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Donner pour donner

Un interview avec Sylvain Cossette, du Fonds de placement Cominar.

Environ 300 enfants reçoivent un diagnostic de cancer chaque année au Québec. Leucan les accompagne, ainsi que leurs familles, pendant et après cette dure épreuve. Cette semaine, le Défi têtes rasées au profit de l’organisation aura lieu pour la première fois à Alexis Nihon. Un haut dirigeant de l’entreprise qui détient et gère le centre commercial s’est engagé personnellement à recueillir plus de 5 000 $ pour la cause et à passer sous la tondeuse lors de l’événement. Pourquoi? Sylvain Cossette, vice-président et chef de l’exploitation pour le Fonds de placement immobilier Cominar, explique ses motivations. Propos recueillis par Caroline Arbour.

Monsieur Cossette, qu’est-ce qui vous pousse à participer au Défi têtes rasées?

J’ai deux enfants. Un garçon de 17 ans et une fille de 15 ans avec la santé pour faire ce qu’ils souhaitent. Ils sont très actifs, ont toutes les chances de se blesser, mais le pire qu’ils ont eu ce sont des égratignures. Et nous les parents, d’avoir l’énergie de soutenir nos enfants dans ces circonstances-là, parce que nous n’avons pas de grands soucis, c’est énorme. Quand je regarde la chance que j’ai eue dans la vie, sur les plans familial, professionnel, au niveau de la santé, je considère que j’ai été très choyé. Pendant longtemps je n’ai pas assez donné, alors peut-être que j’ai des comptes à rendre. Pour moi c’est une façon de remercier le Bon Dieu de m’avoir épargné et d’aider ceux qui ne l’ont pas été parce que ce n’est pas nécessairement juste.

C’est toujours injuste quand le cancer frappe, mais ça semble encore plus injuste lorsqu’un enfant est atteint…

Et, la maladie n’est pas pareille pour quelqu’un qui vit dans une couche de société qui est plus bourgeoise que pour quelqu’un dans une classe plus démunie. Il y a ça aussi qui entre en ligne de compte. J’ai eu le privilège de rencontrer des familles qui bénéficient des services de Leucan parce que Cominar a déjà été le pôle principal du Défi têtes rasées à Québec. Les gens que je rencontre, c’est monsieur et madame Tout-le-monde. C’est important et ça fait du bien de voir ça. La maladie frappe beaucoup plus fort et plus fréquemment ceux dans d’autres classes qui ne sont pas nécessairement la nôtre.

Les moments que vous avez passés avec eux vous ont ému?

Ce sont des enfants qui vivent dans une injustice par rapport à leur sort et des familles dont les vies sont complètement défaites. Lorsque vous passez cinq minutes, une demi-heure, une demi-journée avec eux, vous êtes touché.

Vous avez mentionné l’implication de FPI Cominar dans le Défi. Quelle sorte de soutien l’entreprise apporte-t-elle à l’événement?

Premièrement, Cominar est un fonds de placement immobilier qui a son siège social à Québec et nous sommes l’une des plus importantes sociétés ouvertes de la province. Nous avons à même notre culture corporative un volet philanthropique. Les causes que nous soutenons sont, entre autres, celles des enfants et celles qui visent l’amélioration de la condition humaine. Le Défi têtes rasées cadrait à cent pour cent avec notre perspective. Entre 2010 et 2014, nous avons monté et tenu l’événement à notre siège social. C’était une activité extraordinaire pour nous parce que nous pouvions mobiliser un nombre important d’employés — plus d’une centaine de personnes participaient à l’organisation. Sur ces cinq années, la journée a généré environ 3,1 millions de dollars. Nous avons ensuite cédé la responsabilité à d’autres sociétés. Nous apportons toujours une aide technique et logistique au Défi, qui se tient à présent aux Promenades Beauport, mais de façon plus secondaire.

À quoi peut s’attendre quelqu’un qui n’a jamais participé au défi?

À Montréal c’est très fragmenté. Vous allez avoir différents blocs d’heures, à différents endroits, mais à Québec, les participants défilent en continu sur une journée complète. Et c’est frappant ce que vous voyez. Avant de se faire raser, les conditions le permettant, les gens témoignent des raisons. La plupart sont des personnes dont un membre de la famille a eu le cancer. Mais plusieurs sont là parce qu’ils ont vu des amis lutter contre la maladie. C’est une cause qui est près de tout le monde et la solidarité est palpable. Quand tu vois un enfant arriver avec un chèque de 75,35 $ parce qu’il veut aider son ami malade, c’est extraordinaire. Et le succès du Défi têtes rasées, ce n’est pas nécessairement d’interpeller des gens comme moi qui peuvent plus facilement amasser des sommes importantes. C’est le cas du petit garçon qui a pris son énergie, son temps, a fait du porte-à-porte pour aller chercher 75,35 $ auprès de ses amis.

Lors de l’événement à Québec, vous êtes-vous déjà fait raser la tête?

Oui, ce sera ma troisième fois.

Avez-vous réussi à convaincre des collègues, des proches, de sacrifier eux-aussi leurs cheveux?

Oui. Est-ce que c’est difficile? Non. J’aimerais que mes enfants participent, mais ils ne sont pas rendus là. J’ai espoir cependant qu’un jour ils vont le faire. Quand quelqu’un dans ton environnement pose un geste philanthropique, ou veut donner ou faire quelque chose pour le bien de la société, ça ne peut que laisser des traces positives et influencer comment tu vas te comporter plus tard. C’est tellement important comme exemple. Moi j’ai été chanceux. Mon patron, Michel Dallaire, est un grand philanthrope et j’ai appris l’importance de donner pour donner. Et c’est ce que j’essaie de transmettre.

Participez vous aussi au Défi le 17 septembre au centre commercial Alexis Nihon

L’événement aura lieu entre 12 h et 15 h, au niveau métro. Ce sera l’avant-dernière activité de rasage de l’édition 2015. Un don minimal de 50 $ est requis pour y participer. Il est conseillé de s’inscrire en ligne au tetesrasees.com, mais il sera possible de le faire sur place le jour même.

Lire la première partie — Répit et espoir dans le sillon d’un rasoir
Lire la deuxième partie — Jeunesse interrompue : la leucémie à sept ans

Image: Caroline Arbour



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