombrait, dans sa seconde partie, dans une mièvrerie un peu infantile qui culminait avec l’arrivée des Ewoks, rencontre improbable entre l’univers de Star Wars et celui des Muppets. Quel dommage!

Au moment d’écrire ces lignes, je n’ai pas encore vu The Force Awakens, mais je compte le voir très bientôt. Malgré mes opinions et mon manque d’enthousiasme, je considère qu’un film de cette ampleur visuelle doit être vu sur grand écran. De plus, la réception du film a été vraiment excellente, et de nombreux critiques que je respecte ont écrit des textes très flatteurs sur le film, vantant ses très nombreuses qualités, tant techniques que scénaristiques. Je vais donc aller le voir sans idée préconçue et plein d’enthousiasme. Je compte également y emmener ma fille aînée, pour partager ce moment avec elle et lui faire découvrir ce monde imaginaire que j’aimais tant à son âge et qu’elle ne connaît absolument pas. Peut-être qu’assis près d’elle dans le noir, en voyant le film se refléter dans ses grands yeux bleus fascinés, sa joie sera-t-elle contagieuse et pourrai-je enfin retrouver ce que le petit garçon en moi a perdu. Après tout, n’est-ce pas cela, la magie du cinéma?

Image: Kater Begemot


francis_ouellet

Passionné de cinéma, d’animation et de bandes dessinées depuis son tout jeune âge, Francis Ouellet œuvre en publicité et en communication graphique depuis plus de 15 ans, notamment en tant que directeur de production pour l’agence Brad et comme directeur général de Laurence et Charlot, boîte de graphisme spécialisée dans l’édition et le Web.



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